Toux qui aboie dans le silence de la nef et qui roule sous les ogives. Raclement de gorge, effort de clarification.
Toux sèche, cassante, sifflante. Toux du père qui va qui vient rythmant le temps, coupant la quiétude du soir.
Toux qui casse le murmure des convives et les réponses des voisins.
Toux née du côté gauche, gauchissant, tournant à cœur ouvert, raclant, ramonant l’émotion du passé. Secousses qui empêchent de dormir et qui s’apaisent dans la fatigue, au premier chant du coq.
Grosse caisse, qui tonne pour dire et qui ne dit rien. Toux qui crépite, comme un alphabet morse, pour dire les soubresauts du diaphragme, la révolution d’un être là, au fin fond de ce corps qui déraille.
Gerbe d’émotions refoulées qui s’étranglent sous la poussière des jours.
Echo de la toux de sa fille. Toux matrice, de père à fille.
Toux qui secoue les reins, le ventre cherchant à libérer des tripes, l’émotion violente, séquelle d’une bataille perdue.
Toux de marquise, illusoire, qui siffle par l’étouffement d’une gorge étranglée, pour réclamer une présence, une main, une voix, un corps chaleureux.
Toux qui appelle la protection de deux bras, l’étouffement de possession, la pression d’une présence réelle.
Toux qui appelle une bouche remplie de doux mots, tendres, réconfortants, débordant d’un amour espéré.
Toux qui appelle la douceur frissonnante d’une main qui caresse le front, la joue.
Toux qui appelle un corps rempli de bruits pour vibrer avec lui au son du métronome, réconfortant qu’est un cœur battant.
Bruits d’une respiration qui rapproche et écarte comme une vague berceuse sur une mère tranquille.
Note fêlée, qui va et vient comme un microsillon cassé, marquant à plaisir un amour inachevé.
Fausse note d’une vie qui malgré tout appelle, encore, toujours.
Gorge étranglée qui s’assèche et crevasse dans l’émotion du groupe. Gorge sans salive qui avale, gorgée d’air pour gorgée d’eau.
Oesophage rebelle qui confond voie d’air et voie d’eau
Emotion, qui adhère, qui gratte, contraction qui racle pour trouver, pour chasser un souvenir enfoui.
Emotion, qui s’approche lentement, de la tête de la bouche, des yeux.
Emotions qui assèchent et perturbent, qui troublent le timbre de la voix.
Fourmillement buccaux, faciaux qui portent témoignage d’un trouble émotif, grimace accrochée sur un visage triste.
Muscles qui fibrillent entre contrôle et abandon.
Toux qui coupe la nuit en tranches d’insomnie.
Toux qui hurle en des maux ce qui n’a pas été mots.
Toux du père, toux de la fille, toux.
Mémoires cellulaires
Histoires de détente musculaire en relation avec le contexte.
S’ouvrir ou souffrir.
Onomatopée presque, jeux de mots peut-être ! Syllabes proches qui sonnent « même » à une oreille inattentive. Univers différents, incompatibles et pourtant liés. Univers identifiés, univers identifiables. Alternance qui me parle et qui fut mienne. Equation à deux inconnues profondément liées que je découvre, pas plus tard que la semaine dernière.
Pour récupérer ma souplesse et soigner les attaches du bras droit (Sus-épineux) qui me font régulièrement souffrir, pour repartir du bon pied pour une nouvelle année, je bouge. Sur les conseils de ma plus jeune sœur, je me suis inscrit à dix séances de gymnastique douce. Mais alors douce, la plupart du temps,les participants sont couchés sur un tapis de sol et ils étirent les muscles selon la théorie des chaînes musculaires, de la MLC et de la méthode Mézières.
Mon bras droit douloureux, soigné l’année dernière vient au cours de ces heures d’exercice de retrouver une mobilité vers l’arrière qu’il avait perdue. Je suis à même de toucher mon omoplate gauche. Une liberté plus grande s’est mise en place. L’angle, de mes dorsales et de mes cervicales, a lui aussi pris de l’aisance. J’ai une allure plus fière, un port de tête plus droit et j’en suis joyeux. Je me suis ouvert un peu plus dans le torse.
Histoire banale que d’aucuns n’imaginent même pas mais « Ceux qui ne bougent pas, ne sentent pas leurs chaînes. » Mon histoire passée m’a figé dans le dos comme un porteur du poids du monde, du poids de deuil non fait, d’humiliations peut-être. Je me redresse et fais face. Je reprends des forces.
