Feu continu.

Son énervement et sa colère de gestionnaire, étaient apparentes. Non ce n’était pas possible comme il me le partageait de continuer comme cela pour la consommation d’électricité et de gaz. Dépassées toutes les bornes ! Le montant réclamé qu’il citait valait 10 fois le mien, en cette période de clôture des comptes annuels par la société de distribution d’énergie.

La situation correspondait à ce que la radio annonçait, le prix de l’énergie explosait et lui en tant que responsable en mesurait l’ampleur pour l’ancien bâtiment qu’il était amené à gérer. Toutes sortes de raisons pouvaient justifier cette hausse, en plus du coût de base qui s’appliquait à tous, vu les conditions du marché.

La chaudière vétuste, l’étendue du réseau de chauffage, le régulateur s’il n’y en avait un et last but not least, le comportement de l’occupant.

Pour mon domicile, j’avais aussi été confronté, à la situation énergétique et j’y prêtais attention. Ma dernière décision, était l’installation de panneaux photovoltaïques, après avoir installé, 5 ans plus tôt, une chaudière à condensation et un thermostat programmable.

Mais en fait qu’elle était la nature du problème. Prenait-t-on en compte notre comportement à tous. En retournant le problème, je ne pouvais m’empêcher de revenir à mon enfance et à la manière dont on se chauffait à cette époque.

Non, ce n’était pas le Moyen Âge mais c’était il y a bien longtemps avant, les réseaux de distribution de gaz, avant la pléthore d’équipements techniques de toutes sortes.

A l’époque régnait au village le chauffage au charbon, hé oui, il n’y avait pas la réputation qu’il a maintenant mais il nous tenait au chaud, sous 2 conditions ; d’être proche du feu continu qui régnait en maître dans la salle à manger et d’une maîtrise de la conduite, surtout la nuit où il fallait fermer la clé de la buse reliant celui-ci à la cheminée pour espérer le lendemain, retrouver le feu qui couvait.

Un seul foyer régnait et chacun, autour de lui, bénéficiait de son rayonnement, dans la gamme infrarouge, totalement différente de celle d’un radiateur de chauffage central.

Il n’y avait qu’une pièce chauffée dans la maison car on y pratiquait un comportement oublié «  le nomadisme dans la maison » On s’étendait au salon par un 2e foyer uniquement les jours de fête, dans  la belle pièce comme on disait parfois à cette époque.

Bref l’hiver se passait autour d’un foyer.

Et chez nous, la cuisinière à charbon régnait en maîtresse dans la cuisine, pour les repas des fêtes ou pour assurer le samedi dans un grand chaudron en cuivre, les seaux d’eau qui permettraient à chacun, à tour de rôle, de prendre son bain dans la grande bassine près des portes grandes ouvertes de la cuisinière laissant apparaître le pot rougeoyant.

Pour un premier pas de confort à l’étage, mon père avait percé au plafond, une trappe vers les chambres pour laisser passer quand il gelait un peu d’air chaud et couper ainsi le froid glaçant des chambres.  Les bouillotes, aussi, faisaient partie de l’équipement de nuit, plateaux de terre cuite ou réservoirs en cuivre, de la taille d’un petit pain. La bouilloire sifflait le soir quand elle était à la bonne température.

Époque révolue d’un confort spartiate, oublié sans doute car le pétrole bon marché a modifié les comportements. Mais que se passera-t-il, à notre époque,si le prix de l’énergie continue sa montée incessante.

Nous pratiquerons le point de chauffage unique et chacun se serrera dans la même pièce, la plus petite pour se garder au chaud.

Le confort c’est bien j’en suis adepte mais il faut se le payer.

Et revenant à la conversation avec le gestionnaire, je ne pouvais m’empêcher de penser que comme l’énergie était bon marché, on pouvait lui assurer un confort correct. Mais maintenant c’était un peu comme donner sa carte de banque à ses enfants, non concernés, par la réalité des choses, la sobriété de son portefeuille, car ils penseraient : « L’intendance suivra ! »

Pas évident de parcourir en sens inverse les chemins de liberté et d’aisance qui nous bassinent depuis des années.

