Réflexion de Vienne.

En voyant tes mains trembler lors du transvasement de la boisson que tu préparais pour aller travailler, je ne m’imaginais pas le moins du monde le chemin que nous allions prendre à propos de ta santé et les conséquences que tu allais devoir affronter. Lorsque le docteur a associé le tremblement au symptôme de l’hyperthyroïdie, j’ai eu un pincement de coeur. L’histoire repassait les plats.

Les analyses faites quelques jours plus tard l’ont confirmés, les chiffres du rapport mettaient en évidence le dysfonctionnement de ta thyroïde.

Quelques semaines plus tôt sans que je fasse quoi que ce soit, un mémoire d’étudiante intitulé « Les maladies psychosomatiques » avait atterrit sur la table de la maison, ramené par ta mère de chez le psychiatre chez qui elle assurait quelques heures de secrétariat. Dans ce document je découvrais avec étonnement que l’auteur mettait en relation la thyroïde et un comportement de peur et d’angoisse entre autres par rapport à la mort.

Ta visite chez le kiné pendant les vacances et son commentaire à propos de la peur de la mort et d’anciens évènements familiaux qu’il ressentait  en toi via ses manipulations faisait aussi partie des éléments du puzzle qui était en train de se construire et dont les formes venaient d’apparaître.

La quatrième info ancienne celle-là qui se mêlait aux résultats de l’analyse pour en faire un cocktail interpellant, était la maladie de mon grand-père Eugène Junior. Lui aussi avait été touché par ce dysfonctionnement et à cette époque les médecins n’avaient pu le sauver car les médicaments pour traiter cette maladie bien connue n’existaient pas encore.

A travers moi, sans que je le souhaite ou que je le veuille, j’avais transporté une hérédité dans ma lignée et tu en étais le porteur. Mon grand-père n’avait pu être soigné. Tu le serais toi par les médicaments mais cette certitude ne m’enlevaient pas de la tête les questions au sujet de cette hérédité et sur sa dimension psychosomatique. Il fallait s’appuyer sur les soins médicaux pour les dépasser et soigner la cause profonde et sous-jacente de ce mal. Si l’histoire repasse les plats, si l’hérédité nous colle à la peau, il ne fallait pas en faire un fatalisme et subir. Il fallait agir mais dans quel sens.

Du coté de l’expérience qui est devenue mienne, dans mes lectures, comme celle du mémoire de l’étudiante, j’ai reçu des parties de réponse, j’ai compris qu’il fallait ouvrir les yeux, questionner,pour que des réponses soient apportées, pour que les choses trouvent une solution, une issue et un mieux.

Attendre n’était pas de mise. Mettre tout, aveuglement, dans les mains d’un médecin ou d’un autre n’est pas la solution complète. Il faut regarder en soi ce qui vit. Donner des mots aux émotions, les faire sortir de la forme corporelle qu’elles ont prises pour s’exprimer.

Comme le dit J. Salomé dans ses livres « Les mots (maux) pour le dire »

Dans le livre « La Parole au coeur du corps » d’A de Souzenelle je lisais encore tout à l’heure dans l’avion, à la page 52

 » lorsque les forces intérieures de l’Homme, lumineuses et ténébreuses- ne sont pas du tout investies par lui c-a-dire entendues et intégrées dans sa vie, lorsqu’il agit comme s’il pouvait maîtriser ce qu’il ne connaît pas, comme si ce qu’il ne connaît pas en lui n’existait pas, les forces se révoltent. Elles se déversent à l’extérieur avec parfois une violence folle car réprimées, non gérées, elles acquièrent une autonomie redoutable « .

Ces phrases étaient, elles aussi interpellantes, montraient un chemin, un sens pour une action.

Par mes lectures ces dernières années, j’ai beaucoup appris. De mon expérience, j’ai reçu et compris certaines choses qui ne m’ont pas été transmises verbalement par mon père et que je voudrais à mon tour en tant que père, réussir à te transmettre, mais je n’y arrive pas. Sans doute est-ce difficile pour moi d’aller au delà de mes peurs, du non-dit qui m’a toujours habité. Est-ce pour cela que je le fais si maladroitement.

De mon coté, il y a aussi comme un combat pour éloigner de toi ce qui est négatif dans la lignée, ce que je pourrais t’apporter et te faire découvrir pourrait y faire quelque chose, encore faut-il que l’on communique.

Veux-tu le découvrir seul. C’est sans doute mieux mais combien d’années te faudra-t-il. Ne peux-tu gagner du temps ! Pourquoi devrait-tu porter ce fardeau toute ta vie comme moi, j’ai porté mes peurs et mes angoisses sans jamais les partager.