Pour préserver cette nouvelle forme, je me suis inscrit à un cours d’une heure semaine jusqu’à la fin de l’année et entraîné mon épouse. Elle devrait s’ouvrir, se libérer de ses maux perpétuels qu’entretien un médecin complaisant aveugle à la présence d’un deuil caché non fait qui se transmet dans la lignée des mères. Malgré toutes ses tentatives de mieux-être, soutenues par de nombreuses séances de kiné et d’ostéopathie, elle ne progresse pas, se cabre devant la peine intérieure qui force à une reconnaissance. Si elle laisse passer une souffrance indicible, elle sera submergée croit -elle d’où son raidissement, ses tremblements de tête qui dise « Non, non » de gauche à droite. La vague noire qui avait submergé l’aîné l’année dernière s’est réveillée. Des signaux négatifs lui sont parvenus et comme mère, elle en souffre et se met à son diapason. Par sa résistance, par le raidissement à ce qui est en elle, ne retarde-t-elle pas la guérison de sa fille.
Cette souffrance ne leur appartient pas. C’est une valise du passé remplie par un arrière-grand-mère, enfant de remplacement, qui a vu mourir sa fille, sa grand-mère.
De mon côté, il y a un scénario de ce genre. Ma grand-mère paternelle a vu mourir son homme et ses fils sans larmes. Intérieurement pour encastrer ses deuils, elle avait fermé le haut de son dos et était devenue la petite Laure. Quel caractère ne fallait-il pas avoir pour retenir ses larmes, bien naturelles et compréhensibles.
Et moi qui choisis pour ma fille, un prénom semblable à cette grand-mère comme pour rejouer ce drame à résoudre. Comme exutoire à cette souffrance innomée, à ce deuil non exprimé inconsciemment, mon épouse avait pris un bénévolat pour accompagner des familles, qui le demandaient, dans leur deuil. Depuis un mois elle est démissionnaire, elle s’est dédite. L’énergie canalisée dans cette activité, les larmes versées avec les autres, pour les autres ne sont plus accessibles et les siennes font de plus en plus pression sur elle. Elle devient irritable s’emballe pour un rien fait feu de tout bois pour atténuer la tension qu’elle sent monter en elle et chez sa fille.
Corps qui se libère.
Corps inconnu, support de la vie, de ma vie. Je te découvre au travers de mes expériences des dernières années. Sensations subtiles, nouvelles qui percent le brouillard, l’ignorance de la vie quotidienne. Chemin de libération parcouru lentement au gré des rencontres qui ouvrent les unes après les autres des parcelles de connaissances. Chemin inconnu qui part de la tête et qui descend de plus en plus bas, de plus en plus loin en un va et vient libérateur, en une perception de plus en plus précieuse des tensions qui l’habitent et qui semblent exprimer retrait, révolte et soumission.
Observateur neutre, réfugié dans un coin de la conscience qui enregistre sans jugement le nouveau, l’insolite, le curieux pour le confronter, l’analyser, le transformer. Guidance mystérieuse qui oeuvre pour le bien de celui qui lui fait confiance et qui offre depuis trois ans des faits nouveaux, révélateur d’un cheminement souvent confirmé dans des textes et des livres.
Danse du ventre ou le ventre n’occupe pas sa place et qui révèle les tensions tirant celui-ci vers le haut.
Estomac comprimé par l’angoisse et la peur qui bloque la digestion et gonfle la poitrine. Bassin bloqué en position fermée qui empêche depuis longtemps l’ouverture à la vie. Bassin qui bascule vers l’avant et qui s’ouvre dans la joie de la délivrance. Position de foetus qui s’ouvre de plus en plus pour accueillir le monde et qui décharge enfin les lombaires du poids du monde. Épaules relevées qui essayent sans fin de quitter la perception du sol, de protéger des agressions passées du monde et qui ferme aussi en position foetale mon corps d’adultes.
Corps fermé comme une pince, corps qui reste dans sa coquille et qui ne vit pas la vie joyeuse et souple de l’ être fluide et lumineux.
Tension pesante qui ferme tous les muscles du corps dans un effort ancien de protection, de repli.
Tensions qui ankylosent un corps sans vigueur, épuisé par un travail permanent de peur qui bloque dans l’oeuf les courants de la vie. Lutte du bas, du haut pour s’ouvrir, se dresser pour faire face à la vie dans un mouvement d’accueil dans un mouvement de joie.
Lutte du bien et du mal qui prolonge un combat dont la raison ancienne se perd dans le brouillard du temps passé.
Etre en devenir, en individuation.
