Balade en Thiérache.

À l’heure convenue, sur le parking du point de départ, à une demi-heure de la maison, je rejoignais mon fils déjà au volant de son cabriolet. La phase concrète de sa proposition de week-end était sous mes yeux. Faire en décapotables sous sa conduite, un périple touristique dans une région proche comme il l’avait fait un mois plus tôt avec son club automobile. Une porte s’ouvrait pour moi, en dehors de mes habitudes, de mon schéma de pensées, et mon fils en détenait la clé.

Mon accroc de santé, l’année dernière, avait sans doute contribué à ce rapprochement, comme sa visite pour la Fête des Pères quinze jours avant.

Le rallye servait d’élément neutre entre nous, un rôle pour chacun, lui au volant moi à la navigation. L’exercice était dans le voyage.

Tout était neuf pour moi, d’être conduit par mon fils, rouler en décapotable comme un rupin ou un lord, lire le carnet de route, découvrir la Thiérache et demain ses églises fortifiées.

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La page de pictogramme du carnet de route sous les yeux, je suivais sa main pour les premiers rudiments d’interprétation et essayais d’en retenir la logique, le fil rouge. Un temps d’apprentissage serait nécessaire pour maîtriser le code de communication, faciliter sa tâche de conducteur et maintenir la fluidité du trajet.

Nous étions en route, secoué par le mauvais état des chemins de traverse, par les changements rapides de direction des premiers kilomètres à travers les collines environnantes. Je découvrais la rudesse de ceux-ci.

Pour l’heure en plus de la lecture de la page d’icone de direction à prendre, de carrefours, j’avais à assimiler la dynamique de sa conduite, le sifflement de l’air, la vibration parfois bruyante de la carrosserie du coupé qui affrontait les nombreuses inégalités de la route.

Au fond, ma tête se perdait dans les pictogrammes, mon corps était secoué comme un prunier et les tourbillons d’air enveloppant me surprenaient par leur fraîcheur.

À ce rythme tiendrai-je longtemps sans attraper froid, sans dommages corporels. Ma bibliothèque de sensations était pratiquement remise à neuf. Il me fallait la reconsidérer, l’ordonner, l’accepter pour stabiliser la base me permettant l’action et le plaisir dans le voyage. Immédiatement les premiers maux de tête apparurent, la première goutte au nez, le premier éternuement.

Les pages du carnet de route à lire par colonne de haut en bas se tournaient lentement, j’avais assimilé les instructions basiques, je prenais de plus en plus ma place de navigateur sous sa surveillance attentive, sous ses remarques d’habitué.

Le rallye servait de lien, décomposait la relation père fils, ouvrait une relation de complicité, de nécessité aussi pour atteindre la fluidité pour bénéficier du paysage varié qui défilait. Nous faisions front, cause commune pour que le véhicule progresse régulièrement. Situation nouvelle pour moi, souvent occupés à des tâches solitaires, peu habituées au travail d’équipe. Seule la ligne droite permettait un échange personnel dépassant les informations techniques et factuelles.

Mais ne brusquons pas les choses, consacrons le temps nécessaire à l’apprentissage d’une langue commune. Les minutes s’écoulent, nous passons de repère en repères, d’icône en icône que je coche sur la feuille de route.

Le paysage apparaît plus présent, tout est coup d’œil rapide et il ne faut pas s’appesantir, bailler aux corneilles, le moindre repère manqué et c’est le demi-tour, la marche en arrière, l’hésitation, le retour à la case précédente.

C’est tout un art, une manière d’être. Après une heure, j’ai fait quelques progrès.

Je découvre qu’au fond, c’est la voiture, sa passion. Il fait du rallye depuis longtemps. Il se livre lui le taiseux, je l’aide parfois par mes questions, à se dire, à parler de lui, lentement, discrètement.

Avec attention, d’un œil d’aigle, il contrôle ma maîtrise de la feuille de route et me corrige fermement, sans humeur, posément. Notre team se construit en dehors de toute hiérarchie, par la nécessité. Je suis dans un autre monde, sans avoir volé pendant des heures vers une destination lointaine, je suis au soleil sous ma casquette protectrice, en plein air. Sensation agréable finalement, je n’ai pas rencontré le froid que je craignais, juste fermé le col de ma chemise.

Plus d’un a été navigateur dans ses rallyes, deux petits fils l’ont déjà accompagné Je fais partie de son équipe. Cela me fait chaud au cœur.

Nous progressons, la variété des icones me perturbe, je n’ai pas assez d’expérience mais je m’amuse, mes maux de tête ont disparu et je fais corps avec l’exercice, je ne perçois plus les à-coups, les coups de frein. Le pays est plus ouvert moins peuplé, les chemins différents. Le rythme de l’exercice s’est imposé, je suis en phase.

La qualité de notre conversation s’approfondit, je tente des questions. Ce n’est pas simplement le voyage, c’est aussi une rencontre. J’essaie d’aborder un sujet ou l’autre qui me tient à cœur doucement, lentement.

