La chambre aux pommes.

La nuit s’était terminée par un moment inhabituel ce matin- là, un moment de calme étonnant. Il faisait suite à une semaine de quinte de toux matinale pour expectorer les glaires fabriqués la nuit par une infection virale. Je n’avais pas le moindre souvenir d’une telle semaine d’effort fort bruyant dans le passé, pour assurer le libre passage de ma respiration. Deux extinctions de voix avaient été comme la parenthèse d’ouverture et de fermeture d’une infection dont je me serais bien passé. 

Fallait-il la relier aux circonstances extérieures à une perception du monde qui me tenait debout

Il valait mieux sans doute me taire, ne pas laisser aller mon imagination dans des projections ou des suppositions. Mon entourage ne les aurait pas acceptés.  Pourtant j’ai l’intime conviction que tout est lié, qu’une situation pénible et non parlée, entraîne une occlusion, ou comme dans certains textes une crypte. 

A ce point de vue j’étais servi. De quelle nature était, ce ramonage des bronches que m’apportait les quintes matinales ? Pas question de partager la chambre conjugale dans cette situation. L’isolement était propice à l’une pour une nuit tranquille, à l’autre pour une nuit d’agitation et de mal-être.

La phrase rapportée à table par une amie quelques jours après, au sujet de cette séparation m’avait fait sourire.   Reprise ici en titre, elle m’avait sembler tout à fait neuve en tout cas elle n’avait pas été entendue dans mon souvenir.

Description populaire, ancienne, d’une tension relationnelle, d’un excès de boisson, sans doute. Mais ici il était question d’un virus. Mais n’était-ce pas la même chose, l’un étant lié à l’autre. Et sur un terrain affaibli et mal aéré, les miasmes se multiplient.

Cette impression matinale était comme le calme plat après la sortie d’un orage, le plan d’eau calme après les rapides d’un torrent. 

Remarquable. Bienfaisant. Moment physique d’apaisement qui permettait de prendre la mesure de cette toux qui n’en finissait pas. Dommage que je ne puisse l’entendre extérieurement. Elle m’aurait fait percevoir s’il s’agissait de la toux qui m’a poussé à écrire jadis.

La fin d’une boucle de temps, la fin d’un cycle qui ramène au départ mais à un étage plus élevé, mesure du travail accompli . J’étais trop impliqué que pour y voir clair, seul me restait le bon sens pour laisser aller les choses, pour être dans l’état qui me semble une potion « Wu-Wei » comme disent des Chinois. Laisser-faire, laisser se faire, être présent, être conscient.

Perdu de vue

Suite à l’adresse du stalag II B – A.K.842 à Hammerstein retrouvée derrière une photo de famille, et une recherche d’information sur Internet, le message suivant a été trouvé dans le journal « Ostpreussenblatt ».

Merci pour tout indice nouveau permettant de retracer l’histoire de Georges, mon Oncle.

Prisonniers de guerre.

Dans une parenthèse de rangement, à l’étage dans mon bureau, mon attention se fixa sur la place incongrue d’une ancienne photo familiale. Elle n’était pas au bon endroit, détachée d’un album ou errante, elle aurait dû être dans la boîte à photos, dans l’enveloppe de l’année. L’ancienne photo présentait ma grand-mère, ma cousine Ghislaine partageant un moment de joie, avec mon frère aîné âgé d’un an et avec pour compagnons deux moutons, dans le pré devant la maison de la grand-mère. C’était probablement au printemps 1944. En lui cherchant une place dans la boîte à photos, je pris conscience que quelques-unes n’avaient pas de sens pour l’histoire familiale ; comme un paysage, un monument, un souvenir de voyage, un voisin ou un notable à une fête locale. De plus, un grand nombre d’entre elles n’avaient pas au dos d’indications pertinentes.

En retournant machinalement la photo non rangée, que je datais par l’âge de mon frère, qu’elle ne fut pas ma surprise, en plus de la mention au bic du nom des personnes, de découvrir une adresse inscrite au crayon. C’était celle du camp de prisonnier où était passé mon oncle à cette époque en Poméranie et la mention de son A.K (Arbeit Kommando) au Stalag IIB. Un cachet presque effacé manifestait l’action de contrôle de la censure. 

Avec stupeur, je comprenais que la photo avait été faite par mon père pour renforcer les liens avec son frère cadet, prisonnier et que la censure lui avait permis de la recevoir. Apparemment cette photo gardée précieusement était revenue aussi au pays, avec lui en 1945 probablement.Étonnement ! Mystère ?  Au fond dans l’échange entre familles et prisonniers il n’y avait pas que les colis, les lettres, il y avait aussi des photos montrant à ceux qui étaient bien loin des moments de famille propres à leur donner des périodes d’oubli de leur triste sort et comme des bouées, ces photos leur permettaient d’affronter le quotidien. Au retour de sa captivité, le dos de la photo était tombé dans l’oubli.

C’était comme si une vibration entretenue par un sujet local faisait résonance sur un événement du même type, dans d’autres circonstances. Synchronicité !

Mon article, au cercle d’histoire locale, à propos du courrier de deux prisonniers de guerre, tourné vers des personnes extérieures inconnues, ravivait en moi le désir d’en savoir plus sur ma propre histoire familiale, celle de mon oncle.

J’avais la semaine dernière fait un courrier à mes cousins pour solliciter les informations manquantes au sujet de leur père Georges conscrit, devenu prisonniers, les interrogeant sur leurs archives et de toutes informations telle que sa date de retour, son périple .Rien n’avait filtré par l’héritage de ma grand-mère.

En plus au hasard de la recherche internet, conduit par mon intuition, j’avais encodé à tout hasard, l’adresse de l’époque de celle-ci et obtenu la preuve d’une démarche d’un cousin pour retrouver un lien vers ceux en Allemagne où il avait travaillé. Y avait-il eu un succès, une information rapportée par celle-ci. En 1965, la démarche semblait possible.  C’était l’année qui a suivi celle du décès de mon père. Y avait eu une ouverture, un couvercle levé permettant de retourner au passé ? Mystère, le puzzle commençait à se préciser. Une ou 2 pièces étaient disponibles.

Suite au déplacement des allemands d’une partie de l’ancienne Prusse pour en faire un territoire polonais, la gazette Prusse tournée vers ceux-ci, recherchait entre autre le fermier W. Kühn de Bulitten qui l’avait hébergé en tant que prisonnier lié au stalag IIB de Hammerstein.

Etait-ce la bonne adresse qui paru dans ce journal ?

Que réservait l’avenir ? Peut-être en saurai je plus, bientôt.