Pieds en goguette.

DSCF5377C’est le milieu de la nuit, je me lève pour la pose due à l’âge comme trop souvent. Après avoir éteint dans la salle de bains, dans la pénombre, je marche pieds nus vers la fenêtre de la rue pour voir s’il a plu.

Alors que je traverse ensommeillé la chambre de devant, mon attention se promène aussi dans mes pieds. Les douleurs des semaines précédentes ont disparu, mon appui est doux, progressif, souple. Non pas que je marche sur des œufs mais je m’appuie fermement sur mon pied bien plus largement qu’à l’habitude. Je ressens le mouvement d’appui du talon vers les doigts de pied. Quelle douceur, quel plaisir de ressentir ce doux mouvement d’appui. Sans crainte, sans tension sans résistance.

On dirait que j’ai des nouveaux pieds tant ils sont souples et élastiques.

Mon problème d’appui dans la douleur semble loin derrière.

Ai-je tiré un gros lot ? Certainement pas, le jour précédent je m’étais offert un massage des pieds chez une praticienne de réflexologie. Bénéfice immense, gratitude pour ces nonante minutes où je lui ai laissé le soin d’assouplir mes appuis.

L’ensemble du pied a été réveillé, les os, les muscles sont fluides les uns par rapport aux autres, je les ressens. C’était la solution, du moins une solution.

Via la médecine, je n’avais obtenu grand-chose, le premier médecin consulté ayant vu mes cals, leurs étendues, avait simplement passé un scalpel pour évacuer les peaux dures qui s’étaient formées, traitant les effets, pas la cause. Peu de choses avaient changé.

Le deuxième, pour la même plainte, regarda ceux-ci de loin et m’assura qu’il ne s’agissait pas de verrues. Tournait-t-il autour du pot, était-il fataliste ?

 

A mon âge, la peau n’a plus la même souplesse. J’en avais déduit qu’au fond ma surface d’appui au sol, n’était pas large. Seule une surface faible du pied transmettait ma charge sur le sol et mon amaigrissement de plus de 10 % n’avait rien changé. Le reste de la plante des pieds était au chômage.

Mes appuis n’étaient pas standards, larges mais restreints et étriqués. Un peu de huile de massage avait après quelques soins de ma part sans doute aussi changé la donne ou m’avait poussé à reprendre un contact avec la réflexologie plantaire. Non pour le plaisir mais pour des soins précis, pour les douleurs qui seules étaient réduites par des semelles.

Ces quelques mètres dans la chambre, sur le tapis plain m’avait réconcilié avec mes pieds (1) et j’en avais parcouru consciemment le bénéfice, une souplesse est un plaisir à nouveau proche, oublié presque.

Avec la réflexologue j’avais été deux jours plutôt confronté à la nature du problème, à sa cause non aux effets. Le deuxième doigt de pied recroquevillé, en orteil marteau. Elle m’ouvrait à son symbole, le rapport à l’autorité.

Selon la théorie de la réflexologie, l’orteil marteau était l’expression d’un rapport ambigu à l’autorité, provenant de l’éducation, de mon attitude face à ceux qui m’avaient inculqué des principes, des règles.

Rebelle, non dans la fuite pour respirer, mais rebelle qui mord sur sa chique. C’est ainsi que j’avais retenu la théorie, je n’étais pas un adepte du laisser-aller mais je me cramponnais, m’agrippais ne changeait pas d’attitudes.

Ce petit parcours doux feutré me montrait le domaine du ressenti que je pouvais parcourir, la souplesse dont je pouvais disposer à ma guise après le laisser-aller, le laisser faire, l’acceptation passée à mes conflits d’autorités.

La piste était balisée, était-ce la bonne ?

En tout cas, elle était praticable avec du plaisir en prime.

De retour dans mon lit, les pensées se succèdent dans mon esprit entièrement réveillé. J’essayais d’être dans la détente, de bien sentir mon corps s’enfoncer dans le matelas, de ne pas vouloir dormir à tout prix mais d’accepter ce temps de conscience. Me laisser flotter, relax.