Ce voyage est précieux, il doit être réussi. Cette grâce qui passe doit être mémorable, nous lier plus. Lien dont j’ai manqué avec mon père, décédé si jeune.Lui laisser des souvenirs, ne pas disparaître trop vite, trop tôt.

Au fond ne veut-il pas me dire qu’il a réussi, qu’il fait ce qu’il aime comme il le veut. C’est sans doute vrai, il construit sa vie, semble bien dans ses réalisations et est considéré dans son travail d’artisan.

Sa passion sur les voitures, la mécanique je ne l’avais pas perçue ainsi fort que depuis que nous sommes attachés au fil rouge du carnet. Sa conduite est agréable ferme précise, je suis rassuré, je me laisse aller à ma tache de navigateur.

La fatigue m’atteint, une pause est nécessaire. Sur un espace aménagé en petit parc, pour une sieste, je déroule mon tapis de sol avec précaution. Il pose la glacière et mon sac à hauteur de la tête pour couper le vent. J’en suis touché. Il est attentif à ma santé. Je n’en demandais pas tant. Nous avons atteint la première étape, le familistère. Il connaît un peu l’endroit me guide discrètement. Ambiance détendue sans heurts, fluide, moments de présence simple l’un à l’autre. Nous terminons la première journée par un repas pris à l’hôtel, tranquillement dans un échange agréable de nos activités diverses, différentes.IMG_0488

Le lendemain, nous sommes de retour à la voiture, lui au volant, moi à la navigation. J’ai fait des progrès, je maîtrise le code de communication, nous sommes dans l’exercice, peu dans le discours. Partie plus touristique, les églises fortifiées défilent dans le parcours du rallye. À chacune, un arrêt pour une photo ou l’autre, pour assouplir aussi le dos, les jambes. C’est convenu implicitement. Nous abordons superficiellement ces bâtiments abandonnés, témoins d’un passé figé, ignorés par les habitants, pour la plupart, les portes en sont fermées.

L’église de Parfondval se démarque, nous la visitons. A l’étage dans la tour, les cloches sont visibles, dans la structure en bois qui les porte. Alors que nous lisons les textes explicatifs, le mécanisme de la cloche centrale s’anime et se met en route. Un instant j’ai cru l’avoir mise en route par le biais d’une animation. Non ce n’est pas possible. Je regarde l’heure, il est midi. Elle sonne à toute volée, j’observe le mouvement, le marteau qui frappe, le bruit de la machinerie, j’écoute le son. Je pense à l’Angélus. Moments fort de notre expédition, sans l’avoir choisi nous bénéficions de ce spectacle son et vision. La structure ploie nettement sous les contraintes du mouvement de battement. Spectacle d’apothéose comme pour fêter notre voyage, cadeau du temps. Synchronicité. Souvenir puissant..

Émotion qui me traverse. En bas sur les bancs, sur les nominettes en émail blanc, le nom de paroissiens et de paroissiennes attachés à leur place dans l’église. Société figée, hiérarchisée, société disparue. Point curieux, les statues de la Vierge sont à droite dans ces églises, chez nous, elles sont à gauche.

Nous poursuivons notre périple, une église, la dernière de la visite. Les statues sont encore sur le piédestal contre chaque colonne à 3 mètre de haut.

Je lui demande « Connais-tu les symboles qui permettent de savoir de quel saint il s’agit. » Les symboles disparaissent maintenant le progrès en a beaucoup éliminés.

« Tu ne me les a pas appris ! » Je suis surpris. N’a-t-il pas raison ? Qu’a été mon éducation à ce sujet ? Nulle ! J’ai été nul dans cette transmission. Je me rattrape un peu. Celle-ci à un dragon à ses pieds, avec sa lance Saint-Michel le terrasse Celle-là regarde, l’enclume et les outils, c’est Saint Éloi. La sainte là est sans doute Jeanne d’Arc avec sa cuirasse.

Étonnement cette statue porte un enfant sur son épaule.  » Connais-tu la légende de Saint Christophe » « Non » me dit-il. Je te l’enverrai par mail à mon retour. Elle est importante pour toi. C’est le patron entre autres des voyageurs. Coïncidence double non seulement, elle définit notre état de voyageurs mais aussi son prénom. Signe du destin. Nous terminons notre voyage, encore une ou deux icones sur la feuille de route et c’est le chemin du retour. Le climat est toujours avec nous, la température est agréable. La route se fait plus large, c’est une route nationale qui nous ramène chez lui. Là, changement de véhicule et en route avec sa camionnette professionnelle. Dans une heure sur son chemin vers une activité en préparation, il me déposera au point de rendez-vous avec mon épouse.

La parenthèse forte et conviviale se termine. Elle sera classée dans notre mémoire comme cheville de notre histoire, comme exemple de bonnes relations pour nos lignées familiales.

 

Lignée des pères.

