Le tableau mystérieux.

En ouvrant la porte de sa chambre, j’avais été envahi par la présence nouvelle de la peinture qui tapissait à présent le mur, face à l’entrée. Son lieu de vie que j’avais fréquenté de nombreuses fois pour le visiter, en avait été totalement modifié. Ce n’était pas un point dans l’œil, par l’agressivité des couleurs ou de la forme. C’était comme une présence qui m’interpellait.
La silhouette représentée n’était pas neuve, elle trônait depuis des années sur le mur du living familial mais à ce moment, elle ne me disait rien. Aujourd’hui, elle me bousculait dans un espace intérieur que j’avais du mal à définir.
La relation entre sa peinture et moi était comme un choc non pas un éblouissement. Pour essayer de définir ce trouble corporel crée par cette silhouette, à présent suspendue dans sa prison, j’avais laissé courir mon imagination, pour retrouver des éléments qui avaient, avant, couvert cette peinture d’une indifférence, d’un regard distant. La peinture de cette femme vue de dos, presque humaine par sa dimension, prenait plus de place que dans leur living où l’espace était au moins triple de la pièce de quatre sur quatre mètres où il résidait à présent, handicapé par son hémiplégie gauche.
D’après une théorie, le coté gauche du corps représentait le non rationnel et cette peinture me semblait en être son expression. Celle-ci datait de sa période flamboyante, ou pensionné, il fréquentait l’académie de la ville et où s’exprimait sa vie de séducteur. Oui sa toile exprimait le rapport compliqué qu’il entretenait avec une « Anima » sombre.
DSCF6447Sa quête à propos de la femme, m’avait déjà interpellée au travers d’une peinture qu’il m’avait offerte quelques années plus tôt et dont il avait gardé une version similaire dans cette chambre. Comme pour me dire, c’est quelque chose de commun, que nous partageons.
La version en ma possession passait régulièrement sous mon regard comme une interpellation de l’esprit sombre de l’anima qui régnait dans son âme et peut-être sous une autre forme dans toute la lignée des hommes, venant de l’ascendance.
Le « M » première lettre du prénom de ses conquêtes était de retour comme une énigme que la Sphinxe nous posait, me posait aussi.
À part cette sensation forte qui flottait encore en moi, je n’avais pas été plus loin en la revoyant dans son univers que par la phrase,  » Si un jour, tu veux te débarrasser de cette peinture, tu peux t’en débarrasser chez moi. » Il n’avait pas relevé cette exclamation. Le plat de l’histoire, repassai, j’en étais sûr.
Il fallait explorer ce message si puissant et si réel diffusé à travers cette oeuvre, les circonstances de sa création, l’humeur qu’il avait lors de sa réalisation, l’endroit où il l’avait peinte. A cela, pourquoi ne pas ajouter la réaction de sa femme quand il avait décidé de l’introduire dans leur salon.
A présent, elle m’apparaissait comme la maîtresse qu’il avait toujours eue ou exprimé autrement comme la femme de ses rêves qu’il avait comme un patachon, continué à chercher en fréquentant trop souvent des femmes dont le prénom commençait par « M ». Y compris à l’école primaire où sa première correspondante s’appelait déjà « M ». Cette lettre serait un nom adéquat pour cette peinture, l’appeler « M » de Mystère, car elle n’est qu’évoquée, montrée de dos, sans visage, double avec un côté lumière et en décalage un coté sombre. Dualité du mystère qu’il avait mis dans son oeuvre pour clarifier l’âme de l’inconnue qui le hantait, qui l’envahissait, qui avait troublé sa vie et celle de sa famille, faute d’y avoir réfléchi, de s’être laissé questionner.
Était-ce la « Mère », la « Maman » perdue un jour d’enfance qu’il cherchait dans les femmes, tout en ayant l’angoisse de la trouver différente de son fantasme. Quadrature du cercle qui avait fait de lui, un Don Juan.
Non-dit, secret de famille prégnant.

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