Mains chaudes.

Une sensation ancienne, enraciné bien loin, m’était revenue un matin. Elle me renvoyait à l’enfance, à la chaleur douce et entièrement enveloppante que je retrouvais en rentrant dans mon lit sous le duvet de plumes, malléable à souhait, léger. J’y retrouvais ma forme. Celle qui s’était faite au cours de la nuit, des nuits et qui m’accueillait dans le matelas de crins, tendus de draps molletonnés.
Après avoir affronté la pose de nuit dans le froid, sur la carpette près du lit, devant le pot de chambre, je retrouvais ma bulle de chaleur enveloppante, à ma mesure, univers accueillant et chaleureux. Petit nirvana thermique précieux.
Cette chaleur m’était venue, cette fois uniquement dans les mains, en ce matin frais où je m’éveillais à peine, après quelques heures de sommeil. Seule la sensation était présente dans mes mains posées l’une sur l’autre sur le ventre.
Depuis deux hivers, ma santé n’offrait plus à mes mains et à mes pieds qu’une sensation désagréable à peine tiède que remarquait plus d’un, lors d’une poignée de main. Oui, j’avais les mains froides maintenant, séquelle d’un grave incident cardiaque.
Ce matin pourtant comme par magie, la sensation de chaleur d’enfance au lit était là, comme un soleil, entre mes mains seulement. Émerveillement.
Ma main gauche sur le dessus s’était réveillée la première et elle applaudissait satisfaite, par tapotement, celle d’en dessous. Gratitude pour ce fluide chaud, bouillotte naturelle arrivant de grand matin. Bonheur chaud, rayonnant.
Mon mental reprit le dessous et m’interrogea « Tiens où est la main droite, elle ne réagit pas »
Nouvel appel, nouveau tapotement. La droite reste muette. Est-elle engourdie, inerte ? Toujours endormie ?
Me voilà avec une seule main. Que se passe-t-il ?
Les questions fusent dans ma tête.
Est-ce un AVC qui la rend insensible, un noeud quelque part au niveau de ma membrure qui l’engourdit. En quelques mouvements, du bassin, du torse de l’épaule, je bats le rappel de mon réseau nerveux pour retrouver celle qui ne répond pas. Je me tortille à la recherche de mon membre essentiel qui manque à l’appel. Surprise !
Ce n’est pas ma main qui avait reçu le signal mais celle de mon épouse, qui fidèle, avait entrepris la travail ingrat de fournisseur d’énergie en s’immisçant, sans doute quelque temps plus tôt entre mes mains glacées.

L’or du val.

Ma motivation pour ce week-end de retraite n’était pas bien grande, j’avais voulu seulement compenser, en faveur de mon épouse, la longue période d’isolement pour la garde d’un manoir pendant les vacances du propriétaire ainsi que la sortie faite avec mon petit-fils à Paris. Face à sa demande d’activité extérieure, je m’inclinais et avais dit oui à l’invitation d’un couple d’amis pour participer à un week-end à l’abbaye d’Orval.

Depuis longtemps, nous n’avions plus participé à ce qu’on appelait précédemment  “ recollection – retraite.”  L’approche ici n’était pas par le biais de la théologie, des Évangiles mais à travers la poésie d’un grand poète français dont j’ignorais l’existence : Guillevic. Quatre sessions d’une heure, animée par un moine, auteur du programme, nous donnaient l’atmosphère d’une session complète étalée sur une semaine.

Autour de la lecture passionnée, vivante de poèmes thématiques, nous étions entrés dans l’univers du poète. J’en avais été touché immédiatement, sa manière d’évoquer le sujet traité, me renvoyais à une profondeur que j’avais perdue de vue trop longtemps. Ce n’était pas l’argumentation logique et intellectuelle autour d’un thème par des références nombreuses et savantes, c’était par la sensation, l’émerveillement, le jeu des mots que l’on entrait dans le vécu et le ressenti. Que de vie ajoutée aux moments de grâce, que le moine nous faisait savourer comme des mets délicats, doucement, simplement.

Le frère Bernard-Joseph avait tamisé la production du poète en nous en présentant ce qui pouvait montrer qu’au fond, sa vie de moine, ne cherchait que la même chose, la connexion avec la profondeur, l’indicible qui habite en nous.

Guillevic disait “Je suis un ruminant, je broute des mots (Art poétique 232).  L’orateur selon la grande tradition monastique de Saint-Bernard lui opposait la comparaison que celui-ci faisait de ses moines, des ruminants de la parole.

Le lien était fait. Tous deux, le poète et le moine recherchaient le contact ultime avec ce qui au plus profond de notre vie, nous habite. Délices de ce parcours en quatre heures du chemin que je n’avais plus fréquenté et sur lequel je posais avec prudence les pas, de peur d’effacer le ver fragile, le vers nuages et brume, devant une lumière indéfinissable.

Que de profondeur n’avait-il pas ajouté à ce temps consacré, sans trop de conscience, à un projet fixé simplement dans mon agenda.