Quand je vois ta main trembler, je me dis, ce que je ne voulais pas te donner, tu l’as. Alors pourquoi craindre et refouler ce que tu as déjà en toi. C’est enfermer des énergies et les rendre sombres et obscures pour qu’elles ressortent plus fortes, plus tard et te nuisent. Comme l’hyperthyroïdie est en train de le faire.(*)

Cassons cette hérédité par la parole. Mettons à jour les fantômes familiaux que l’on essaye inconsciemment de fuir et d’enfouir. C’est un  travail difficile et j’ai l’impression que tu le ressens, car tu deviens insaisissable, difficile a rencontrer, fuyant. Même le bout de déjeuner que l’on vit ensemble depuis quelque temps, tu le fuis à présent.

Dans ma jeunesse, à 17 ans,  j’ai parlé de mes angoisses à mes parents, ils ont passés la main aux docteurs, Eux savaient en principe ou ses patients leur en donnaient le pouvoir. J’ai bouffé des médicaments pendant trois ans. Etait-ce vraiment utile.

Maintenant avec le recul, je me dis « Il n’y a rien compris ce docteur, à mon adolescence, au lieu de m’aider à libérer ce qui aurait du être dit, il m’a mis la camisole chimique et j’ai vécu « avec » ce qui était enfouis, et je vous ai transmis malgré moi ce que je n’ai pas eu la chance de reconnaître et de solutionner à ce moment.J’essaye maintenant d’aller plus loin mais tu m’as vu en tant que père, pendant les années où tu étais le plus sensible le plus a même de me copier, agir et nier ce qui m’habitait, refuser les soins. Tu penses maintenant que c’est bon de faire la même chose.

Depuis cinq ou six ans, j’ai changé profondément, j’ai compris beaucoup des traits cachés qui nous habitent. Mais comment convaincre ta mère, tes soeurs, toi de vous laisser éclairer sur ce que j’ai découvert.

Casser les tabous du silence (malgré que je n’aie jamais été fort bavard) est mon plus grand soucis, du moins j’essaye de vous donner l’idée d’un autre chemin que celui de la soumission aveugle et méchante à la soi-disant force des médecins. Oui, ils sont merveilleux mais il y a des domaines où ils soignent par des médicaments alors que c’est la parole qui soigne. Là, ils ont tord.

Votre mère aussi a dans sa culture familiale, cette absolutisme de la science du médecin. Elle reste plus accroc que moi.

Deux voies s’ouvrent d’abord celle qui mène à la catastrophe où tout le mal est causé par le dehors et où l’on soigne tout avec des pilules sans regarder son nombril, où l’on  n’écoute pas les informations qui nous sont données par notre intuition, notre savoir inconscient et où on se laisse conduire par d’autres qui a l’extérieur sont de toute manière les moins informés.

L’autre est celle où l’on à confiance dans notre force intérieure, et où soutenu par un médecin éclairé, on se laisse prendre par le changement. C’est la voie la moins dure à terme.  Seule celle-ci guérit définitivement.

Depuis une semaine, je voudrais te parler mas je ressent de ta part le non-désir. Tu ne veux pas savoir ce que j’ai derrière la tête, tu ne veux pas entendre et après faire ton choix. Prendre ce qui est bon pour toi. C’est l’opposition pure et simple. C’est non. Tu te protèges, tu protèges ta mère sans doute parce que ce qui se passe maintenant va quand même nous secouer un peu, beaucoup. Est-ce mieux de faire l’impasse et à terme ne plus savoir en sortir. Nous sortirons du chemin de la fatalité, de l’hérédité de comportement.

Ta soeur est retournée par son estomac, à aussi des choses a entendre.

A tous deux je voudrais vous faire lire les symptômes qu’un médecin américain, le Docteur Franz Alexander, décrit dans son livre sur les maladies psychosomatiques. A ta soeur, les considérations du médecin sur l’acidité , les éructations et la digestion, à toi, les symptômes sur l’hyperthyroïdie.

C’est devenu clair pour moi, il faut que l’on se parle, que l’on envisage cet aspect des choses. Vous aurez au moins, contrairement à moi, la chance d’avoir le choix entre la confiance folle et aveugle dans une certaine médecine et la voi(x)(e) de la parole qui libère de ce qui n’a sans doute pas été acquis mais construit par une suite de refus d’y voir clair. Mais bon savoir ce qui manque, découvrir un sens, une alternative c’est déjà mieux que de se laisser manger par cette névrose déguisée dans un comportement qui n’est plus clair.

C’est l’enjeu psychosomatique, c’est l’enjeu aussi de la foi et de la découverte de l’appui de celui qui nous a crée non pas pour que nous souffrions mais que nous soyons sauvés. Dans notre souffrance, nous pouvons compter sur lui. C’est lui qui a souffert et qui peut nous aider a porter notre croix si nous l’appelons au secours. Le chemin sera alors non pas moins dur mais il sera parcouru dans une atmosphère bien moins aride et désespérée que dans la solitude.

(*) Maladie de Basedow.

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