Cette année encore, je m’attendais de sa part à un sms laconique, portant le message. « Bonne fête Papa » en lieu et place comme c’était l’usage avant, d’une carte postale colorée. Plus, c’était espérer et avec lui, j’avais l’impression qu’il fallait me satisfaire de ce type de témoignage, court et bref.

Vu la distance, notre relation était minimaliste, réduite aux fêtes de famille et encore, plus une présence qu’un échange, une rencontre.

Cette année pourtant le vent avait changé de direction, les habitudes s’étaient modifiées subtilement. Était-ce ma demande de réparation de la pergola cassée au pied par un coup de vent violent ? Qui sait ? C’était simultané sans plus. Quoi que ?

Avec ses enfants, mon fils avait décidé de faire un saut le dimanche après-midi pour me souhaiter ma fête de père.

« Bonne fête, mon Papa » avait-il dit dès son arrivée.

Son cadeau était simplement ses heures de route à l’aller et au retour. Une présence au pays de quelques heures à partager quand même avec un ou l’autre copain.

Sa présence et celle de ses enfants m’avaient rempli d’une joie profonde, nous entraînant dans une relation ancienne de père à fils distante, discrète mais réelle. En voyant la joie de mon petit-fils, en présence de son père, je revoyais mon fils à cet âge. Bien différent, moins expressif, plus fuyant sans trop savoir la relation qu’il vivait et entretenait avec moi.

La richesse de la leur m’éclaboussait et je la goutais. Là dans ce domaine, la transmission était bonne. J’entends encore son fils dire « Il est fort mon papa ! »  rempli d’admiration. Peut-on la goûter quand on l’a vit. N’est-ce pas plus facile de la voir en tant que spectateur. En tout cas, cette paire me réjouissait me donnait une certaine confiance dans leur avenir commun. Avenir que je leur souhaitais long et épanouissant.

À cette occasion, moment idéal, j’avais montré l’arbre du « Nom » réalisé les années précédentes dans mes recherches généalogiques, puisque mon petit-fils connaissait la valeur de la lignée. Ne m’avait pas-t-il pas dit au téléphone en me passant son père,  » Je te passe ton fils « !

Travail que j’avais repris de mon père et étendu à tous ceux qui vivant portent notre patronyme. Descendants issus d’un immigrant espagnol qui s’était réfugié des Pays- bas espagnol, craignant les persécutions du Duc d’Albe, dans la principauté de Liège.

Plus de 400 ans d’histoire, de père à fils, sur cette grande feuille de dessin que je lui avais déployée, chaîne humaine dont les trois derniers survivants observaient l’arbre du « Nom »

Donner à mon petit-fils le sens des racines, le sens de l’histoire, le sens de la solidarité des lignées à l’occasion de cette fête trop commerciale.

La hauteur du caractère d’imprimerie était très limitée mais la qualité de leurs yeux avait fait la différence. Sa sœur avait observé l’absence d’accent sur son prénom et lui, la difficulté de lire le sien vu le caractère gras des lettres qui fusionnaient les caractères. La vue du nom de sa mère l’avait rassuré. C’était bien lui qui était inscrit au-dessus du prénom de sa sœur, à droite de celui de sa mère.

Rien de bien spécial ne s’était passé dans ses moments de présence sinon que ma femme avait pu clarifier une de ses inquiétudes de mère, de manière calme et sereine alors que souvent, c’était dans la tension que les rencontres entre eux se passaient.

Que valent les cadeaux achetés en hâte, face à ces moments d’échanges et de convivialité ? Après un gouter rapide, lors de l’au revoir, je mis mes mains sur ses épaules.

C’est vrai qu’il est fort mon fils. Je sentais la puissance physique de ses bras, de sa jeunesse.

Ils reprirent la route pour visiter un copain sans que j’aie évoqué la nouveauté entre nous à propos du rallye qu’il avait fait le mois précédent. Par lui, j’avais découvert une région proche, laThiérache et ses église fortifiées.

En réponse à mon mail de remerciement, il me proposait de me servir de guide le mois prochain pour m’initier à ce type d’architecture paysanne, des plaines voisines, souvent victime des envahisseurs du passé.

Je devenais celui qui bientôt serait pris en charge. Histoire de lignées, roue du destin qui tourne et descend après s’être épanouie, père au déclin, fils au zénith, élan du petit-fils.

Quand tu bois…

Occupé à l’aménagement des fauteuils en grand cercle autour de l’autel pour la messe d’anniversaire matinale, j’en déplaçais le dernier quand m’apparu au centre du choeur, au-dessus des marches, le bouquet de tournesols réalisé par la sacristine.

007_5A_2Fleurs de saison, certainement choisie pour la fête religieuse du Sacré-Cœur mais qui pourtant à mes yeux portait une charge symbolique intense. Celle-ci me ramenait immédiatement à notre histoire familiale, aux symboles qui nous portent. Fleur chargée d’émotions me renvoyant au hall d’entrée de sa maison où trônait fièrement l’aquarelle de deux tournesols qu’elle avait dessinés lors d’un stage bien des années avant. Fleurs-soleil faisant partie du mot d’adieu, que j’avais prononcé en son honneur à la messe des funérailles, trois ans plus tôt.