Un mercenaire philosophe.

 Le faire part pour le décès de mon grand frère était sous mes yeux et j’en découvrais la teneur avec étonnement. Ses filles ne l’enterraient pas à l’église locale comme son épouse quelques années plus tôt. 

Sans doute n’avait-il guère la foi. Avait-il seulement été croyant en quelque temps. Je n’en savais trop rien mais faire l’impasse sur l’église me choquait.

 N’y avait-il pas là encore l’absoute, l’ancienne formule de simple bénédiction et quelques prières pour le défunt. Est-ce que ce rite était à présent abandonné ?  

Je n’en savais trop rien car plus pratiquant que lui j’étais, resté dans la tradition des funérailles à l’église, en plus d’être acteur au sein d’une paroisse. 

Le lieu du funérarium m’était inconnu, il faisait partie d’une société de pompes funèbres qui en avait plusieurs à présent comme je le constatais sur l’internet. Celui qui me concernait était situé dans un petit zoning industriel en périphérie, sur le plateau, près de la ville où il habitait. 

Adieu le point de ralliement local, central, à portée des gens de son âge souvent sans voitures. Tout en périphérie, même pour les défunts. Et ce, loin de l’église toujours

centrée sur une communauté. 

Une petite cérémonie de bénédiction était annoncée avant la levée du corps.

Tiens ? Se rapproche-t-on des usages actuels dans les crématoriums ou à un moment de prière est parfois prévu, avec le témoignage familial, dans une sorte d’amphithéâtre autour du cercueil du défunt avec projection d’images et petit discours de famille ou d’amis. 

Espace plus logique pour ceux qui sont en opposition à l’idée de passer une fois encore après le mariage de parents ou d’amis, dans une église, ou impossibilité du choix de musique s’éloignant de la tradition chrétienne. 

Mais qui ferait alors la bénédiction ? Ce n’était pas le curé du lieu car ainsi il se serait tiré une balle dans le pied.  

Qu’elle était le mystérieux orateur chargé de celle-ci ? Un paroissien, un bénévole pour représenter l’église aux funérailles de ceux qui veulent encore un peu de vernis religieux sur leur état de catholiques non pratiquants.

Au fond, les funérariums étaient en train de s’organiser professionnellement pour récupérer du chiffre d’affaires autrefois diffus et bon marché de l’église et de la salle paroissiale, ancien centre de réunions.

A l’heure dite après avoir hésité quelquefois sur la nouvelle localisation de l’endroit, nous rencontrâmes sur place, la famille plus large des cousins, celle qui est peu visible et de moins en moins, avec le temps qui passe. Mes enfants, mes sœurs et leurs enfants, mes et des petits-enfants.

Le cercueil reposait au fond d’une pièce obscure allongée, quelques gerbes l’entourant.

Sur un écran défilaient quelques anciennes photos. Sept, huit chaises étaient à disposition.

A l’heure dite, un inconnu aux cheveux longs, debout depuis quelques temps à l’avant pour remplir sa mission, maître de cérémonie sans doute, sous mandat des pompes funèbres, prit la parole.

Son langage dépassait la simple organisation, prenait une allure d’éloge. Il parlait du passage vers un au-delà chrétien ou intemporel, parlait des options que chacun pouvait avoir face à l’éternité, vague espace de temps où l’on se perd si tant est qu’on existe encore. Il reprenait aussi l’espérance chrétienne, celle d’être en présence de celui que nous honorons et prions.

Son langage respectueux de ceux qui ne croient en rien, était apaisant avec un brin d’espérance ou de désespérance. C’était tout et rien dans l’émotion.

Près de mes sœurs en face de ses filles, j’écoutais, j’essayais de suivre de comprendre quel était le souhait de celles-ci pour l’hommage à leur père, loin d’être un Saint homme, bien distant de l’église.

