La chambre aux pommes.

La nuit s’était terminée par un moment inhabituel ce matin- là, un moment de calme étonnant. Il faisait suite à une semaine de quinte de toux matinale pour expectorer les glaires fabriqués la nuit par une infection virale. Je n’avais pas le moindre souvenir d’une telle semaine d’effort fort bruyant dans le passé, pour assurer le libre passage de ma respiration. Deux extinctions de voix avaient été comme la parenthèse d’ouverture et de fermeture d’une infection dont je me serais bien passé. 

Fallait-il la relier aux circonstances extérieures à une perception du monde qui me tenait debout

Il valait mieux sans doute me taire, ne pas laisser aller mon imagination dans des projections ou des suppositions. Mon entourage ne les aurait pas acceptés.  Pourtant j’ai l’intime conviction que tout est lié, qu’une situation pénible et non parlée, entraîne une occlusion, ou comme dans certains textes une crypte. 

A ce point de vue j’étais servi. De quelle nature était, ce ramonage des bronches que m’apportait les quintes matinales ? Pas question de partager la chambre conjugale dans cette situation. L’isolement était propice à l’une pour une nuit tranquille, à l’autre pour une nuit d’agitation et de mal-être.

La phrase rapportée à table par une amie quelques jours après, au sujet de cette séparation m’avait fait sourire.   Reprise ici en titre, elle m’avait sembler tout à fait neuve en tout cas elle n’avait pas été entendue dans mon souvenir.

Description populaire, ancienne, d’une tension relationnelle, d’un excès de boisson, sans doute. Mais ici il était question d’un virus. Mais n’était-ce pas la même chose, l’un étant lié à l’autre. Et sur un terrain affaibli et mal aéré, les miasmes se multiplient.

Cette impression matinale était comme le calme plat après la sortie d’un orage, le plan d’eau calme après les rapides d’un torrent. 

Remarquable. Bienfaisant. Moment physique d’apaisement qui permettait de prendre la mesure de cette toux qui n’en finissait pas. Dommage que je ne puisse l’entendre extérieurement. Elle m’aurait fait percevoir s’il s’agissait de la toux qui m’a poussé à écrire jadis.

La fin d’une boucle de temps, la fin d’un cycle qui ramène au départ mais à un étage plus élevé, mesure du travail accompli . J’étais trop impliqué que pour y voir clair, seul me restait le bon sens pour laisser aller les choses, pour être dans l’état qui me semble une potion « Wu-Wei » comme disent des Chinois. Laisser-faire, laisser se faire, être présent, être conscient.

Voyage à St-Nectaire.

En passant d’une chaîne de TV à une autre hier soir, je fais arrêt sur la chaîne Ln 24 que je ne fréquente guère, et tombe sur un podcast inconnu présentant un aperçu de l’évolution des drones. Enfin autre chose, à leur sujet, que les récits de guerre. 

L’année dernière, grâce à eux, j’ai obtenu d’un voisin, une vue aérienne de l’ancienne sablière en friche derrière chez moi. Cette fois, le sujet qui apparaît maintenant est l’utilité de ceci, dans la gestion future, de l’épandage des engrais, sur les cultures. Une optimisation s’avère nécessaire vu le prix de ceux-ci.

Me voilà fixé dans ma recherche de chaines. Le sujet m’intéresse, je suis attentif et reste en spectateur. 

Quelque temps plus tard, après le sujet clôturé, un autre s’ouvre. C’est en France dans le Puy-de -dôme, en Auvergne. Surprise, une église romane, construite sur un mont, fait l’objet d’une étude par les drones pour répondre à la question suivante : « Comment se fait-il que l’éclairage par le soleil des statues de certains saints, le jour de leur fête, ne se fait pas ? » 

« Que peut-on en conclure ? D’où vient cette différence ? »

Me voilà renvoyé à mon expérience étonnante, dans la paroisse où je vis et où j’ai découvert qu’à l’équinoxe au printemps dans notre église romane, le Sacré-Cœur sur le maître-autel est entièrement éclairé.

Cette recherche, là à des centaines de kilomètres, me plonge dans l’univers des bâtisseurs romans de cathédrales, de collégiales. En absence d’électricité, la lumière naturelle servait déjà à mettre en valeur, dans le bâtiment certains moments, certaines dates. 

L’univers était vivant, il apportait sa présence, son soutien, à la liturgie. C’était comme un enseignement lumineux.  La nature était une alliée, elle contribuait à la gloire de Dieu. L’époque était bien plus religieuse, plus motivée. Ne construisait-t-elle pas de magnifiques bijoux. 

Aucune comparaison n’est possible entre cette église et la nôtre. Le sommet de chapiteaux dans le chœur là-bas, représente des scènes e.a de la Passion, de l’Apocalypse. Cela n’existe pas chez nous, elle est plus modeste, juste aux 4 angles des piliers de la nef, une figurine en relief. Aucune statue de Saints, contre les piliers, n’est éclairée car elles ont été éliminées bien des années plus tôt et bien avant encore les fenêtres hautes de la nef centrale occultées, par l’extension du toit vers 1790. Ce qui me conforte, c’est qu’à cette époque autour de la fin du premier millénaire, l’église était mise en relation avec la nature, volontairement par un alignement de la hauteur des fenêtres, de l’emplacement des statues.

