Infarctus.

Depuis des semaines mon activité avait baissé, j’étais moins mobile, en hibernation presque. Février, mois maussade, m’avait envahi entraîné dans son atmosphère. Quelque chose ne tournait pas rond. Plusieurs fois, j’avais imaginé un appel téléphonique pour prendre rendez-vous avec le cardiologue pour un contrôle car de ce côté-là, cela me semblait moins bon. Plus de moments d’essoufflement se présentaient. Il convenait de faire un check-up. Le dernier remontait à deux ans.

L’idée était là mais je ne parvenais pas à lancer l’appel. Mon état grippal, en début de mois,n’avait rien arrangé, la situation me semblait encore moins bonne.

Mardi côté cœur, quelque chose bougeait, les impressions étaient neuves, dignes d’un intérêt médical. il me fallait consulter. Quelque chose avait l’air de se dérouler, il fallait que je sois pro-actif. Par deux fois, j’avais consulté le site internet de mon médecin de famille pour prendre rendez-vous selon ses consultations.

Mes heures de gymnastique douce, la MLC et le retour aux sensations corporelles plus aiguisées par l’exercice, sonnaient l’alarme.

Empêtré dans mes contradictions, je lésinais. Mercredi, mon appel pour prendre un rendez-vous l’après-midi était arrivé sur le répondeur du médecin, je n’avais pas laissé de message. C’était si simple pourtant. Un frein me retenait. Pourquoi ?

Je mets toujours longtemps pour décider à faire le pas. Je ne suis pas dans l’immédiateté mais certainement un peu dans la procrastination.

Les douleurs côté plexus étaient nombreuses et variées, j’avais toujours une sensation bizarre de ce côté-là, à commencer par la douleur à la côte flottante gauche, puis c’était aussi les reflux acides de l’œsophagite qui me faisait du souci. Bref c’était une zone d’inquiétude sans problème trop important.

Jeudi soir, un fait nouveau plus marquant s’était passé côté poitrine, un élément inconnu était apparu. Il méritait une attention particulière. Quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas violent, douloureux. C’était flou, global, sourd.

Je respirais coté cœur avec la technique apprise à la gymnastique douce, sorte de massage prophylactique. Quelque temps après le repas pour rendre le sang plus fluide, j’avais pris un comprimé équivalent à l’aspirine avec un grand verre d’eau. Une poussée forte venant de l’estomac s’était alors élevée vers le haut comme une envie de vomir. Indigestion ? Appel à l’aide sans doute, de l’intérieur.

J’étais seul, mon épouse en réunion n’était pas là. Voyant cela, elle aurait sans doute secoué le cocotier, forcé à la décision.

En moi l’idée d’appeler les urgences était présente. Il y avait comme une invitation nette à faire le pas, à prendre la décision. Mon mental prenait le dessus. La douleur n’était pas fulgurante comme annoncé dans les clips santé à propos des préventions pour le cœur. Apparemment, je n’étais pas trop inquiet, la nuit précédente après quelques respirations des tensions avaient disparus et je m’étais de nouveau endormi au son du battement de mon cœur perçu à hauteur de ma tête contre l’oreiller, comme si de rien n’était. J’avais donc une fois de plus remis au lendemain la décision.

La nuit mes techniques de respiration n’y faisaient plus rien, ne changeaient pas la situation.

Au contraire, elle fut remplie d’agitations.  Insomnies. Je respirais difficilement. La situation trouble s’était maintenue et dès potron-minet comme je n’avais pas réussi à rompre la tension comme la fois précédente, j’étais allé aux urgences conduit par mon épouse.

Arrivé sur place, j’imaginais entrer dans une salle remplie de monde mais je m’y trouvais seul, les autres patients avaient déjà été absorbés dans les cellules disponibles. Un emplacement était libre, j’étais pris en charge immédiatement. Le diagnostic fut fait, rapide, j’étais victime d’un infarctus,une artère était bouchée..

Si un appel immédiat à l’ambulance avait été fait hier soir, les soins d’urgence auraient arrêté le phénomène et l’artère coronaire réalimenté le cœur. A présent, bouchée, elle était perdue. Les perfusions ad-hoc furent mises en place.

Une heure plus tard, deux “Stent “améliorant la circulation dans les autres artères furent mis en place. Vu l’intervention, le passage aux soins intensifs pour le contrôle des différents paramètres dans le temps, s’imposait. Ma première hospitalisation débutait.

Dans ma solitude, dans le bruit des moniteurs et de leurs diverses alertes, les faits repassaient en boucle dans ma tête.

J’avais raté le coche, je n’avais pas saisi le sens des sensations, les alertes présentées par mon corps.

Une nouvelle vie commençait plombée par un cœur ayant souffert. Une vie limitée que seule une revalidation pouvait ramener à un niveau acceptable m’attendait.