Cette vision d’une charge symbolique puissante avait ouvert un chemin à mes émotions enfouies, ouvrant un exutoire à des larmes qui immédiatement coulaient doucement sur mon visage. Sans défense, j’étais plongé dans l’abandon à la grande tristesse qui m’habite à son sujet et qui venait de jaillir de mon tréfonds. Fleurs que nous avions choisies pour son dernier hommage, fleurs qui l’avaient accompagnée dans la tombe.

Coïncidence, synchronicité, ces fleurs qui suivent et se retournent vers le soleil témoignant d’un au-delà indéfinissable, renvoyant à un moment fort puissant ressenti lors d’une session de méditation au Carmel de Rochefort. Expérience perçue par ma fille qui à la fête des Pères de cette année-là avait mystérieusement marqué celle-ci par deux petits serpents aux couleurs de l’arc-en-ciel. Symboles que l’on retrouve sur le caducée des médecins. Symbole de guérison, ils expriment la force vitale présente en chaque personne. Force qu’il m’avait été donnée de percevoir, force en chemin en moi à laisser s’épanouir pour m’associer entièrement à la vie.

Autour de nous, un cercle d’amitié pour nous soutenir dans ce moment souvenir, pour nous aider à passer ce cap difficile. Toutes nos émotions sont à fleur de peau. La mémoire nous livre des souvenirs à la fois heureux et tristes. Le célébrant au cours de son homélie cite un proverbe que ma pensée accroche.

« Quand tu bois de l’eau, pense à la source  »

N’est-ce pas plutôt la source qui, ce matin, pense à moi, à nous, en nous reliant de cette manière symbolique et forte par le soleil des tournesols, à notre aînée.

Mes yeux ne pouvaient se détacher de ce bouquet, de ce symbole de reliance forte en ce moment difficile. Cette paroisse dans laquelle les circonstances nous ramenaient, en ce jour, avait aussi été pendant de nombreuses années la nôtre. Ma fille avait fait ici sa communion solennelle, c’est ici aussi qu’elle aurait aimé se marier comme la plus jeune l’avait fait mais cela n’avait pas été possible, son compagnon refusant de la marier et ne donnant aucune place à cette aspiration profonde. Décision qui a toujours empoisonné leurs relations et lui a fait vivre des souffrances dont elle se serait bien passée.

Tous les souvenirs m’envahissent mais un seul prédomine, le lien vers elle n’est pas coupé, il est fleuri. La coïncidence vécue à travers de ce bouquet domine, me relie à elle qui est à présent invisible, ravive sans doute les émotions mais aussi la présence mystérieuse qui a guidé la main de la sacristine pour le choix de ce bouquet constitué de tournesols.

Elles sont huit, huit signifiants, au-delà de ceux de la semaine.

Huit,  » symbole de résurrection, de transfiguration, annonce de l’ère future éternelle faisant du chiffre un achèvement, une complétude  » comme le dit la référence du Dictionnaire des symboles.(*)

Sans ce choix, la messe aurait été une messe anniversaire ordinaire, un peu traditionnelle. En ce jour, cet endroit, elle recevait une qualité et une profondeur devant laquelle je m’inclinais. Cadeau de la vie dans notre chemin de parents désenfantés.

La journée était radieuse comme les précédentes, nous étions de retour à la maison, accompagnés par ma belle-sœur. Main verte, elle nous a entraîné par ses conseils dans l’organisation du jardin, rappelle les soins à suivre, les fleurs à soigner, les rosiers à tailler. Tous ces conseils pour mener au mieux la floraison et la mise en valeur de tout ce qui peut faire la joie de vivre, via les fleurs.

Vraiment, nous étions après ce moment difficile, repartis dans le quotidien, après avoir fait escale dans les souvenirs,  repartis dans la vie.

 

(*) Dictionnaire des symboles. J.Chevalier, Alain Gheerbrant-Robert Laffont-Bouquins page 512.

L’éveilleur

IMG_0873L’église, que les circonstances avaient choisies, pour lui rendre hommage, était à deux pas de sa résidence depuis longtemps. L’avait-il fréquentée, visitée je n’en avais rien su. Sans doute lors d’une cérémonie identique qui avait précédé la sienne.

Érigée près d’une vaste place, elle en était séparée par une ceinture de tombes anciennes, lambeau de terre mince en façade, du cimetière sans doute désaffecté, autour d’elle. Pour accéder à l’entrée et au porche, un passage pavé à l’ancienne avait été aménagé, un mètre à peine de large, au sol une inscription lapidaire « Famille X ». À gauche à droite des monuments funéraires en urne-pilastre de 3 m de haut surmontaient les concessions de famille sans doute de notables. Avait-on enterré à l’église, comme dans les plus anciennes ? Etait-t-elle relativement récente ? Ce qui m’importait à ce moment, c’était plus du niveau symbolique, l’église, et le rapport à la vie, à la mort.