Le « Oui » à d’une invitation du couple organisateur, acceptée sans doute, porte ouverte sur un espace nouveau et dont je parcours à présent le fond, les yeux humides, pour toucher cette atmosphère d’enfance, de joie, un jour goûtée.

Comment exprimer mieux cet univers que par cet exemple qui nous y relie, le poème à propos du coquelicot, présenté en quatrième page de couverture du carnet mis à notre disposition et repris ci-dessous.

 

 

Partout

Il n’y a pas que toi,
Coquelicot.

Ce besoin qui te fait
Éclater dans le rouge,
Étaler tes pétales,

Ce besoin de clamer
Par ta forme et le rouge
Que la vie est ici
A prendre sur le vif,

Ce besoin de chanter
Que tu y réussis,

Prête-le donc à d’autres,
Et du temps pour le vivre.

 

Par les mots, par le rythme des phrases, ses suspensions, j’étais renvoyé dans l’image, celle d’un coquelicot, cueillie un jour lumineux, en route, vers ma terre natale.

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Rencontre furtive

Les uns après les autres les participants du club de gym se regroupaient à l’entrée de la salle pour l’heure d’exercice. Depuis un an que j’y participais j’avais à peine appris les prénoms de quelques-uns. Après la poignée de main à la ronde, la bise aux dames, des petits groupes d’habitués se formaient. Surprise, un des derniers arrivants, me frôla, entra dans ma bulle de manière courtoise sans doute mais différente des échanges ordinaires avec les autres participants. Derrière ses lunettes, je retrouvais une impression fugace de déjà vu mais je ne pu immédiatement comme on dit parfois « le remettre ». Après une courte hésitation, mon franc tomba. Je l’avais rencontré mardi matin pour des soins à ma dent numéro 26. C’était mon dentiste.

Il poursuivit ses salutations à la ronde dans le groupe qui atteignait sa taille habituelle. Les deux monitrices se mirent en route et je me rendis vers la première, dans le groupe le plus doux, le moins battant adapté à mon état de santé. Cette rencontre semblait logique puisque deux semaines avant, il m’avait confirmé sa présence dans cette association « Cardiogym ». Pourtant je ne l’avais jamais vu et de plus au premier abord s’il n’était pas entré dans ma bulle je ne l’aurais pas reconnu.

Plusieurs fois de suite, la longue cohabitation entre la fraise et mes dents, son coude en appui, lors des soins, sa présence dans ma bulle, ma zone de sécurité, m’avais habitué à un ressenti particulier typique, plus dans le non-dit, le sensitif que dans le visuel ou le sonore.

Dès la série engagée d’un exercice qui comprenait successivement dix fois son identique, je profitais de la routine pour observer les deux groupes. Dans l’autre cercle d’activité, je parcourais le visage des sportifs et j’avais peine à le reconnaître. Était-il encore aux vestiaires ?

Au deuxième tour je devais bien me rendre compte qu’il s’était glissé dans mon groupe. À nouveau je parcourais celui-ci en éliminant les hommes les uns après les autres. S’il était présent cela devait celui qui avait ce short particulier avec une poche interrompant une bande verticale. Le visage ne me disait rien. il m’apparaissait si souriant loin de l’image sérieuse, engoncée, en uniforme de mon dentiste. Était-ce une projection, une apparition, je n’arrivais pas à le situer. Était-ce lui ou son sosie. Je doutais.

À nouveau, l’importance du cadre entourant une personne rencontrée m’apparaissait. Dans un autre contexte, ce n’était pas toujours évident de reconnaître celui qui s’était trouvé, un temps non négligeable, même parfois devant soi. Si les vêtements étaient différents, cela compliquait l’exercice. Mon dentiste je l’avais vu en tenue de travail, pas en short. Avait-il aussi changé ses lunettes ? C’était fort possible qu’il aie mis une autre paire pour la vue de loin. Paire de lunettes impossible à utiliser pour un champ de travail à 20 cm de ses yeux. Une focale courte devait être plus précise et plus confortable.

La parole régnante dans la salle était celle de la kiné qui nous entraînait dans les différents exercices. Je ne pouvais donc ajouter la voix à mes tentatives difficiles de reconnaissance.

À nouveau mon regard parcouru le cercle cette fois avec un autre point de vue. De ceux qui étaient présents cet homme était celui qui avait le plus de plaisir à l’exercice. Il était détendu, joyeux presque.

Après une journée d’attention, de stress face aux réactions des patients n’était-il pas logique de le retrouver dans cet état; libéré de ses contraintes professionnelles, de son habit de cérémonie, en short. Toute la différence était là.

C’était une transfiguration. Il s’était débarrassé de son masque de dentiste avait retrouvé le commun des mortels. Il s’était libéré de sa « Personna » pour redevenir l’adulte qui profite de son corps, qui en aborde toutes les possibilités. Non dans la musculation mais dans la détente, le plaisir du mouvement sain, jouant sur la palette des muscles, toujours à disposition.  Après des mois de présence dans ce groupe d’activités je peinais à me situer, à établir des relations de personne à personne.