Aucun témoignage familial ne fut donné, aucun regard sur la souffrance physique qui l’accompagnait depuis des années, Mon frère n’occupait plus au home, lieu de devoir, de soins apportés par ses filles, le personnel, pendant ces années, qu’une place réduite qui l’avait même un jour poussé à appeler les pompiers ou la police pour enfin obtenir, trouver un soulagement physique de ses douleurs fantômes. Et sa manière de fantasmer pour être un homme politique, pour écrire un roman, pour sortir de l’impasse invalidante dans laquelle, il devait vivre avec de moins en moins de capacité, depuis des mois. 

Cet inconnu retraçait quelques éléments de sa vie, la rénovation de bâtiments, qu’il avait entreprise, à son retour du nouveau monde, du Canada eldorado, qu’il avait fui car très attaché viscéralement à son terroir. Sa recherche de vie, de transcendance dans la sculpture, la peinture lors de ses dernières années valides fut abordée mais avec combien d’impasses 

laissées de côté.

Et puis ce bâtiment inadapté à une telle cérémonie ou ceux qui étaient un peu loin dans le couloir ou à l’extérieur ne devaient rien entendre de ce monologue sans doute magistral mais sans un lien effectif. Manquait ainsi l’auditoire correct qui aurait permis à chacun de participer et de rendre à celui qui s’en allait un hommage formel et convivial.

Un Notre-Père et un Je vous salue Marie, furent curieusement récité comme pour donner la fin à cette parenthèse, hors de la tradition. Puis chacun fut prié avant de sortir de s’incliner une dernière fois devant celui qui ne resterait plus que dans nos mémoires

Ensuite à l’invitation du mercenaire, il nous restait, après la levée du corps, de suivre le défunt vers son dernier lieu de repos.

Cadeau mystérieux

À peine engagé dans le jardin avant de la maison de ma sœur, la voisine se mit à gesticuler sur sa terrasse. Surpris par sa vivacité et son intervention, j’ai essayé de déceler le sens de ses paroles et de son agitation. 

Que venait faire en plus le prénom de mon beau frère récemment décédé ? Et puis l’animal dont elle parlait où était-il ? J’essayais de comprendre quand mes yeux tombèrent sur un chien, plus d’apparence de loup que de chien, qui s’agitait lui aussi le long de la clôture au bord de la route. 

Était-ce de cette bête dont elle parlait ? 

Toujours dans le brouillard pour donner sens à l’événement, je lui proposais en désignant l’animal, la présence d’un loup. La seule chose évidente pour moi ; Ce n’était pas un renard. Finalement je ne sais trop de quels mots, de quelle phrase, je compris que mon attention devait se porter au loin, de l’autre côté de la route, dans le champ où les semis commençaient, leur pousse. Là était la raison de son agitation !

Les oreilles dressées, à l’orée d’un bosquet, elles aussi surprise par les cris de la voisine, deux biches regardaient dans notre direction.  Ce n’étaient pas les voitures qui les inquiétaient mais la voix stridente qui essayait de me faire participer au spectacle inattendu de la fin de l’après-midi.

C’était un des plus beaux moments que j’aie à raconter à propos de la vie sauvage environnante et qui était offert à ma sœur ainée, pour son anniversaire. C’était en effet le jour, mémoire de sa naissance, bien des années plus tôt et je me devais moi, son frère cadet de la fêter, en passant la saluer, l’aider à vaincre la solitude dans laquelle le deuil de son mari, grand amateur de photos l’avait plongée.

Quel plaisir, n’aurait-il pas eu, ce beau-frère, à la vue de cette vision inattendue et combien importante, lui qui passait des heures à photographier les oiseaux, sur le versant boisé de la vallée, du fleuve qui coulait, à 1 km à peine. 

Enfin l’intervention de la voisine prenait du sens, c’est à la mémoire du photographe qu’elle s’adressait quelques minutes plus tôt. Devant ce spectacle inattendu, comme un rendez-vous avec son disparu, ma sœur s’empressa, pour mémoriser l’événement, d’aller chercher son GSM pour photographier les animaux et mémoriser l’événement.

Comme un cadeau de l’univers, de son mari, pour l’aider à continuer vaillamment son quotidien de veuve éplorée.  De mon point de vue, ce happening, c’était pour lui offrir en sa mémoire, le meilleur cadeau qu’elle puisse recevoir pour son anniversaire, ce 9 mars.