Sa mort, après un long combat était inéluctable. Il rassemblait ainsi en une seule fois pour le dernier au revoir, sa famille proche et étendue, ses amis, ses connaissances. Sa forte personnalité, sa convivialité, nous avaient tous marqués. Son attachement, ses racines étaient manifestes tout autant que le plaisir qu’il avait de voyager sur les mers et au-delà. Patriarche, capitaine, c’était un rassembleur, une personnalité qui laisse des traces, qui marque. Une devise récente qu’il affichait fièrement sur son T-shirt était

« Mouton oui, mais différent des autres »

Avec lui rien n’était pareil tout été abordé autrement et souvent comme Don Quichotte, il pourfendait ce qui tournait mal à son goût, autour de lui.

Son attachement à la langue de nos anciens, balayée après la guerre par la modernité, occupait une partie de son temps. Temps qui le ramenait à ses années d’enfance quand il avait vécu chez les grands-parents paternels, séparé de son père par la guerre, de sa mère par la maladie et la profession. Brillant intellectuel, pédagogue dans l’âme, il avait transmis à ses enfants, ses petits-enfants, ses enfants adoptés, le sens du devoir, de la rigueur, de l’effort.

Vif, alerte, il avait la dernière année, lutté pour sortir d’une maladie sans issue qui l’avait tué à petit feu. Sa grande sensibilité bien cachée était ressortie comme un déluge lors d’un concours de cornemuse, entre clans, en Écosse. C’était cela que ses enfants avaient voulu mettre en évidence, au second degré, pour son entrée à la cérémonie d’hommage, à l’absoute.

Le petit cortège était précédé d’un joueur de cornemuse, engagé par les petits-enfants pour dire à tous qu’au fond il était profondément humain attentif respectueux de celui qu’il rencontrait, qu’il écoutait.

Pour la lecture de l’Évangile, sa femme avait choisi la lecture de la graine de sénevé qui doit pour se perpétuer mourir. Était-elle dans la pensée de Pâques qui avait été fêté quelque jours avant, intuitivement, culturellement sans doute mais consciemment, j’en doute. Elle oscillait au gré des vagues de la modernité et avait jeté le bébé avec l’eau du bain. Mais un sens profond agitait la famille, les échanges par téléphone s’étaient multipliés. Le fruit qui en ressortait était le témoignage de tous, rassemblés derrière le micro, à l’assemblée à la fin de l’office.

Ils, elles n’étaient pas dans le regret, stérile et larmoyant. Chacun agitait pour tous clairement distinctement ce que le patriarche, le père, le papa avait fait pour eux, en quoi il avait été graine pour donner pour chacun un fruit bien personnel « Il m’a appris, il a été semence, j’en garde ce fruit. »

Je m’inscris dans sa lignée, porter du fruit, mon fruit.

Y a-t-il meilleure image de mort et de résurrection. C’est là le sens profond acquis dans cette église du Vieux village.

Il quitte l’assemblée précédé par le joueur de cornemuse pour dans quelques jours rejoindre la terre familiale adoptée par ses parents qu’il y a longtemps, son âme d’enfant avait perdu, dans une rupture violente d’un attachement, jamais exprimé.

De lui, je garde la semence qu’il a semée en moi. Lors de nos premières rencontres, un jour de Toussaint sur la tombe familiale, il s’interrogeait en miroir.

« Mais où est l’arrière-grand-père paternel, porteur du Nom »

Absence perdue de vue qui depuis me travaille. Sa quête, par personne interposée, ma quête ?

Quête impossible mais sens des racines, de la vie, de l’amour qui du portage au baptême, au portage à la mort, nous rend vivant.

Paroles bloquées.

Parlez ! moi ?  Pour qui ?  Pour quoi ?  Pourquoi.

Une fois de plus le rendez-vous était là et il fallait meubler le temps à disposition. Flot de paroles pour ne rien entendre ou ressentir dans un silence gêné, dans un silence passif.

L’absence de paroles étant encore plus difficile, je parlais d’abord d’avoir pu prendre la parole, dans un cercle d’amitiés de trente personnes, pour y expliquer un point de vue au sujet d’une œuvre de Magritte, simplement,  maladroitement sans doute.

Sans peur les mots s’étaient suivis d’une manière plus ou moins cohérente, sans confusion dans l’esprit. La panique habituelle n’avait jamais été présente, aucun battement superflu ou puissant animé par la chamade. Dans l’ordre des choses, tranquillement simplement les mots avaient traversé ma bouche vers l’espace de la réunion.

Que de chemin parcourus lentement sans doute, depuis la première fois où j’avais osé parler en public et où la transpiration du front, descendait lentement sur le bout de mon nez pour y faire le goutte à goutte.