Seul l’intérêt pour notre santé nous reliait. Chacun gardait ses distances et c’était seulement par petits pas que l’on agrandissait son cercle de connaissance. Ce n’était pas évident, chacun venait avec ses problèmes de santé, de vie. Chacun avait une approche différente de la réalité.

Aujourd’hui j’avais rencontré un peu plus l’homme qui s’était déguisé en dentiste, l’homme qui portait une cuirasse de dentiste ou que j’avais placé derrière son habit d’homme de soins.

Symboles dentaires.

Mon petit-fils devait en ce premier Août, être anesthésié totalement pour des soins dentaires. L’orthodontiste n’y allait pas de main morte pour éliminer ce qui semblait faire problème. Toute une histoire apparemment surprenante en dehors de mon champ de connaissances. Apprendre que l’on pouvait avoir une dent surnuméraire ne m’avait jamais touché sinon dans son sens symbolique  » avoir une dent contre  » . Adage qui traînait de mon enfance pour marquer une animosité nette contre quelqu’un.

Lui avait une incisive qui poussait derrière les autres et qu’il devait éliminer pour que l’ordre règne dans sa mâchoire supérieure. Là aucun commentaire c’était pour son bien. Heureusement, ce n’était pas visible. Il me semblait opportun de l’enlever sans réserve.

La deuxième dent faisant problème était la dent numéro 15 qui poussait à l’envers. Encore une notion nouvelle pour moi, une dent qui perd le nord, s’oppose aux autres et fait cavalier seule. La chose était connue dans la famille car ma fille en avait parlé plusieurs fois. Le sens de poussée inverse de cette dent était-il fréquent ? Rien n’était dit, ni écrit.

Elle s’était informée auprès des spécialistes en symbolique et cette attitude avait été attribuée à l’histoire du grand-père paternel qui avait eu des problèmes de lignée. Un événement traumatique le concernait. Comme la parole ne circulait pas de son côté, les faits s’étaient perdus chez eux, rien ne faisait problème. Les événements se suivaient et s’oubliaient. Pas question d’en faire mémoire, de se tracasser à ce sujet.

Pour aborder cette matière, j’avais parcouru la littérature, emprunté un livre à ma fille pour essayer d’y trouver un sens mais la complexité et les nuances apportées leur donnaient presque raison. Tout était problème, rien n’était simple. Le sens développé par Estelle Vereeck était intéressant à connaître. Ne valait-il pas mieux s’en servir pour apporter des éléments d’amélioration des changements dans les attitudes pour un bien-être plus important.

La piste symbolique apportait de la matière et je me promettais de reprendre à nouveau un livre à ce sujet pour suivre au mieux les événements familiaux de mon passé et de ce qui se jouait sous mes yeux.

Apparemment le sens caché des problèmes dentaires n’était pas praticable, c’était compliqué si par impossible de tirer un enseignement et par son histoire, de conforter les affirmations de ces spécialistes des symboles et du sens des choses. Nos actes nous suivent sans doute mais ne faut-il pas peser, évaluer, discerner et était-ce si simple ? Les contextes familiaux, les circonstances de la vie n’expliquent pas tout, donnent sans doute une tendance, un renforcement.

L’orthodontiste enlevait pour remettre sans doute de l’ordre mais en créant un trou dans l’alignement de la mâchoire. Par contre l’élimination de deux dents de sagesse en supplément, me semblait faire partie d’un choix économique. La faculté dentaire semblait animée d’un consensus.

« Elles ne servent plus à rien, ne viennent pas quand on les attend et alors les faire disparaître au prix de la mutuelle. C’était simple. A la valeur symbolique de l’opération, le tableau était différent.

Le petit-fils avait donc en ce premier Août perdu quatre dents et était rentré à la maison, joues gonflées, pour une semaine d’alimentation liquide. Pour moi, le pauvre avait souffert à moitié inutilement.

La même semaine, ma mâchoire par sympathie sans doute ou touchée par cette attaque frontale symbolique, perdait sa dent numéro 15, jadis montée sur pivot.

Nous voilà replongé dans l’histoire des générations mais de la mienne, de celle de mes parents aussi sans doute mais qu’en savais-je encore. Mes dents 14 et 15 avaient souffert pendant mon adolescence du même symptôme, d’une faiblesse transmise inconsciemment et qui ressortait chez mon petit-fils. Il n’y avait pas que le côté du père qui était touché, le côté de la mère l’était à travers moi. Le petit-fils était interrogé sur ses lignées grand-paternelles.

Il me fallait l’admettre, de ses deux fils, je me sentais plus proche du dernier, de l’opéré qui avait un tempérament proche du mien. Peu agressif, proche de sa mère et le plus gâté comme l’aurait dit ma grand-mère maternelle.