Que les rayons du soleil, pénétrant dans le bâtiment, étaient comme des doigts, mettant en valeur, certains éléments. La lumière était à ce moment, un support important.

A Saint-Nectaire, si certaines statues de Saints, ne sont pas éclairées, c’est sans doute, dit l’étude par drones, que les collines environnantes arrêtent les rayons de soleil à certaines dates. Au fond, il y avait une trame de construction idéale en architecture romane pour un bâtiment en plaine, en pays de collines, certains éclairements étaient impossibles.

Mais le génie des architectes lors de la conception, des plans, était bien présent à cette époque romane, même dans la simplicité et s’appuyait sur d’excellentes connaissances astronomiques. Un esprit régnait à cette époque pour renforcer, à travers le bâtiment, l’idée que le Christ est la lumière du monde.

https://www.ln24.be/2023-01-25/la-revolution-drone-votre-documentaire-ne-pas-rater

https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_de_Saint-Nectaire

https://wordpress.com/view/corpssensations.org

Y26-https://corpssensations.org/2020/03/18/moment-de-grace/

Y63-https://corpssensations.org/foi/office-vendredi-saint

Noli me tangere

La nuit est chaude, moite, le sommeil me quitte et m’offre un moment de conscience. Les images de l’après-midi me retraversent. La fête organisée par ma fille cadette, pour le départ imminent de mon petit-fils Quentin, rassemble les familles.

Fin de semaine avec ses parents, il va descendre en voiture dans le Midi de la France pour une nouvelle page de son histoire de formation. Le mois dernier, il a été adoubé par ses pairs, le voilà aspirant chez les compagnons du devoir. Il va rejoindre à Gap, le foyer d’accueil où en tant que charpentier, après une nouvelle formation, débutera peut-être son Tour de France.

Avec fierté, il nous montre son bâton, symbole de la marche des anciens, du temps des cathédrales où ils se déplaçaient en homme de métier, à pied.

Lors de la fête, à la maison de Bruxelles, il a reçu ses couleurs, celles des charpentiers symbolisée par une bande de tissu, étroite, verte,  à porter  en bandoulière lors des cérémonies de la confrérie.  Il nous montre quelques motifs brodés sur celle-ci, nous décode celui des outils, mètre et compas. Celui avec 2 personnages sous une inscription en latin m’intrigue. 

Par une recherche sur mon smartphone, Je décode rapidement la phrase en latin, les 3 mots inconnus « Noli me tangere » signifie « Ne t’approche pas »

C’est une scène religieuse émergente du passé en cet après-midi de l’Assomption, du 21e siècle. Cette bande de tissu qu’il appelle dans la langue des compagnons « couleur », est devenue alors dans mon esprit, une étole profane, en lien avec celle que je connais, l’étole du prêtre, du diacre, dans la cérémonie de la messe. Ce tissu est le symbole d’une confrérie, il définit les étapes du parcours de l’aspirant, du compagnon, de l’appartenance de ces hommes qui jadis ont fait la gloire d’un pays, le  savoir-faire d’une confrérie,  l’art dans toute sa splendeur, pour avec respect et dignité porter la cathédrale à sa magnificence tout en sachant craindre, de ne pas s’approcher de celui que l’on honore « Noli me tangere » Dans ma recherche sur le sens de cette icône, celle trouvée chez Maurice Zundel me plaît. 

« En demandant à Marie Madeleine de ne pas le toucher, Jésus indique qu’une fois la résurrection accomplie, le lien entre l’humanité et sa divine personne n’est plus physique, mais passe désormais par le lien de cœur et la  communion eucharistique. 

« Il faut qu’Il établisse cet écart, il faut qu’elle comprenne (et toute l’humanité) que la seule voie possible, c’est la Foi, que les mains ne peuvent atteindre la personne et que c’est du dedans, du dedans seulement, que l’on peut s’approcher de Lui » Le sens de ce message m’est alors clair.Tout n’est  pas dans le concret, il y a une vie au-delà de la matière comme dans l’amitié qui peut exister entre personnes. 

Au fond mon petit-fils, ne va-t-il pas vivre dans le lieu qui l’accueillera là-bas, une amitié, une appartenance à une communauté qui défend des valeurs profondes, humaines et porter fièrement la devise « Ni se servir, ni s’asservir, mais servir ». Pour les Compagnons du Devoir, le métier ne se limite pas à un savoir-faire : c’est une culture, un savoir-être.

Le voilà adoubé, portant une bannière autour du cou, dans le chemin qu’il va suivre, étape par étape pour entrer dans cette confrérie.

Bonne route cher petit-fils.

PS.

 Pour les Compagnons du Devoir, le métier ne se limite pas à un savoir-faire : c’est une culture, un savoir-être. Un métier, c’est une histoire, des hommes, un langage, des écrits, des ouvrages laissés par les anciens. Un vocabulaire particulier s’établit entre les compagnons dont un prévot, et la mère Veillent dans une maison à la qualité de l’éducation des « pays ».