Une parole se libérait, s’était libérée, avait évolué au point curieux que pour la première fois en prenant rendez-vous avec mon coiffeur quelques jours après, j’avais entendu celui-ci réclamer  « A quel nom » et ce pour la première fois, au moins depuis longtemps. Etait-ce un indice de l’évolution de ma voix, de son affermissement. L’histoire et les échos viendraient le confirmer.

J’avais parlé en public à partir de la salle, à l’aise comme je ne l’avais jamais été. J’avais exprimé des points de vue à la réunion des cadres autour de la table francophone de discussion à laquelle nous étions assis cette fois-ci.

Cela renforçait ma confiance et mon assurance dans mes capacités d’expression.

Le dimanche suivant lors d’un bain, une explication vient à la surface de ma conscience et me souffla que ce blocage de la parole avait pris aussi son origine dans un moment précis de ma place d’enfant en 3 ème maternelle où la sœur Cécile tournait autour de moi pour rechercher celui qui s’était oublié dans sa culotte et qui empestait l’atmosphère. J’avais refusé de dire que c’était moi, évitant l’humiliation qu’elle n’aurait pas manqué de me faire vivre si j’avais  eu l’innocence de lui avouer.

Craignant les foudres de celle qui représentait la sorcière, la castratrice, l’affreux dictateur, chargé d’enseigner aux filles et à quelques garçons dont moi parce que le père m’utilisait dans la guerre scolaire entre l’école catholique et l’école communale.

Menacé par ses foudres et sa conception de la justice, j’avais fermé la bouche. J’étais entré dans un mutisme qui allait durer des années. J’avais perdu mes moyens d’expression et pris en charge le poids du péché, du mensonge, de désobéissance, ce qui était pour moi enfant gérable seulement par le silence.

Et depuis cet age là, je m’étais réfugié du coté des femmes puisque j’avais été l’homme qui n’affrontait pas ses responsabilités. C’était le cadenas de ma voix, de mon expression, de mes blocages d’épaule et du timbre de ma voix.

N’interprètez pas, ne dites pas que vous avez changé, mais veiller à ce que l’on dise de vous, « Il a changé ! « .

Mais dis-je en fin de séance dans un jet on ne peut plus incontrôlé. Et la sexualité reste toujours pendante, c’est un sujet qui n’a pas encore été abordé. Sourire surpris. Un lapsus, un jeu de mot venait de se passer et me forçait à me noter dans la liste des lapsus des autres.

Oui, elle n’était pas encore abordée car elle reste toujours faible et réduite à néant par un effondrement de la libido.

27/1/2000-02-11

 

Paroles d’homme.

Que pouvait encore m’apporter cette heure de monologue avec la psychologue ? Qu’est ce que cela m’avait déjà apporté?

Les idées négatives à ce sujet se pressaient dans ma tête et seul un événement émotionnant de la semaine dernière trouvait intérêt à mes yeux pour justifier l’entretien qui allait suivre. Autant parler de celui-ci que de me poser des questions sur le sens global de la série d’entretiens!

D’entrée de jeu, je posais mon problème sur la table.

Lors d’un tour de table dans l’ambiance solennelle d’une grande réunion, j’avais à mon tour énoncé une bêtise, un non sens me plaçant de manière idiote dans la position de celui qui gaffait pour recevoir une attention.

Cela ne s’était pas fait attendre, sous une forte gestuelle, le conseiller général de la boite m’avait mimé, là en face de moi, son point de vue, sur mon intervention. Tout était dit. Le jugement exprimé m’avait pris au vol et enfoncé dans le sentiment d’être gaffeur et incompétent.

Pourtant mon schéma de réponse écrit en attendant mon tour, faisait sens. Prudent, rédigé en quelques mots, il m’avait l’air d’être sinon passe-partout du moins neutre et sujet à approbation. Mais voila, la panique s’était emparée de moi, mes idées s’étaient mêlées et seule la bêtise avait eu droit à la parole. J’avais fourni à ce conseiller, le bâton pour me faire battre. Mais pourquoi ?

Quand je présentais des textes avec fautes à mon patron en lui donnant l’occasion de me faire des remarques sur mon incompétence écrite, j’agissais aussi de cette manière ! C’était présenter un aspect négatif de moi-même. Je fournissais l’arme. Mais pourquoi ?

Comme si ce mode de vie s’était inscrit à un certain moment dans mon comportement alors qu’honnêtement, je disposais des moyens intellectuels que pour éviter ce genre de choses.

Les interventions que je devais faire en public réveillaient de toutes manières les bases d’une insécurité fondamentale. Je ne pouvais pas simplement prendre ma place dans le cercle des gens qui parlent, sans déclencher en moi sueurs froides, battements de coeur ou émotions fortes. Etats paralysants qui m’empêchaient souvent de lancer, dans le débat, mon simple point de vue .

Je restais sans mots avec en tête l’impression de courts-circuits, de blocages intellectuels paralysant ma pensée.

Où restait ma parole, où se situait mon avis, ma place ?

« Lancer sa parole dans le cercle du débat est comme un acte viril de fécondation des échanges entre personnes. » me dit la psychologue.