Était-ce le rapport à la mère ou au père, cette série de dents à droite. Je parcourais activement les pages Internet. Que représente cette rangée de dents celle de 11 à 19, le père ou la mère ? Ma fille avait préféré s’adresser du côté des pères protégeant le côté mère trop souvent engagé par sa responsabilité, dans la littérature, disait elle.

Ma lecture me ramenait au côté mère. N’était-je pas très proche de ma mère dans mon adolescence normée, protecteur surtout après la mort de mon père et en plus le modèle du côté des tantes. En regardant mon petit-fils dans son rôle de second, j’ai remarqué aussi ces caractéristiques, ne laisse-t-il pas à son frère aîné le côté frondeur, briseur de règles comme moi je l’avais fait avec mon grand frère, m’affirmant moins que lui, le laissant ouvrir les portes et bousculer les certitudes.

C’était là pour moi le parallélisme dentaire avec le petit-fils. Au lieu de me séparer nettement du côté mère, je jouais au protecteur. Était-ce dans ce sens que l’image forte et joyeuse de ma fille un jour matin me traversa au réveil, en une sorte de rêve, pour me présenter son fils cadet.

Réponse à mon questionnement, hypothèse d’une réalité s’exprimant et place de fils dans une relation, plus que dans une conquête de la vie sociale et ses perspectives. Association de la dent 15, parallélismes de comportement, absence du père qui ne sépare pas le fils de la mère pour l’envoyer en exploration sur les chemins du monde.

Lignée des pères.

Cette année encore, je m’attendais de sa part à un sms laconique, portant le message. « Bonne fête Papa » en lieu et place comme c’était l’usage avant, d’une carte postale colorée. Plus, c’était espérer et avec lui, j’avais l’impression qu’il fallait me satisfaire de ce type de témoignage, court et bref.

Vu la distance, notre relation était minimaliste, réduite aux fêtes de famille et encore, plus une présence qu’un échange, une rencontre.

Cette année pourtant le vent avait changé de direction, les habitudes s’étaient modifiées subtilement. Était-ce ma demande de réparation de la pergola cassée au pied par un coup de vent violent ? Qui sait ? C’était simultané sans plus. Quoi que ?

Avec ses enfants, mon fils avait décidé de faire un saut le dimanche après-midi pour me souhaiter ma fête de père.

« Bonne fête, mon Papa » avait-il dit dès son arrivée.

Son cadeau était simplement ses heures de route à l’aller et au retour. Une présence au pays de quelques heures à partager quand même avec un ou l’autre copain.

Sa présence et celle de ses enfants m’avaient rempli d’une joie profonde, nous entraînant dans une relation ancienne de père à fils distante, discrète mais réelle. En voyant la joie de mon petit-fils, en présence de son père, je revoyais mon fils à cet âge. Bien différent, moins expressif, plus fuyant sans trop savoir la relation qu’il vivait et entretenait avec moi.

La richesse de la leur m’éclaboussait et je la goutais. Là dans ce domaine, la transmission était bonne. J’entends encore son fils dire « Il est fort mon papa ! »  rempli d’admiration. Peut-on la goûter quand on l’a vit. N’est-ce pas plus facile de la voir en tant que spectateur. En tout cas, cette paire me réjouissait me donnait une certaine confiance dans leur avenir commun. Avenir que je leur souhaitais long et épanouissant.

À cette occasion, moment idéal, j’avais montré l’arbre du « Nom » réalisé les années précédentes dans mes recherches généalogiques, puisque mon petit-fils connaissait la valeur de la lignée. Ne m’avait pas-t-il pas dit au téléphone en me passant son père,  » Je te passe ton fils « !

Travail que j’avais repris de mon père et étendu à tous ceux qui vivant portent notre patronyme. Descendants issus d’un immigrant espagnol qui s’était réfugié des Pays- bas espagnol, craignant les persécutions du Duc d’Albe, dans la principauté de Liège.

Plus de 400 ans d’histoire, de père à fils, sur cette grande feuille de dessin que je lui avais déployée, chaîne humaine dont les trois derniers survivants observaient l’arbre du « Nom »

Donner à mon petit-fils le sens des racines, le sens de l’histoire, le sens de la solidarité des lignées à l’occasion de cette fête trop commerciale.

La hauteur du caractère d’imprimerie était très limitée mais la qualité de leurs yeux avait fait la différence. Sa sœur avait observé l’absence d’accent sur son prénom et lui, la difficulté de lire le sien vu le caractère gras des lettres qui fusionnaient les caractères. La vue du nom de sa mère l’avait rassuré. C’était bien lui qui était inscrit au-dessus du prénom de sa sœur, à droite de celui de sa mère.

Rien de bien spécial ne s’était passé dans ses moments de présence sinon que ma femme avait pu clarifier une de ses inquiétudes de mère, de manière calme et sereine alors que souvent, c’était dans la tension que les rencontres entre eux se passaient.

