Mlc, dernière

La session d’automne 2019 en Mlc vient de reprendre comme d’habitude. Quoique aujourd’hui pour m’adapter à l’arrangement des places, en me décalant pour disposer de l’espace, je rencontre une inadéquation du plancher. Une pente sensible rattrapant une différence de niveau. Petit pois sous le matelas comme dans le conte de fées  pour certains.  Peut-être ? Mais j’aime m’étendre sur un sol plan. Un participant plus fluide dans ses choix,

se déplace pour agrandir l’espace que je partage avec ma voisine. Le cours, un peu retardé, commence tranquillement, chacun se concentre, suit les instructions. La voix de l’animatrice nous conduit dans la détente, la relaxation, les sensations. Pour la deuxième partie d’un exercice, je me tourne vers ma voisine de droite, elle me fait face.

Situation loin de l’idéal. Mon bras lors de l’exercice va rencontrer le sien. « Tiens ,dit l’animatrice d’une manière neutre et détournée,  des bras vont se dire Bonjour. » Etonné, j’analyse la situation et décide de partir en tête-bêche. Sur le champ, je pivote à 180 degré. Voilà ma tête à deux pas de l’animatrice, situation inhabituelle et interpellante.  Déjà sa voix est différente, plus forte. Est-ce que j’ai une oreille différente de l’autre, une gauche, une droite, deux univers différents, une faible, une forte.

Ce petit grain de sable dans l’engrenage des mouvements, semble faire problème. Il m’ouvre des perspectives nouvelles, me distrait de la logique de l’exercice. Mon attention se double, suivre les détails du mouvement demandé, les inversions d’étirement, de respiration qui s’opposent en montant et en descendant les bras, côté gauche, puis coté droit. Est-ce compliqué. Non, c’est voulu pour entrainer à gauche et à droite du corps des différences dans les tensions, à la rencontre des blocages multiples dont je me sais fourré et ce à tous les étages de ma musculature. Détente. Me détendre. Suivre sa voix. Laisser faire mon corps, le laisser s’adapter à la différence, en souplesse pour atteindre un plus grand relâchement.

La grosse balle, posée sous le bassin, bien centré, sur laquelle je m’appuie à présent, me semble le point de repère pour annoncer la fin de la séance dans les minutes qui suivent l’exercice. Je m’applique à faire osciller doucement mon bassin de gauche à droite, lentement, doucement. Une perception nouvelle m’envahit, je suis spectateur d’un mouvement nouveau, totalement différent des expériences passées. Ce n’est plus mon mental qui commande selon la même habitude, le mouvement d’oscillation, de gauche à droite, par petite touche en coup de rein, subtilement. Surprise, j’ai introduit la pesanteur, c’est le poids de ma jambe que j’écarte de la verticale qui entraine l’oscillation. Mon mental commande différemment, par l’axe de mes jambes, de 90° à 135 degré, puis retour. Le bassin suit, oscille, par un mouvement symétrique, je l’entraine de l’autre coté.

Surprise et plaisir, je suis en terrain inconnu, j’obtiens in fine un balancement. Mon dos n’agit pas, il est là pesant tranquille, c’est un jeu de jambes.

Sensation nouvelle qui s’introduit dans ma conscience. Décomposition, usage d’une autre ressource, sensation autre. Grande satisfaction sur étonnement. C’est arrivé simplement, comme un message de confort comme jadis dans la découverte de la nutation en abordant un escalier, ou le bassin s’ouvrant vers l’avant, libéré de fermé à ouvert, en avant, en arrière, nouvelle liberté, ou encore la bascule de la tête, en verticale joyeuse, en portant un plateau imaginaire sur celle-ci. Axe nouveau de mouvement, souplesse qui s’annonce. Mieux être, du moins, je l’espère.

La séance est terminée, un moment d’échange, de partage. C’est dans la douceur, l’inattendu, le laisser aller, le laisser se faire que la détente invitée apparaît, sans tambour, ni trompette. Ah quitter ses habitudes, ses rigidités, simplement, quitter sa carte du monde, le chemin du jour, des jours, ancré dans les habitudes. Etre là simplement dans la détente, le laisser se faire.

Traverser la rue, petite démarche, riche elle aussi de bien des découvertes.