Le labyrinthe d’Amiens

Pour la fête des pères cette année, elle m’avait fait la proposition d’être mon chauffeur pour partir à la découverte du labyrinthe d’Amiens qu’elle venait de parcourir, lors d’un passage récent dans la ville étape, pour aller saluer son fils bien plus loin, en formation aux compagnons charpentiers en Normandie.

Au fond je ne savais plus si j’étais passé précédemment dans cette cathédrale ou dans celle de Chartres lors de mes voyages de vacances. Elle pouvait jouer le rôle d’enseignante dans un domaine où elle était devenue, au cours du temps bien experte, intéressée par le symbole ancien. Elle en savait bien plus que moi sur ce sujet.

Mes souvenirs datant de mon adolescence, de mon père qui avec plaisir nous parlait de ses acquis des mythes Grecs et latin. Si j’avais un vague souvenir du minotaure, logé au fond du labyrinthe et du fil d’ariane qui avait permis à Thésée de sortir de celui-ci, je ne les avais pas refréquentés ou transmis à mes enfants. C’était le moment d’être enseigné par elle, d’être en non savoir dans cette cathédrale. 

Ainsi au bord de l’espace dégagé, pour la figure de ce dessin noir et blanc sur le sol, je l’avais suivie plongée dans ses pensées et regardé parcourir l’aller et le retour à l’aise d’un pas régulier et concentré.

Au retour, elle me dit « C’est ton tour maintenant. » Je l’avais suivie, je l’avais vu, n’était- ce pas suffisant ? Il me fallait être plus conséquent, me mettre à l’œuvre, entrer dans cette grande tradition dont je ne connaissais pas grand-chose, et pas d’une manière intellectuelle, mais concrète, un pied devant l’autre assidûment. 

Tout ce trajet de chauffeur à mon service, devait servir à l’expérience, à la mise en route. Plus question de rester sur le bord, il me fallait m’engager, me mettre en route. Construire avec elle un lien mémorable, fort. Pas de théorie, de la pratique, une sorte de pèlerinage car c’était le sens facile à percevoir après quelques mots sur l’expérience. Mon attention devait être soutenue pour ne pas manquer la ligne noire de pavés, en prendre une voisine mais erronée, allez où elle était allée avec beaucoup de conviction.

Surprenant trois personnes me suivaient à quelques pas et au cours du parcours à chaque proximité de nos lignes, le sac à main de la dame me cognait. Elle ne l’avait pas changé d’épaule. Maintenant à chaque frôlement, l’objet me touchait. 

Le parcours aller se terminait sur un carré. J’étais au centre. Avant d’effectuer le retour, une petite pause, je me préparais pour laisser à ceux qui me suivaient de la place sur le centre et sortait de ma concentration quand, une tierce personne, en direct sans faire le parcours, s’approcha pour me questionner sans doute m’interroger sur le sens de ma démarche, j’imagine. Je l’accueillais.

Mais ne pas suivre ses conseils de concentration, me laisser rattraper et interpeller dépassa son entendement, elle s’approcha pour me remettre en selle et demanda à la personne intruse de reprendre sa place, de respecter mon cheminement.  Me coupant me semble-il, d’une interaction intéressante et probablement unique et pourquoi pas d’une fée. C’était pour elle, mon introspection, elle devait être respectée. Elle poursuivi l’interaction, en éloignant la personne manu militari sur le bord du motif noir et blanc, avec 2 ou 3 visiteurs, pour une conversation dont elle m’avait privé.

Mon parcours de retour fut réussi. Mon intention n’avait pas faibli, nous étions à présent deux à l’avoir fait et pouvions partager.