Que valent les cadeaux achetés en hâte, face à ces moments d’échanges et de convivialité ? Après un gouter rapide, lors de l’au revoir, je mis mes mains sur ses épaules.

C’est vrai qu’il est fort mon fils. Je sentais la puissance physique de ses bras, de sa jeunesse.

Ils reprirent la route pour visiter un copain sans que j’aie évoqué la nouveauté entre nous à propos du rallye qu’il avait fait le mois précédent. Par lui, j’avais découvert une région proche, laThiérache et ses église fortifiées.

En réponse à mon mail de remerciement, il me proposait de me servir de guide le mois prochain pour m’initier à ce type d’architecture paysanne, des plaines voisines, souvent victime des envahisseurs du passé.

Je devenais celui qui bientôt serait pris en charge. Histoire de lignées, roue du destin qui tourne et descend après s’être épanouie, père au déclin, fils au zénith, élan du petit-fils.

Douleurs dans les pieds.

Depuis des semaines, des jours, j’ai peine à certains moments, le matin à poser un pied devant l’autre. J’ai mal aux pieds. Mes appuis me font mal. Douleur sourde qui s’exprime malgré moi. Difficulté d’avancer sur mon chemin, de prendre à bras-le-corps la journée qui commence.

Ah prendre mon pied pour l’adoucir, l’assouplir lui rendre sa plasticité. Mais comment ?

Quelques massages de pied à l’occasion pour changer la donne, pour atténuer ces douleurs. Quelque chose bloquait là, en dessous, exprime sa peine, son insatisfaction.

Douleur-tension, douleur-message.

Quatre ans plus tôt une douleur comme une aiguille me transperçait le pied gauche. Douleur fulgurante m’empêchant presque de prendre appui sur le trottoir. Douleur passagère juste avant de prendre le bus pour une visite de courtoisie à mon ancien lieu de travail. Douleur qui exprimait mon désarroi, ma souffrance d’avoir dit adieu à ce lieu qui m’a comblé les dernières années. Ambiance vivante et dynamique où j’étais devenu au fil du temps le doyen puis un des premiers pensionnés.

Maladie de Morton pour les érudits, douleurs semblables à une épingle traversant la plante du pied. Douleur qu’une semelle atténue, semelle surnuméraire.

Douleurs aiguilles qui s’atténuent au fil du temps. Marche tranquille qui suit et qui atteste d’un mieux. Retour de cette douleur sous une présence plus large atténuée et sourde qui atteint plus l’espace sous les orteils. Tensions qui construisent un coussin de peau épaisse comme pour protéger cette plante de pied qui fait des siennes.

Est-ce fondamentalement difficile de me mettre en route le matin?

Ma vie est en bascule, mes certitudes effacées, mon cœur brisé. Mes pieds aussi expriment cette douleur qui me traverse. Insensibilité qui s’évanouit pour libérer d’anciennes douleurs. Changement d’allure, de structures qui entraînent de fil en aiguille les tensions d’appui pédestre. Douleur mouvante qui va et vient qui semble s’atténuer mais qui est là sournoise.

Par la fenêtre à la session de méditation, je fixe le marronnier au centre du parking. Il est en fleurs à cette saison. Son tronc trapu s’enracine quelque part dans le sol sous d’innombrables racines.

À mon image extérieure s’anime une image intérieure, mes pieds sont sur le sol, ils s’enracinent, plutôt ne s’enracinent pas bien. J’ai des appuis déficients, mes orteils sont crispés et sont là comme décor sans participer au portage de mon corps, seule une partie du pied est utile.

Du côté intérieur, je sens la voûte plantaire, je la sens, je n’ai pas les pieds plats. Mais mes doigts de pieds, là devant n’y sont pour rien sinon comme un décor inutile et encombrant. Comme un hiatus dans le flux de la portance

Symbole de prudence, d’inaction peut-être ?

Ils sont là décors, attendant un réveil qui tarde.

Enracinement à revitalisé à l’avant pour améliorer le flux d’énergie qui s’offre par la terre.

 

Pour la première fois, à Pâques.

IMG_0865Pour la première fois depuis qu’ils étaient orphelins, mes trois petits-enfants avaient acceptés de passer une journée à la maison sans leur père. Pour les garçons à l’occasion, il leur arrivait de venir chez nous sans trop de difficultés mais pour leur sœur, c’était un  » Non » catégorique. Pour ces vacances de Pâques, elle avait accepté la proposition de faire du shopping avec sa grand-mère pendant que j’allais avec les garçons visiter le musée des Sciences naturelles. L’événement était de taille et le bienvenu surtout car cela supposait de sa part un pas vers le retour à des relations normales et conviviales.

Était-ce sa pré-adolescence, le moteur de son mal-être, de son agressivité ? Chaque fois que nous étions sur son territoire d’orpheline, d’une certaine manière, elle repoussait toutes tentatives de réconciliation, de bien vivre ensemble.

C’était la tigresse de service, toujours prête à en découdre sauf ce jeudi ou son cadre de références semblait avoir bougé.

