Vibrations.

Elle était relativement neuve cette sensation. La première fois que j’en avais pris conscience,  c’était lors d’un jeu de balancement. Sans trop savoir pourquoi je faisais aller mon corps d’avant en arrière, me balançant sans doute au rythme de la musique. Imperceptiblement lentement, je cherchais la position d’équilibre celle du pendule dont l’oscillation s’arrête lentement. J’avais aussi en tête, l’image de la petite tirelire de mon enfance qui lorsqu’on glissait une pièce faisait osciller sa tête, quelques secondes en remerciement.

À ce mouvement conscient, volontaire succéda un blanc, moment d’immobilité ou une  nouvelle sensation apparu indépendante de ma volonté. Il y avait comme une flamme en moi partant des sacrés montant dans une sinusoïde immatérielle vers le haut du corps. J’observais l’événement à l’intérieur de mon corps.

Ce mouvement doux, lent immatériel semblait comme limité à hauteur de la ceinture. Le reste du corps n’y était pas associé. L’oscillation douce de gauche à droite semblait indépendante de l’environnement extérieur rempli par la musique et le chant choral, par la méditation aussi pendant l’office de onze heure.

La dernière retraite charismatique avait libéré des émotions au niveau du plexus donné plus de liberté, supprimé certaines tensions. Maintenant la vibration jadis découverte montait plus haut, jusqu’à hauteur des épaules apportant la douceur d’un massage intérieur profond. Un peu d’angoisse de ma part traînait, m’empêchant de laisser le mouvement se développer en dehors de mon contrôle. J’étais sur un chemin inconnu, sans appui intellectuel, dans un autre monde.

Octobre 92 F38

Marie-Paule.

Au fur et à mesure où les mots s’inscrivaient sur la feuille blanche, les larmes s’écoulaient, de plus en plus fort le long de mes joues. Une émotion inconnue se vidait par celles -ci. Un abcès profond venait de trouver le chemin de son expression.Les mots destinés à Anne-Marie, une amie très proche, pour lui marquer mon amitié après son hospitalisation due à une tentative de suicide, s’étaient associés les uns aux autres pour lui proposer, si elle acceptait d’être, symboliquement, ma soeur Marie-Paule.

Cette proposition, cette marque d’amitié pour lier celle-ci à la vie, avait ouvert les vannes, du flot des larmes, celles qui n’avaient jamais été versées.

Ce petit bout fragile dans sa couveuse, était disparu de notre univers à la clinique de mon  pays d’origine, celle qui avait été dans sa vie si courte à mon adolescence, à mes 16 ans, le cinquième enfant de la famille. Face à cette mort injuste, soeur de mon coeur, brève rencontre du passé, petite-fille, petite sœur, j’étais resté muet, insensible et la famille avait sans cérémonie d’adieu, tourné la page.

Tu avais inscrit au fer rouge, la douleur dans mon cœur, inscris dans mon être en mai l’indicible et  si longtemps après avec tant de vigueur, les larmes apparaissent dans cette ambiance tragique qui bouscule, une amitié forte, un lien presque familial avec cette collègue de travail.

« Qu’est-ce que je pleure? »

Est-ce que je pleure aussi la perte profonde d’une soeur vaginale. N’est-ce pas là qu’est le sens de mes émotions face à l’émission de télévision, « Le bébé est une personne » et les mots de l’enfant vers une image « bébé mort ». .

Symbole qui résonne et sens profond pour moi.

N’est-ce pas là mon envie de signer, une lettre à la première fille qui est entrée dans ma vie par deux petits bonhommes en tête-bêche accolé curieusement à mon prénom.

Mémoires qui interpellent. Mystère du passé

Larmes qui s’évanouissent. Temps effacé.