Cette réflexion faisait sens, non plus intellectuellement en tant que concept mais s’insérait dans mon quotidien et ne l’avais-je pas déjà formulé par écrit la veille à ma manière.

L’ordre de mes idées dans ce texte ne reflétait plus la réalité, mais y avait-il la nécessité de le maintenir alors qu’il était question maintenant d’association autour d’un thème – la virilité- tant dans sa dimension physique, que dans sa dimension symbolique.

Non, non j’allais d’un niveau à l’autre passant d’éléments concrets de ma vie, à des impressions pour ressentir les nombreuses cohérences. Ces éclairages sur celles-ci prenaient un sens, mon attitude vitale se disait, s’expliquait.De nombreux exemples se mettaient en ligne pour indiquer clairement où se situait dans mon développement ce problème maintenant clair de la castration par mon entourage, par moi-même.

Castration et peur étaient liées, nouées, empêtrées, l’une dans l’autre ce qui faisait la raison de mon blocage verbal. Prendre ma place était difficile car il fallait comme cette parole lancée en public être acteur, quitter une zone de sécurité, un appui.

Je ne pouvais jaillir dans la vie car j’étais dans le repli, dans la crainte d’être castré. L’état de ma santé sexuelle à ce niveau ne demandait pas plus d’explication, elle attestait simplement de l’état de régression à la période de l’enfance. Je retournais vers mes racines, et la peur primordiale.

Qui castrait qui ? Qui castrait quoi ?

Au fur et à mesure de la conversation qui s’animait, je réalisais que ma grand-mère, avait été dans notre enfance, pour mon père et pour moi, la grande castratrice. Elle avait par tous ses comportement essayé de nous rendre neutre, insipide dans nos actions par ses nombreuses interdictions et sans doute aussi, muet, dans l’expression de nos particularités, de nos richesses.

Qu’avait-elle fait de nos dynamismes d’enfants et d’adolescents avec toutes ses flèches d’interdictions ? D’être le second, après un frère envahissant, j’avais subi et accepté de la part de mon aîné, un étouffement.

Ne m’étais-je pas aussi moulé dans le rôle de l’enfant, dans celui qui sage comme une image, ne faisait pas sa crise d’adolescence, ne courant pas par monts et par vaux, ne fréquentant pas les filles, n’affrontant pas les périls du monde.

N’avais-je pas été coupé de mon être profond en acceptant d’être castré de mes impulsions propres pour faire ce qui était bien dans les yeux de mon père et de ma mère.

N’avais-je pas aussi, un certain jour d’enfance, manipulé une pince a mâchefer, pour me pincer chez ma grand-mère, le sifflet. Mon petit sifflet comme elle disait pour mettre en scène cette castration  qu’elle me faisait subir par ses attitudes. sans compter celles des parents et du frère.

N’avais-je pas accepté de la part de mes tuteurs, la  position d’étouffement de mon sexe, d’objet à maîtriser et à dompter car dangereusement fécondant comme la parole. Il m’a coupé le sifflet disait, dans mon enfance, quelqu’un qui s’empêchait de parler. Transfert de l’acte au niveau acceptable du symbole.

Fallait-il voir dans  les champignons qui se baladent à l’aine depuis l’adolescence, la tentative d’exprimer cette peur latente de la castration à l’endroit où se situait mon problème. Mycose impossible à traiter par les pommades et poudres prescrites plus d’une fois par la faculté.

Jeune marié n’avais-je pas été maintenu par ma femme loin de mes pulsions sexuelles et sociétales ou n’avait-elle pas maintenu en place d’une certaine manière l’état de dépendance et de soumission – faire plaisir- dans lequel je m’étais placé.

N’avais-je pas aussi été perturbé cette infection du frein à la verge avec laquelle je me débattais d’une manière  épisodique. N’était-elle pas elle aussi comme une expression de ma souffrance intime de ne pas être dans l’état de virilité que je souhaitais.

Sept 1999—J20-130999

Placer la voix.

« Que les ténors se placent ici à ma droite, que les basses se mettent à gauche et ensuite les altos au centre. » Incapable de me situer par ignorance de cette échelle de voix, j’hésitais figé sur ma chaise. Fallait-il frimer faire comme les autres me porter dans un des groupes ou rester cloué sur ma chaise dans une immobilité honteuse. Je n’avais pas su me décider ! Qu’est ce que j’étais venu faire dans cette galère. Qu’elle était ma place dans cette communauté, dans toute cette organisation. Pour ma première participation, ce n’était pas fameux. Quel langage utilisaient-ils ? Etait-ce pour moi ?

A la réunion suivante en entendant les mots « communauté » et les louanges de chacun face à celle-ci, je me trouvais distant et septique.

