Dans mon porte-monnaie.


L'automate de paiement du parking à la clinique, où j'ai conduit ma voisine, n'a pas l'air d'accepter le paiement de 4€ avec sa carte de banque. Pourtant le ticket est introduit code barre vers le haut.

L'application de la carte de banque, côté puce, sur le lecteur plan ne donne aucun affichage.Je prends l’autre voie, j'essaie par encodage en introduisant la carte dans le lecteur.Le clavier numérique n'apparaît pas, j’essaie à nouveau et cette fois ma voisine peut encoder son chiffre secret. Rien ne se passe, aucune indication. Enfin le ticket sort de la machine. Si j'avais eu des pièces de 2€, cela aurait été bien plus rapide, nous n'aurions pas bloqué huit personnes. Ah cette monnaie électronique, pas toujours facile à manipuler.Une image me rattrape. Il faut dès mon retour à la maison, poursuivre la recherche sur le sens du dos de cette pièce de 2€, en attente sur mon bureau.Sa circulation moins intense lui a fait perdre sa brillance, quelques tâches sont incrustées et abiment l’ensemble.L'usage d'une petite loupe ne m'a pas aidé. Je devrais la brosser, et la photographier.En rentrant du cercle d'histoire un peu plus tard profitant de rayons de soleil, j'obtiens une photo que j'agrandis facilement et découvre son décor.La coïncidence me frappe. En le regardant, je fais un voyage dans l'histoire assez récente qui m'a touchée. N’ai-je pas été 9 mois en Allemagne, en 1968, en garnison à Düren, pendant mon service militaire, à la caserne belge dans une compagnie d’ordonnance, au temps de la guerre froide, du rideau de fer, de la séparation entre la république fédérale allemande-RFA et l’Allemagne de l’est sous influence soviétique, la république démocratique allemande-RDA.Alors que les circonstances politiques actuelles sont tendues, que la guerre s'éternise au bord de l'Union européenne en Ukraine, que l'on renforce les armées par suite de menaces latentes d’un pays agressif. Un témoignage du passé circule incognito dans les portes-monnaies. Entretenons cette mémoire de l'histoire. La fin d’une guerre froide. Rien de nouveau sous le soleil. Ne fermons pas les yeux, la paix reste comme depuis deux générations fragiles. Et pourvu qu'elle dure.

Bas-relief

Double image

Lorsque ma vue diminue, que je deviens presbyte, il me reste a mettre des lunettes, a trouver le filtre adéquat pour que le message, écrit noir sur blanc, depuis longtemps sur un document connu, me revienne clair et net dans l’esprit.

C’est un sujet quotidien, connu de tous. Chacun y est confronté.

Ici pourtant, avec cette image de bas-relief, je suis confronté à autre chose.

C’est neuf pour moi. Je n’ai pas changé de lunettes, au moment où cela m’est parvenu un flash dans la tête. Il y avait mystérieuse, une autre image, sur le même objet. J’entrai dans l’inconnu. Ce n’était plus un bas-relief mais un message venu de l’année 1750 qui me parlait.

Un voyage dans le temps ?

L’artiste inconnu, sculpteur sur bois, avait avec le concours d’un peintre, transmis un symbole, non pas secret, mais accessible s’il y avait de la part de celui qui regarde, un arrêt du temps d’activité, vers un temps d’attente, de méditation.

Puis brusquement, un relâchement, un étonnement, une découverte décapante.

Un symbole, un enseignement.

Surpris, étonné, enthousiaste, j’ai voulu partager ce passage, ce basculement interne, d’une sensation à une autre. La plupart du temps sans succès. 

Mon voisinage, semblait a cent lieues du jeu proposé, me prenant pour un doux rêveur, réticent à tenter l’aventure, a quitter son train-train quotidien. 

Bien sûr, il n’y avait qu’un jeu à faire sans bénéfice, sans utilité.

Au fond un voyage, vers d’autres perspectives.

C’est devenu une obsession, partager ce moment avec d’autres.

Pas évident ?

Inutile ? Improductif ?