Un bruissement de plus en plus fort se manifeste, un avion de ligne, en phase d’atterrissage, survole à quelque 2000 m la maison. Lui aussi va prendre pied sur la terre après vous avoir tutoyé les nuages. Confirmation extérieure de veiller dans mon quotidien à atterrir, à respecter les lois naturelles du plus lourd que l’air, à me poser comme le fait le vol de Dakar, vers les cinq heures du matin me ramène à un objectif. Ressentir le sol à travers toute la surface de mes pieds tout en cherchant un autre rapport à l’autorité.

(1) Lien vers  l’article « Douleurs dans les pieds » cliquer https://corpssensations.org/2017/05/16/douleurs-dans-les-pieds/

Colère posthume.

Colère qui comme un feu couve, tout au long d’un jour de travail, colère rentrée qui bouillonne et qui rebondit sans pouvoir s’exprimer.

Colère qui s’entretient, colère qui épuise, colère qui rayonne, colère qui magnétise.

Voisine et collègue agressée d’un non-dit assassin et qui me dit

« Je ne sais pas pourquoi, mais aujourd’hui mes mains sont toutes tremblantes »

Antenne de réception de mes émotions violentes.

Colère d’humiliation, colère d’avoir été dévalorisé, nié, rabaissé au niveau d’un moins que rien.

Humiliation profonde, de ne pas avoir été respecté, d’avoir été un marche pied pour contribuer à la grandeur d’un chef.

Blessure d’amour propre, où tout effort est balayé, où tout point positif est minimisé.

Jalousie de voir des préférences injustifiées, jalousie de voir qu’ a d’autres on donne en abondance.

Douleur d’être « écarté du feu de l’action, du plaisir de l’avantage dit en nature. »

Pauvreté insupportable, manque de considération, colère qui explose dans toutes les fibres de mon corps. Colère inutile qui tue mon enthousiasme. Colère rentrée du chien battu couché, muet de sa douleur et qui se lèche.

Colère stérile.

Temps d’apaisement donné par la grâce d’un texte que le hasard glisse au moment opportun, baume apaisant sur mes plaies vives.

Baume d’un ange de la subjectivité, baume d’un ange du pardon.

(J44)

-Pour Mars99-Février2000

Paroles d’homme.

Que pouvait encore m’apporter cette heure de monologue avec la psychologue ? Qu’est ce que cela m’avait déjà apporté?

Les idées négatives à ce sujet se pressaient dans ma tête et seul un événement émotionnant de la semaine dernière trouvait intérêt à mes yeux pour justifier l’entretien qui allait suivre. Autant parler de celui-ci que de me poser des questions sur le sens global de la série d’entretiens!

D’entrée de jeu, je posais mon problème sur la table.

Lors d’un tour de table dans l’ambiance solennelle d’une grande réunion, j’avais à mon tour énoncé une bêtise, un non sens me plaçant de manière idiote dans la position de celui qui gaffait pour recevoir une attention.

Cela ne s’était pas fait attendre, sous une forte gestuelle, le conseiller général de la boite m’avait mimé, là en face de moi, son point de vue, sur mon intervention. Tout était dit. Le jugement exprimé m’avait pris au vol et enfoncé dans le sentiment d’être gaffeur et incompétent.

Pourtant mon schéma de réponse écrit en attendant mon tour, faisait sens. Prudent, rédigé en quelques mots, il m’avait l’air d’être sinon passe-partout du moins neutre et sujet à approbation. Mais voila, la panique s’était emparée de moi, mes idées s’étaient mêlées et seule la bêtise avait eu droit à la parole. J’avais fourni à ce conseiller, le bâton pour me faire battre. Mais pourquoi ?

Quand je présentais des textes avec fautes à mon patron en lui donnant l’occasion de me faire des remarques sur mon incompétence écrite, j’agissais aussi de cette manière ! C’était présenter un aspect négatif de moi-même. Je fournissais l’arme. Mais pourquoi ?

Comme si ce mode de vie s’était inscrit à un certain moment dans mon comportement alors qu’honnêtement, je disposais des moyens intellectuels que pour éviter ce genre de choses.

Les interventions que je devais faire en public réveillaient de toutes manières les bases d’une insécurité fondamentale. Je ne pouvais pas simplement prendre ma place dans le cercle des gens qui parlent, sans déclencher en moi sueurs froides, battements de coeur ou émotions fortes. Etats paralysants qui m’empêchaient souvent de lancer, dans le débat, mon simple point de vue .

