Vue de dos.

A travers le miroir rond, pour la première fois, je regardais avec étonnement, mon corps  nu,  coté dos. La petite scoliose que le médecin avait diagnostiqué état bien là, discrète, à mi-corps. En plus d’être en avant  par rapport à l’épaule droite, l’épaule gauche était aussi plus haute. C’était un élément nouveau dans le schéma du corps qui apparaissait sous mes yeux. En plus des sensations corporelles qui laissaient apparaître un retrait par des tensions vers le haut, venait s’ajouter l’impact visuel de la torsion du haut du corps.

Par ce jeu de glace, j’avais la vue, pour la première fois du dos qui me faisait souffrir et qui portait à présent mes inquiétudes. Il n’y avait pas que la flèche douloureuse à mi-dos qui provoquait des douleurs lancinantes au niveau de la colonne. Il y avait cette sensation de torsion, comme un hélicoïde, une torsade, tournant le haut du corps.

S’ajoutait à présent, l’image de ces réalités intérieures.

Lentement des impressions revenaient à la surface de mes perceptions pour exprimer, pour donner sens au moment présent pour étoffer par la succession des faits qui s’accumulaient les uns après les autres,  la reconstruction d’une histoire, de mon histoire. La boule de laine se dévidait progressivement comme sur l’écheveau. Les fils mêlés s’ordonnaient de plus en plus.

L’image de l’arbre blessé dessiné, il y a longtemps par mon fils, était de nouveau sous mes yeux, avec la sensation parallèle d’y avoir perdu le souffle, dans une angoisse paralysante. C’était le dessus de l’arbre qui penchait à droite qui m’avait surpris, j’avais sous les yeux,  mon corps se penchant de ce coté à mi-hauteur.

Ce n’était pas mon fils ou ma fille qui était blessé, une fois de plus, avec le temps, je finissais par reconnaître qu’il s’agissait tout simplement de moi. C’était le symbole extérieur de la blessure que je portais, que j’avais comme engrammé dans la plastique de mon corps,  dans mes tensions, dans les mouvements faits et figés, il y a longtemps déjà.

Ce que je pensais à tord être le problème du fils, ce que je croyais voir chez lui,était en réalité, je le percevais clairement, plutôt la blessure que je portais et qui m’était réfléchie par le miroir que formait son dessin, avant de l’être maintenant par l’image de la réalité de ce dos.

L’émotion qui me coupait le souffle et suscitait une inquiétude n’était pas portée par le fils mais reflétée par le fils et sans doute avais-je au moment de l’événement l’âge que lui avait quand il m’avait reflété le mal que je portais en toute ignorance. Il suffisait à partir de la date du dessin de recalculer son age et me m’imaginer à  cet age pour retrouver l’année de la blessure.

14/2/99

Vibrations.

Elle était relativement neuve cette sensation. La première fois que j’en avais pris conscience,  c’était lors d’un jeu de balancement. Sans trop savoir pourquoi je faisais aller mon corps d’avant en arrière, me balançant sans doute au rythme de la musique. Imperceptiblement lentement, je cherchais la position d’équilibre celle du pendule dont l’oscillation s’arrête lentement. J’avais aussi en tête, l’image de la petite tirelire de mon enfance qui lorsqu’on glissait une pièce faisait osciller sa tête, quelques secondes en remerciement.

À ce mouvement conscient, volontaire succéda un blanc, moment d’immobilité ou une  nouvelle sensation apparu indépendante de ma volonté. Il y avait comme une flamme en moi partant des sacrés montant dans une sinusoïde immatérielle vers le haut du corps. J’observais l’événement à l’intérieur de mon corps.

Ce mouvement doux, lent immatériel semblait comme limité à hauteur de la ceinture. Le reste du corps n’y était pas associé. L’oscillation douce de gauche à droite semblait indépendante de l’environnement extérieur rempli par la musique et le chant choral, par la méditation aussi pendant l’office de onze heure.

La dernière retraite charismatique avait libéré des émotions au niveau du plexus donné plus de liberté, supprimé certaines tensions. Maintenant la vibration jadis découverte montait plus haut, jusqu’à hauteur des épaules apportant la douceur d’un massage intérieur profond. Un peu d’angoisse de ma part traînait, m’empêchant de laisser le mouvement se développer en dehors de mon contrôle. J’étais sur un chemin inconnu, sans appui intellectuel, dans un autre monde.

Octobre 92 F38