La chambre aux pommes.

La nuit s’était terminée par un moment inhabituel ce matin- là, un moment de calme étonnant. Il faisait suite à une semaine de quinte de toux matinale pour expectorer les glaires fabriqués la nuit par une infection virale. Je n’avais pas le moindre souvenir d’une telle semaine d’effort fort bruyant dans le passé, pour assurer le libre passage de ma respiration. Deux extinctions de voix avaient été comme la parenthèse d’ouverture et de fermeture d’une infection dont je me serais bien passé. 

Fallait-il la relier aux circonstances extérieures à une perception du monde qui me tenait debout

Il valait mieux sans doute me taire, ne pas laisser aller mon imagination dans des projections ou des suppositions. Mon entourage ne les aurait pas acceptés.  Pourtant j’ai l’intime conviction que tout est lié, qu’une situation pénible et non parlée, entraîne une occlusion, ou comme dans certains textes une crypte. 

A ce point de vue j’étais servi. De quelle nature était, ce ramonage des bronches que m’apportait les quintes matinales ? Pas question de partager la chambre conjugale dans cette situation. L’isolement était propice à l’une pour une nuit tranquille, à l’autre pour une nuit d’agitation et de mal-être.

La phrase rapportée à table par une amie quelques jours après, au sujet de cette séparation m’avait fait sourire.   Reprise ici en titre, elle m’avait sembler tout à fait neuve en tout cas elle n’avait pas été entendue dans mon souvenir.

Description populaire, ancienne, d’une tension relationnelle, d’un excès de boisson, sans doute. Mais ici il était question d’un virus. Mais n’était-ce pas la même chose, l’un étant lié à l’autre. Et sur un terrain affaibli et mal aéré, les miasmes se multiplient.

Cette impression matinale était comme le calme plat après la sortie d’un orage, le plan d’eau calme après les rapides d’un torrent. 

Remarquable. Bienfaisant. Moment physique d’apaisement qui permettait de prendre la mesure de cette toux qui n’en finissait pas. Dommage que je ne puisse l’entendre extérieurement. Elle m’aurait fait percevoir s’il s’agissait de la toux qui m’a poussé à écrire jadis.

La fin d’une boucle de temps, la fin d’un cycle qui ramène au départ mais à un étage plus élevé, mesure du travail accompli . J’étais trop impliqué que pour y voir clair, seul me restait le bon sens pour laisser aller les choses, pour être dans l’état qui me semble une potion « Wu-Wei » comme disent des Chinois. Laisser-faire, laisser se faire, être présent, être conscient.

Laisser un commentaire