Qu’allait donner cet après-midi qui s’annonçait, après nous avoir déposé à la gare pour notre expédition culturelle !

L’inattendu, la surprise était venue par le délégué de la compagnie des eaux qui avait sonné pour proposer le remplacement du compteur à eau arrivé à son terme légal. Il proposait de le remplacer illico car datant de 2003, ce jour où plus tard sur rendez-vous. Vu les courses prévues, l’option fut de choisir le rendez-vous. La porte du changement s’ouvrait.

 » Tiens le compteur d’eau à mon âge, dit-elle, il est de l’année de ma naissance. »

Les souvenirs que lui partage sa grand-mère sont divers, multiples. Elle les accepte sans réserve. Elle s’ouvre à un échange sur le passé, comme jamais avant. Elle n’est plus sur son territoire, tout semble possible.

« Tu sais lui dis sa grand-mère, j’ai offert pour son passage en clinique une belle valise à ta mère, cette année là. »

« Ah oui la valise, je l’ai toujours »

« Tiens je croyais qu’elle était perdue, égarée,. Ton père ne la retrouvait pas. Il la cherchait !  »

La confusion se leva, chacun avait un souvenir différent, le père d’une valise PVC dur, mon épouse d’une valise souple avec des poches. L’objet perdu dans les imaginaires est retrouvé, l’objet, le grain de sable dans l’engrenage s’est écrasé, le mouvement se remet en place. Les conversations deviennent fluides apparemment, l’agressivité habituelle n’est pas au rendez-vous. Elle n’a pas la position de repli de sa chambre où elle passait souvent les après-midi de nos visites. Ici elle n’est pas chez elle.

L’atmosphère pourrait changer à l’avenir, la fluidité revenir par ce simple déblocage symbolisé par le remplacement du compteur à eau datant de 2003. Est-ce la remise à zéro des sensations, des sentiments négatifs. En tout cas l’image est belle et plaisante.

Synchronicité des états extérieurs et intérieurs. Notre vœu de retrouver avec elle la fluidité et la douceur, la tendresse va-t-il être exaucé ? Moment de grâce, entre elle et le temps consacré au shopping, à l’achat d’un petit cadeau pour tous pour la fête de Pâques. Fera-t-il merveille ?

L’avenir s’est ouvert sur une autre dimension.

À la fin de la journée, elle s’est associé à la fête du Dimanche suivant, en acceptant de préparer un gâteau, qu’elle fera à merveille. Elle est dans la participation, dans le soutien de la fête que sa mère remplissait si bien face à mon épouse. Dans les trois jours, ils reviendront avec le gâteau sec.

Comme avant la fluidité familiale s’était remise à couler. Je le crois. C’est Pâques, c’est la résurrection, le retour à une autre dimension familiale.

Elle en a pris le parti ? Croisons les doigts !

Un ange est passé.

Nouvelle décennie en vue.

La tension nerveuse entre nous était à son comble, d’un niveau rarement atteint. Nous étions comme chien et chat et pour le moindre détail, c’était l’échange verbal stérile et agressif. Nous déchargions notre stress l’un sur l’autre.

Cette circonstance me peinait beaucoup et j’essayais d’y trouver du sens, de comprendre ce qui n’allait pas pour y remédier.

Mais était-ce possible ?

Le mal était aussi chez elle physique. Chaque aliment qu’elle consommait était après un certain temps remis en question. Il était la cause de ses douleurs au ventre, de ses courses régulières pour vider ses intestins de ses humeurs. Seuls des granulés homéopathiques semblaient atténuer l’espace d’un moment. Ses visites médicales régulières chez un pour ses articulations, chez l’autre pour ses infections multiples et récidivistes, chez le troisième pour je ne sais quoi car elle se cachait n’entrait pas dans la mise sur la table de son mal être car il y en avait, manifeste bruyant agressif.

Il fallait aussi ajouter cette propension morbide à veiller une grabataire, plus bas au home avec une autre bénévole de ses amies. Devoir d’intervenir à la fois pour apaiser la douleur de celle qui ne voulait pas mourir, d’humeur souvent revêche et qui malgré cela l’attirait pour un bénévolat d’apaisement fraternel, difficile à saisir, où elle était mêlée avec cette amie. Mission périlleuse de compassion.

Et pour couronner cette ambiance difficile à gérer, à accepter se profilait à grands pas, à l’horizon, la fête qu’elle s’était promise pour marquer en famille dignement, le passage du cap de sa nouvelle décennie. Évènement organisé pour être dans la vie comme elle disait. Sans doute aussi pour sortir de l’atmosphère difficile dans laquelle son état de santé, ses maux de ventre l’avaient plongé. Antidote, remède, j’osais l’espérer.

Rien ne tournait rond.

Tant bien que mal, je m’en protégeais dans l’incompréhension, l’impuissance car mes interventions quelles qu’elles soient été suivie de ses colères, de la décharge de ses frustrations. Au lieu de passer un temps serein, de profiter des jours qui s’écoulent malgré nous sans doute, de se faire du bien.

