Incertitudes

Un an plus tôt, en entendant parler de l’insécurité de plusieurs aspects de la vie, je n’aurais jamais envisagé autre chose que le monde extérieur et son cortège d’incertitudes qui nous fragilisent à certains moments. J’aurais concentré une partie de mes pensées à proposer de renforcer l’assurance intérieure par toutes sortes de pratiques, de stages, d’expériences à faire pour aller au-delà des pensées qui nous agitent. J’aurais proposé des remèdes, recommandé des lectures, des entretiens avec une psychologue, une personne d’expérience. Aujourd’hui cet ensemble d’insécurités exogènes ne fait plus partie de mes préoccupations. Que la rue voisine ne soit pas sûre, que la foule peut être dangereuse à certains moments, que des catégories de personnes, n’assument pas la convivialité nécessaire et qu’il faut les éviter, j’en aurais parlé.
Que certaines ambiances de travail sont dangereuses, que l’assurance d’un travail n’est pas donnée à tous, dans un secteur fragile certainement, j’aurais eu mon mot à écrire.
Au fond tout ce qui nous relie à notre entourage est à un certain moment précaire et pas toujours assuré. C’est aller dans le sens d’expériences nombreuses et de témoignages parfois étonnants.
Depuis des mois, cela a été balayé car le socle de base sur lequel je m’appuyais a été profondément changé. Il a presque disparu pour être remplacé par une fragilité que seul celui qui l’a traversée peut entendre, comprendre.
Mon corps n’a plus ses ressources intactes. Il a été en ce qui me concerne touché non par la maladie comme l’est le cancer, le diabète, l’asthme mais l’insuffisance cardiaque. Je suis entré malgré moi dans la catégorie des demandeurs de soins, dans le cortège de ceux qui ne bénéficient plus des atouts de la vie. Je fais partie de ceux dont l’insécurité se manifeste à l’intérieur de leur corps, affaibli par une insuffisance quelconque mais essentielle au fonctionnement routinier et sans aléas d’un corps qui ne fait plus merveille.
« A chaque jour suffit sa peine » dit le proverbe. Encore faut-il avoir les ressources nécessaires que pour traverser jusqu’au bout le jour qui a été donné. Les circonstances extérieures, plus de nature abstraite, que sont les craintes de ce qui pourrait arriver, ne me touchent plus. Elles ont été dissoutes par mon regard sur les éléments basiques du corps que j’habite. Sans lui sans son fonctionnement correct, je n’ai pas la tranquillité d’esprit pour un regard extérieur sans doute rempli d’incertitudes, de craintes.
Mon attention s’est retournée vers mes paramètres effectifs. Ce ne sont pas des craintes mais des faits.
Ma mécanique tousse, grippe, attire mon regard, mes préoccupations. Mon univers se restreint, je cherche l’appui dans un milieu réduit et limité du secteur de la santé. Le monde s’est rétréci comme une peau de chagrin. Je n’ai que cette vision, me réfugier à l’hôpital pour obtenir un support et des soins, des remèdes auprès de ceux qui sont la mémoire de la santé. Ils ont des outils. Ils connaissent la molécule à prescrire et ses effets. Ma confiance est grande car grâce à eux, la durée moyenne de la vie a fortement augmenté ces dernières années et je vais en profiter. La pharmacopée traditionnelle plus dans l’espoir et le virtuel s’est concrétisé, s’est affirmée. Chacun en mesure les résultats. Armé de ma petite pharmacie, je me sécurise de plus en plus tout en oubliant que fondamentalement, je ne suis qu’en rémission mais celle-ci sera plus longue qu’en l’absence d’action et de soins. Mon socle de base n’est pas certitude absolue mais dépend de l’absorption quotidienne de la pilule rouge blanche ou légèrement colorée, ornée d’un chiffre définissant sa puissance de soutien et d’efficacité. Absorbée, j’ai l’impression d’avoir à ma disposition, la potion de vie journalière et puis dans mon étui de préparation pour les médicaments, celles préparées pour demain, sont déjà visibles. Celles que je prendrai le jour suivant pour assurer la continuité de mes pas et de ma mobilité.
Jour après jour, mes certitudes se renforcent en m’observant, je sens que lentement les petits pas positifs se succèdent et que ma vitalité se restaure. Je suis moins tourné sur moi-même, mes variations, mes besoins en chemin pour me recentrer vers mon environnement immédiat. Mon retour prudent, vers quelques activités me rend à nouveau vivant parmi ceux qui ignorent le trésor, la richesse qui les porte. Savent-ils qu’ils bénéficient d’un capital, de l’usufruit qui leur est offert. Sans doute positifs et battants mais tout ne dépend pas d’eux. Ben oui, comme ils n’ont encore rien perdu, leurs incertitudes sont exogènes.

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