Je restais sans mots avec en tête l’impression de courts-circuits, de blocages intellectuels paralysant ma pensée.

Où restait ma parole, où se situait mon avis, ma place ?

« Lancer sa parole dans le cercle du débat est comme un acte viril de fécondation des échanges entre personnes. » me dit la psychologue.

Cette réflexion faisait sens, non plus intellectuellement en tant que concept mais s’insérait dans mon quotidien et ne l’avais-je pas déjà formulé par écrit la veille à ma manière.

L’ordre de mes idées dans ce texte ne reflétait plus la réalité, mais y avait-il la nécessité de le maintenir alors qu’il était question maintenant d’association autour d’un thème – la virilité- tant dans sa dimension physique, que dans sa dimension symbolique.

Non, non j’allais d’un niveau à l’autre passant d’éléments concrets de ma vie, à des impressions pour ressentir les nombreuses cohérences. Ces éclairages sur celles-ci prenaient un sens, mon attitude vitale se disait, s’expliquait.De nombreux exemples se mettaient en ligne pour indiquer clairement où se situait dans mon développement ce problème maintenant clair de la castration par mon entourage, par moi-même.

Castration et peur étaient liées, nouées, empêtrées, l’une dans l’autre ce qui faisait la raison de mon blocage verbal. Prendre ma place était difficile car il fallait comme cette parole lancée en public être acteur, quitter une zone de sécurité, un appui.

Je ne pouvais jaillir dans la vie car j’étais dans le repli, dans la crainte d’être castré. L’état de ma santé sexuelle à ce niveau ne demandait pas plus d’explication, elle attestait simplement de l’état de régression à la période de l’enfance. Je retournais vers mes racines, et la peur primordiale.

Qui castrait qui ? Qui castrait quoi ?

Au fur et à mesure de la conversation qui s’animait, je réalisais que ma grand-mère, avait été dans notre enfance, pour mon père et pour moi, la grande castratrice. Elle avait par tous ses comportement essayé de nous rendre neutre, insipide dans nos actions par ses nombreuses interdictions et sans doute aussi, muet, dans l’expression de nos particularités, de nos richesses.

Qu’avait-elle fait de nos dynamismes d’enfants et d’adolescents avec toutes ses flèches d’interdictions ? D’être le second, après un frère envahissant, j’avais subi et accepté de la part de mon aîné, un étouffement.

Ne m’étais-je pas aussi moulé dans le rôle de l’enfant, dans celui qui sage comme une image, ne faisait pas sa crise d’adolescence, ne courant pas par monts et par vaux, ne fréquentant pas les filles, n’affrontant pas les périls du monde.

N’avais-je pas été coupé de mon être profond en acceptant d’être castré de mes impulsions propres pour faire ce qui était bien dans les yeux de mon père et de ma mère.

N’avais-je pas aussi, un certain jour d’enfance, manipulé une pince a mâchefer, pour me pincer chez ma grand-mère, le sifflet. Mon petit sifflet comme elle disait pour mettre en scène cette castration  qu’elle me faisait subir par ses attitudes. sans compter celles des parents et du frère.

N’avais-je pas accepté de la part de mes tuteurs, la  position d’étouffement de mon sexe, d’objet à maîtriser et à dompter car dangereusement fécondant comme la parole. Il m’a coupé le sifflet disait, dans mon enfance, quelqu’un qui s’empêchait de parler. Transfert de l’acte au niveau acceptable du symbole.

Fallait-il voir dans  les champignons qui se baladent à l’aine depuis l’adolescence, la tentative d’exprimer cette peur latente de la castration à l’endroit où se situait mon problème. Mycose impossible à traiter par les pommades et poudres prescrites plus d’une fois par la faculté.

Jeune marié n’avais-je pas été maintenu par ma femme loin de mes pulsions sexuelles et sociétales ou n’avait-elle pas maintenu en place d’une certaine manière l’état de dépendance et de soumission – faire plaisir- dans lequel je m’étais placé.

N’avais-je pas aussi été perturbé cette infection du frein à la verge avec laquelle je me débattais d’une manière  épisodique. N’était-elle pas elle aussi comme une expression de ma souffrance intime de ne pas être dans l’état de virilité que je souhaitais.

Sept 1999—J20-130999