Après une idée, une autre suivait. Agitation, battements de mains comme pour s’enfouir des remugles qui s’agitaient dans son quotidien.

Trois jours avant la date de la grande fête, elle prit la décision d’annuler celle-ci. Un fait l’avait submergée. Elle n’avait pas l’appui sur lequel depuis des années elle comptait, celle de notre aînée décédée. Son absence s’était marqué de plus en plus jusqu’au moment où elle ne résista plus à ce manque et annula tout.

Comme par magie, sa tension nerveuse se libéra, ses angoisses disparurent. Elle quitta les eaux troublées, agitées du dernier mois pour entrer dans un lac de quiétude. Elle était guérie de son agitation. Ses maux de ventre semblaient s’apaiser. Son sommeil devint plus régulier, la tempête était passé.

Elle reporta sa fête à Pâques.

Résurrection, reprise en main, sortie de crise. Notre plus jeune fille dont l’anniversaire était le jour suivant le sien semblait aussi à cran. La petite fête autour d’un repas avait été décevante, les tensions dominées. La joie simple de la découverte et de la rencontre dans un bar à sushi qu’ensembles, nous découvrions s’étaient évanouies.

Distance prise par la plus jeune par rapport aux humeurs de sa mère.

Cordon ombilical de la lignée des mères qui est en train de se couper?

L’idée de cette lignée revenait dans mon champ de perception . Et si tout ce qui se vivait chez elle maintenant n’était que la décharge des émotions reçues de sa mère quand la grand-mère à 30 ans dut, après une longue lutte pour rester en vie, abandonner et quitter ses enfants.

Mois de Mars qui rappelle les liens ancestraux blessés, de cette lignée de femmes touchée par le destin et qui n’ont jamais été exprimés sinon par les mots qui s’expriment maintenant dans les visites à cette moribonde, image de la mère souffrante qu’il était impossible d’aider, qu’il faut laisser partir car c’était sa vie pas la sienne.

Transmission à décanter, à rendre à ses propriétaires, consciemment.

Exposition, d’hier à aujourd’hui.

Le travail de préparation des trois derniers jours avait rassemblé quelques bénévoles, à la maison paroissiale, pour élaborer les panneaux informatifs de l’exposition, prévue lundi à l’église. Quelle était la place de la communauté, hier et aujourd’hui, dans le voisinage de l’église ?

Comment ceux qui nous avaient précédés faisaient-ils pour exprimer leur foi, leur religion, leur temps libre.

Des témoignages écrits retrouvés dans les archives de la cure avaient donné de multiples aspects à ce projet. Les visites auprès des anciens pratiquants avaient récoltés quelques photos anciennes, des souvenirs. Pour ma part je m’étais attaché la procession, les communions, la maison paroissiale, les cimetières, l’ancien et le nouveau.

Les grilles livrées samedi pouvaient être décorées, d’autres étaient encore à installer. C’était le branle-bas de combat car à 18 heures le vernissage allait rassembler les invités. Chacun dans son domaine faisait progresser son chapitre. Les premiers panneaux installés, une jeune dame entra dans l’église et s’informa

« Était-il possible de chanter quelques morceaux de mon répertoire sans gêner?  »

Bien sûr, pourquoi pas. De notre petit groupe aucune objection, elle soutiendrait notre moral. Dans le transept où elle s’était dirigée, elle entonna ses chants.

Surprise, émotions, miracle presque.

Sa voix cristalline s’élevait, résonnait sous les voûtes envahissant l’espace des nefs. A cappella, de toute la puissance de sa voix, elle donnait son aubade, morceaux d’un répertoire où elle excellait certainement.

Notre chorale et ses quelques voix restaient loin en arrière. L’église devait aussi y trouver un répertoire plus adapté à son âge, millénaire.

Quelle magie, quelle joie profonde rayonnait de cette petite dame, par la taille. Était-ce un échauffement, un entretien, un nouveau répertoire à mettre en forme. Mystère. Le questionnement aurait tout détruit.

Elle chantait en latin mais ce n’était pas du grégorien comme j’en avais encore des bribes enfouies dans mon passé d’acolyte. C’était un genre ancien splendide, adapté à la sonorité de l’église. Dans mon souvenir, le répertoire de Hildegarde Von Bingen, faisait son chemin. De toute manière, c’était de la musique ancienne.

Le cadeau d’un ange qui venait supporter notre travail de mise en place. Clin d’œil d’un monde extérieur pour notre entreprise folle, d’informer le voisinage, distant, indifférent.

La synchronicité de cet événement me touchait au plus profond, donnait du sens à notre démarche modeste, de montrer ce que ce petit village perdu dans l’urbanisation galopante avait pu vivre au cours des décennies précédentes.

