Chemin blanc.

L’hiver était précoce. Une neige épaisse couvrait, décorait les prés, les champs, l’univers devant moi, en blanc. Un brouillard ouaté, givrant flottait lourd de sa blancheur, de sa torpeur, encombrant, limitant, m’emprisonnant, m’étouffant.

J’avançais lentement en cherchant le repère des bandes chaulées partageant de temps en temps, la grand-route.

Les formes rassurantes, des arbres enneigés poussant sur les talus, étaient elles aussi disparues.

Ma vue m’apportait du blanc, du gris, des demi formes. Rien ne bougeait sinon quelques taches sombres, indéfinies qui s’éloignaient de moi.

Dans le paysage mouvant qui avançait vers moi devait apparaître une plaque de signalisation partant le nom du village où je me rendais. L’angoisse, de perdre mon chemin, me saisis. Aucun repère n’existait à présent. Où restait ce panneau, ultime indice de ce cheminement ? Quand se présenterait-il sous mes yeux pour annoncer la route de traverse à droite ?

Le brouillard respirait en vague, s’ouvrant, se refermant, agrandissant mon champ de vision l’espace d’un moment. Oui, là enfin ! Un panneau à moitié recouvert, indiquait le chemin. Il me fallait ralentir, tourner à droite, lentement, repartir, perdre la sécurité d’une route fréquentée, pour m’enfoncer droit devant sur la route rectiligne qui s’enfonçait sur le plateau, traverser la campagne, vaste espace plan recouvert lui aussi de blanc.

A gauche devant, à droite, derrière, pas un arbre, une clôture. Aucun repère aucun indice, le désert blanc. La solitude me pénétrait dans l’habitacle chauffé de la voiture. Le moteur m’entrainaît, régulier, indifférent, par son ronron, doucement dans cette ouate blanche, me tirant plus avant dans cet océan blanc.

Mon but était devant, là dans le village qui se logeait, rivage terrestre du bout du chemin, accessible dans l’égrainement des chiffres qui défilaient régulièrement sur le compteur du cadrant. Les mètres courants s’accumulaient derrière dans l’infini des champs qui reposaient dans ce néant.

La route s’enfonçai et par sa déclivité annonçait l’entrée du village. Sur les bords du chemin apparaissaient maintenant quelques tiges de graminées, squelettes rabougris du printemps chamarré qui avaient malgré tout résistés aux vents.

La terre émergeait en talus de grisaille, la croix noire des champs marquait le périmètre des vivants, l’habitat s’annonçait, c’était le bout des champs.

Quelques murs coiffés de leurs chapeaux laiteux, formaient remparts, annonçant enfin le village qui m’attendait sans bruits.

Mon port se dessinait, s’ouvrait, m’accueillait havre sécurisant.

Les ombres des maisons perçaient, déchiraient, ce brouillard, annonçant à mes yeux réjouis, que bientôt dans quelque temps, une porte s’ouvrirait pour m’accueillir, sûrement , chaleureusement

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