Ne venait-il pas d’accueillir un tel et un tel en laissant dans l’oubli quelqu’un qui n’était pas parrainé et qui aurait eu aussi droit à cet accueil. Pourquoi n’accueillait-t-il pas tous les nouveaux en une fois, en suscitant la réaction de ceux qui arrivaient. « Levez une main, les nouveaux ! » C’était si simple. Leur langage créait des exclusions. Bien sur, toute organisation a des failles.

Chacun devait à présent prendre dans un panier un menu objet qui y était disposé, feuille séchée, fruit sec, papier coloré, mandarine, bout de chocolat et rechercher dès que chacun avait le sien, dans le groupe les personnes portant le même objet pour faire une petite communauté de partage. Là enfin la démarche était porteuse de communauté. Le hasard constituait nos groupes de discussion.

Dans le partage qui suivait, chacun exprimait ses impressions. J’en profitais pour dire que la fois précédente, l’exclusion m’avait cloué au mur, que je m’étais senti rejeté, faute de savoir la nature de ma voix.

La communauté oui mais pas au prix du rejet ou de l’oubli de ses nouveaux membres. Si possible que chacun veille sur les autres, mais est-ce si facile ?

Lors du deuxième partage de l’après-midi, à nouveau autour du petit groupe, j’entrais dans le jeu proposé et comble vu ma réaction du matin une participante du groupe me demandait de tenter une expression par le chant. Mon bavardage du matin n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Puisque je ne savais pas chanter, je chanterais donc. En avant pour l’aventure, pour la sortie des chemins surs et bien connus.

Dans ma mémoire, toute histoire, tout texte avait disparu sauf un ou deux vers d’une de mes chansons préférées. A mon tour, je me lançais avec une voix hésitante, mal assurée. C’était une véritable catastrophe. Ma voix fluctuait, hésitait. « Oui tu dois prendre ta voix. Tient autrement ton cou, il doit être placé d’une autre manière, me disait l’oreille fine et musicienne qui m’avait mis au pied du mur pour cet exercice de vocalise.

« Fais un deuxième essai, tu dois pouvoir faire mieux. »

Pour la deuxième fois dans ce petit groupe sympa, rassemblé dans un petit local très discret, je me lançais pour essayer de sortir un son valable. Au milieu de la phrase, j’eus la sensation que ma voix prenait une place à un endroit différent et plus bas qu’où j’essayais souvent vainement de faire sortir un son convenable. Ma voix n’était plus dans, derrière ma pomme d’Adam mais plus bas. Le son m’était plus agréable, il était plus assuré, plus plaisant. Néanmoins à court de mot, sur le texte court que j’avais en mémoire, la chute fut brutale.

Une nouvelle impression s’était glissée en moi. Dans le passé, je n’avais pas pris ma voie, ma place, ma voix. Je me taisais souvent, submergé par mes émotions et empêché par ma retenue, par un frein quelque part dans mon attitude, dans ma gorge.

N’était-ce pas là que poussait il y a un an, encore cette foison de verrues, qui repoussaient à peine carbonisées par le médecin.

Je n’avais pas pris ma place, ma voix ne dominait pas l’ambiance de famille pour je ne sais quelle raison du passé, mon assurance vacillante m’avait placé du coté des taiseux.  N’avait-t-il pas raison mon fils de me dire il y a quelque années que j’étais au portemanteau.

Moi qui rêvais de communiquer avec mes enfants, de leur exprimer des tas de chose la plus part du temps à table, je n’avais rien dit, ne profitant pas de ces moments privilégies pour exprimer des choses pour leur apprendre à parler, à se parler, à s’exprimer, à se dire.

Depuis la mort de mon père, j’imaginais les choses que j’aurais pu lui dire, lui exprimer. Lui m’aurait compris, mais je n’avais rien dit, à cause de cette chape de plomb qui pèse sur la famille et qui fait que l’on s’y tait. Aurais-je pu lui parler moi qui n’ai pas fait le deuil du père.Toute tentative aurait été vouée à des larmes de tristesse. Pour les éviter, je me taisais, alors maintenant brusquement me mettre à table, était-ce possible sans une voix assurée, sans entrer dans des émotions, sans rencontrer les émotions toujours  évitées. Voilà, il faut que je parle que je me dise, non pas que je m’écrive car la parole ouvre des portes, permet la vraie rencontre,

Il ne reste plus qu’a attendre ou provoquer cette fameuse conversation.

Octobre98

Bienvenue à ceux qui cheminent.

Comme je ne portais pas mon attention à ce corps qui me portait, celui-ci s’est rappelé  à moi dans le domaine des sensations. Pas à pas, au cours du temps,  le chemin s’est déroulé lentement, avec ses temps d’attente, de flashs surprenants, de temps d’ignorance, de joies profondes.

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« Ceux qui ne bougent pas, ne sentent pas leurs chaînes ».(*)

Les billets classés dans  » Catégories »,  sur ce blog témoignent dans l’ordre chronologique de ce parcours d’abandon, à ce thérapeute intérieur qui nous protège et qui nous conduit, sur notre chemin d’individuation.

André-Luc Boxus

 

(*)Rosa Luxemburg