Enter dans un lâcher-prise, momentané sans doute ou insécurisant. Qui sait

Double vue de ma part. Ou univers qui m’apporte des moments fastes pour affronter les turbulences de la société qui dérive, se durcit, se noirci.

Je ne peux m’empêcher non plus d’être en admiration pour ces artistes qui ont doublé la personnalité du bas-relief en superposant un symbole qui ouvre des perspectives.

Mais là on quitte le visuel pour entrer peut-être dans le domaine qui serait le lien avec l’endroit et les symboles d’enseignement, perdu au cours du temps.

Qui vivra verra.

Le labyrinthe d’Amiens

Pour la fête des pères cette année, elle m’avait fait la proposition d’être mon chauffeur pour partir à la découverte du labyrinthe d’Amiens qu’elle venait de parcourir, lors d’un passage récent dans la ville étape, pour aller saluer son fils bien plus loin, en formation aux compagnons charpentiers en Normandie.

Au fond je ne savais plus si j’étais passé précédemment dans cette cathédrale ou dans celle de Chartres lors de mes voyages de vacances. Elle pouvait jouer le rôle d’enseignante dans un domaine où elle était devenue, au cours du temps bien experte, intéressée par le symbole ancien. Elle en savait bien plus que moi sur ce sujet.

Mes souvenirs datant de mon adolescence, de mon père qui avec plaisir nous parlait de ses acquis des mythes Grecs et latin. Si j’avais un vague souvenir du minotaure, logé au fond du labyrinthe et du fil d’ariane qui avait permis à Thésée de sortir de celui-ci, je ne les avais pas refréquentés ou transmis à mes enfants. C’était le moment d’être enseigné par elle, d’être en non savoir dans cette cathédrale. 

Ainsi au bord de l’espace dégagé, pour la figure de ce dessin noir et blanc sur le sol, je l’avais suivie plongée dans ses pensées et regardé parcourir l’aller et le retour à l’aise d’un pas régulier et concentré.

Au retour, elle me dit « C’est ton tour maintenant. » Je l’avais suivie, je l’avais vu, n’était- ce pas suffisant ? Il me fallait être plus conséquent, me mettre à l’œuvre, entrer dans cette grande tradition dont je ne connaissais pas grand-chose, et pas d’une manière intellectuelle, mais concrète, un pied devant l’autre assidûment. 

Tout ce trajet de chauffeur à mon service, devait servir à l’expérience, à la mise en route. Plus question de rester sur le bord, il me fallait m’engager, me mettre en route. Construire avec elle un lien mémorable, fort. Pas de théorie, de la pratique, une sorte de pèlerinage car c’était le sens facile à percevoir après quelques mots sur l’expérience. Mon attention devait être soutenue pour ne pas manquer la ligne noire de pavés, en prendre une voisine mais erronée, allez où elle était allée avec beaucoup de conviction.

Surprenant trois personnes me suivaient à quelques pas et au cours du parcours à chaque proximité de nos lignes, le sac à main de la dame me cognait. Elle ne l’avait pas changé d’épaule. Maintenant à chaque frôlement, l’objet me touchait. 

Le parcours aller se terminait sur un carré. J’étais au centre. Avant d’effectuer le retour, une petite pause, je me préparais pour laisser à ceux qui me suivaient de la place sur le centre et sortait de ma concentration quand, une tierce personne, en direct sans faire le parcours, s’approcha pour me questionner sans doute m’interroger sur le sens de ma démarche, j’imagine. Je l’accueillais.

Mais ne pas suivre ses conseils de concentration, me laisser rattraper et interpeller dépassa son entendement, elle s’approcha pour me remettre en selle et demanda à la personne intruse de reprendre sa place, de respecter mon cheminement.  Me coupant me semble-il, d’une interaction intéressante et probablement unique et pourquoi pas d’une fée. C’était pour elle, mon introspection, elle devait être respectée. Elle poursuivi l’interaction, en éloignant la personne manu militari sur le bord du motif noir et blanc, avec 2 ou 3 visiteurs, pour une conversation dont elle m’avait privé.

Mon parcours de retour fut réussi. Mon intention n’avait pas faibli, nous étions à présent deux à l’avoir fait et pouvions partager.