Châteaux en Espagne.

Dans le jeu subtil du château en Espagne, nous étions les enfants et moi, parti d’un décollage commun en escadrille, chacun sur son billet de Lotto gagnant. Nous planions à hauteur voulue, sans attache à la terre, dans de longs glissements sur fond d’azur, à la limite du décrochage, en douceur lentement.

Seul, le plaisir, nous guidais, dans cette ambiance surréaliste et douce d’une fin de repas. Notre entraînement était nul et nous voguions sans heurs, paisiblement en formation.

C’était un gros lot, confortable, inépuisable même qui nous servait de carburant et entraînant nos tapis volants, dans un jeu sans fin, comme les mouches l’été sous une lampe, au centre de la pièce. L’ardeur ne manquait pas, les idées fusaient. Vite fait bien fait.

Nous avions, énoncés les lignes principales de nos dépenses futures.

En mauvais ministres des finances, nous dépensions allègrement, sans compter. Ne fallait-il pas en profiter. Le carburant n’était pas limité, la jauge restait superbement à « Plein »

Mon petit monde, suivait sans difficulté, le sens du vent favorable qui berçait nos illusions. Chacun apportait sa menue dépense dans un va-et-vient, dans un chassé-croisé en dehors des conflits habituels de possession de propriétés; Nous étions, en phase, dans les nuages et dans le ciel serein de nos désirs débridés.

Nous vivions la vie de château, sans fausse pudeur, simplement comme devait l’avoir fait Crésus; figure légendaire de mon monde d’enfance. Ah, que cela fait du bien de voguer, sans frein, dans le rêve éveillé d’une richesse sans mesure, de ne reculer devant aucun sacrifice, de prendre un appartement à la mer pour des vacances toniques, de prendre un chalet en montagne pour les sports d’hiver, d’aller, de venir, d’assouvir sa soif d’immensité, d’aller en voyage au delà des mers, dans de mystérieuses contrées.

Nous voguions dans les figures les plus diverses, sans soucis libre comme l’air;

Hélas, les nuages sombres, annonciateurs, d e turbulences montaient à l’horizon. Il fallait rentrer, chercher un abri pour éviter les trous d’air, les secousses. Nos esquifs fragiles risquaient de se mettre en vrille. Atterrir, il nous fallait atterrir.

En tant que chef d’ escadrille, rompu dans les retours à terre, je fis brusquement un visage serré pour plonger sur la terre ferme et reprendre la vie quotidienne.

Mon escadrille restait en l’air, dans l’étonnement et l’ivresse de pensées heureuses joyeuses .

J’ étais le gâcheur, le trouble-fête de les quitter si vite, sans approche lente prudente de la piste d’ atterrissage; Le désarroi se lisait dans leurs yeux, la fête était finie et le jeu ne prévoyait pas l’ atterrissage.

J’étais tombé trop rudement, entraînant mon petit monde si mal préparé.

Mon don d’enfance venait à peine de percer ma carapace et dans l’insécurité, je m’accrochais à la réalité quotidienne.
Eux capotaient devant tant de raideur, une buée de tristesse devant les yeux

« Pourquoi est-ce fini, Papa? semblaient-ils dire.

Ils me disaient aussi « Dis, Papa ton langage se fait vieux, le rêve, c’est fragile. C’est comme une feuille au vent, c’est une bulle de savon qui se pose en douceur pour rejoindre le réel, le plus lentement possible;

Plus tard, peut-être, j’aurais le bon réflexe. Ici, maintenant, je vous demande Pardon.

Je garderais au cœur, cette leçon de rêve et à notre prochain envol, nous atterrirons ensemble sur du coton.

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