À ce travail de recherche de mise en page des informations, je mesurais l’abîme qui séparait ce temps, de cette époque. J’avais assisté à la décomposition rapide d’un mode de vie dont je voulais faire revivre quelques épisodes. Le sens d’alors, la piété avais disparu. Tout n’était plus que bénéfice personnel, plaisir d’aller de venir, le plus loin possible, loin de l’atmosphère du village, loin des conversations amicales entre voisins quand ils se rencontraient dans les lieux de vie de proximité, le boulanger, le boucher, l’épicerie, la fête au village, les communions les mariages, les enterrements.

Entre le passé et le présent, je faisais le grand écart, soutenu par cette image puissante et forte de cet inconnue qui avait juste choisi le moment où notre petite équipe se mettait au travail pour exprimer, remettre à jour ce qui était sans doute une atmosphère de mon enfance, il y a longtemps, trop longtemps. Travail béni par cet ange.

Les coïncidences se multipliaient, une ancienne choriste déçue par la rigueur et la dureté d’un curé d’avant, avait poussé la porte de l’église un peu plus tard pour renouer avec l’ambiance du jubé qu’elle avait plus foulé depuis 15 ans. Elle avait pris en main l’orgue, s’était mise à chanter. En partant, elle m’annonçait le retour de l’ancien organiste, doyen en âge, qui avait 98 ans. Sevré brusquement de son univers musical qui s’était étalé pendant 60 ans, il souhait renouer avec son passé.

Des réconciliations semblaient en cours et ne fusse que pour cela, l’exposition avait donné du fruit.

Heureux présage pour la suite où les visiteurs seraient réveillés, reliés à leurs moments personnels, à leur mémoire ancienne.

Les étangs de Rolley.

DSCF5997La vue des étangs, à partir de la terrasse du château, m’avait touchée. Elle servait de décor extérieur à la table d’écriture où je m’étais inscrit. L’angle de prise de vue était difficile à appréhender, le soleil d’été écrasait la lumière de l’écran de l’appareil photo. Un peu au jugé, j’en avais pris quelques exemplaires. Le résultat final, de la prise de vue sur mon pc était probant, l’adage chinois  » Une image vaut 10 000 mots » prenait son sens.

J’étais ravi de la profondeur de champ qui s’éclatait sur l’une des photos.

Le parapet couvert par quelques dalles de schiste apparaissait dans le bord inférieur de la photo ouvrant, après quelques fleurs sauvages accrochées au mur, l’espace vers les bois au fond. Par dessus le premier étang, la digue du milieu limitant l’étang du bas de celui du haut, la prairie, le regard se portait vers l’orée des bois dans le lointain.

Dans un mouvement d’observation de la droite en haut vers la gauche en bas de l’image, d’amont en aval, le paysage lointain se précisait, s’éclaircissait. La mousse, les algues de la pièce d’eau du haut avaient disparus dans celle du bas. Le décor se précisait, s’ancrait au petit chalet couvert par une toiture à quatre pans, sur la rive. Le bord en schiste devenait margelle et invitait à la profondeur. Une première décantation s’était achevée invitant à un chemin de méditation, pour aller plus profondément dans son puits intérieur.

Comme une équipe de la coupe du monde de football, qui se déroulait à cette période dans le monde extérieur, nous étions onze autour de la table. Le capitaine nous avait conduit vers un but essentiel, l’intériorité. Chacun avait cheminé vers son centre, par petites touches, selon les thèmes proposés, rencontrant sa vibration intérieure, sa nature profonde.

Les textes travaillés, autour de la table ou dans le jardin, étaient devenus moins superficiels, s’étaient en cours d’exercices, précisés, enrichis, élagués sous la houlette de l’animatrice. Offerts au groupe lors de la lecture à voix haute, ils exprimaient aussi le cheminement de chacun.

Dans ce groupe d’inconnus ayant fait le choix de cette aventure intime, l’ouverture et l’écoute progressaient avec les textes, dans le respect de la singularité des auteurs, poussés à aller plus loin, par petits pas, dans la découverte de leur richesse intérieure.

Au fur et à mesure des exercices d’écriture, nous avions atteint une intériorité plus grande. L’eau de notre puits intérieur s’éclaircissait laissant voir le fond de notre pensée, de nos émotions.

Physiquement lors d’une balade en fin de séjour, nous avions fait un parcours initiatique autour des pièces d’eau, pour cheminer dans cette circonvolution vers notre centre, la fixant corporellement.

Nous allions allant, devenant comme disait Françoise Dolto, vers notre destin.  Mémoire d’étant, mémoire d’étangs qui s’affinent, qui touchent à la profondeur mystérieuse, à l’indicible, au Soi.

DSCF7227Pour conforter ce périple, l’expliciter, je trouvais dans ma réserve d’images la photographie d’un étang du voisinage où se reflétait clin d’œil de la nature, magie de la lumière, coïncidence, les nuages et le ciel. But ultime d’un voyage dans notre intérieur pour frôler ce qui nous rend enfant de Dieu.