CRABs

Alors que je travaillais à un article pour le cercle d’histoire sur des lettres de prisonniers de guerre en 40/45, je constatais que je ne savais rien à propos de la captivité de mon oncle en Prusse, à cette époque.Le contexte que pas mal de livres d’après-guerre, retraçaient m’était un peu mieux connu. Qu’elle ne fut pas ma surprise quand la tante de mon épouse, âgée de 98 ans, introduisit lors d’un récit sur sa jeunesse le mot « CRAB »(*) en rapport avec la jeunesse d’étudiante de feu, son mari. L’exode à cette période de pas mal de civils se décomposait alors entre les habitants ordinaires craignant les exactions des soldats et la classe des 18 /35 ans appelée à rejoindre l’armée comme ressource pour les futurs combats.

Un élément nouveau m’apparut alors, nos oncles respectifs étaient âgés de plus ou moins 20 ans en 1940. Nos oncles n’avaient pas participé à la campagne de mai 40 probablement, ils devaient être dans les futurs conscrits. L’alter ego lui était étudiant à l’université.

J’apprenais aussi dans le cercle familial qu’il avait été dans un camp près de la mer en France où il allait vivre une odyssée bien différente de mon oncle car il en était revenu quelques mois plus tard, pour reprendre ses études de médecine.

Mon oncle, revenant du Sud de la France, avait été embarqué à Paray-le-Monial dans un train qu’il l’avait emmené en Allemagne pour 4 ans.Je n’avais pas su comment il en était revenu. Aucune trace écrite ni journal n’avait été tenue par lui pendant son activité dans le commando de travail A.K.842 dans lequel il avait été en travail forcé.

Lors de la cousinade chez ma femme le mois dernier, le sujet du CRAB avait été soulevée à nouveau et j’avais appris l’existence d’un journal écrit par cet oncle, journal dont j’espérais à présent connaître les détails pour clarifier les contraintes de l’époque où ces jeunes avaient été bousculées par ces circonstances inimaginables.

Un autre élément apparut aussi dans cette fratrie, la sœur aînée avait un conjoint qui lui aussi avait été prisonnier 6 mois dans le fort militaire de la ville où j’étais né. Là, aussi je me devais de poser quelques questions pour clarifier cet épisode de vie.

Lentement des indices de cette époque revenaient à la lumière, clarifiant le passé me permettant de retracer étape par étape ce qui avait été trop longtemps enfoui dans les inconscients familiaux. Au fond comme prisonnier de guerre n’avait-il pas eu la récompense par rapport aux fusillés, aux déportés, d’être revenu vivants.

Retrouver les circonstances de leur retour n’était pas une sinécure. La page semblait définitivement tournée. La presse ancienne, actuellement disponible électroniquement, n’en avait pas beaucoup parlé. Elle était presque muette à ce sujet. 

Sans doute des cérémonies de retour, avaient rassemblés ceux qui revenaient mais aucune trace écrite n’en était restée. Les archives éparses n’étaient pas accessibles facilement. Qui les avaient encore dans ses tiroirs ?

L’oubli était maintenant leur stèle.

(*) CRAB  Centre de recrutement de l’armée belge.

Léon..on.

Ce prénom ancien est devenu le résumé d’une péripétie curieuse que me rapporte ma fille lorsqu’elle me visite. C’est une onomatopée. Léon..on. rappelant qu’à  Ecausinnes, il est célèbre. Il possède une page sur Facebook où l’on peut suivre ses pérégrinations.

Et comme le prononce ma fille, Léon..on. est un paon volage qui se promène dans la localité et dont je viens de recevoir la photo prise dans le jardin de celle-ci.

Léon..on se promène, Léon..on cherche, se fait connaître et  je le connais.

Est-ce pour cela que dans ma méditation, au bout de la nef en attendant l’organiste, je l’ai à mon tour découvert, oui là au-dessus du maître d’hôtel, dans la décoration symétrique, en chapeau. Je ne vois plus une corne d’abondance comme je le voyais précédemment, j’y vois à présent, des paons, imaginés, vus, interprétés. L’un à gauche, l’autre à droite et pourquoi pas.

C’est mon imagination, ma facilité à entrer dans la paréidolie, qui m’ouvre cette perspective, qui conduit cette écriture. Elle me donne de l’émotion actuellement.

Depuis bien des années, beaucoup de symboles ont disparus, il n’y a plus de sens caché accordé aux images. Quoi que ! Avec les émoticônes, les émojis cette propension du passé revient doucement. Icônes- images -sentiments -sensations.

Ma connaissance des symboles est modeste, maigre mais je m’appuie régulièrement sur « Le dictionnaire des symboles » voyage dans le temps pour en rejoindre les expressions, les auteurs et ceux qui les ont utilisés dans le passé. Voyage dans l’espace, le rêve.

Voyage dans l’imaginaire pour associer des moments particuliers en leur donnant un sens non scientifique, autre mais surtout une autre dimension, parfois poétique. Toujours surprenante, Étonnante.

En ce 15 Août, Jour de l’Assomption

La chambre aux pommes.

La nuit s’était terminée par un moment inhabituel ce matin- là, un moment de calme étonnant. Il faisait suite à une semaine de quinte de toux matinale pour expectorer les glaires fabriqués la nuit par une infection virale. Je n’avais pas le moindre souvenir d’une telle semaine d’effort fort bruyant dans le passé, pour assurer le libre passage de ma respiration. Deux extinctions de voix avaient été comme la parenthèse d’ouverture et de fermeture d’une infection dont je me serais bien passé. 

Fallait-il la relier aux circonstances extérieures à une perception du monde qui me tenait debout

Il valait mieux sans doute me taire, ne pas laisser aller mon imagination dans des projections ou des suppositions. Mon entourage ne les aurait pas acceptés.  Pourtant j’ai l’intime conviction que tout est lié, qu’une situation pénible et non parlée, entraîne une occlusion, ou comme dans certains textes une crypte. 

A ce point de vue j’étais servi. De quelle nature était, ce ramonage des bronches que m’apportait les quintes matinales ? Pas question de partager la chambre conjugale dans cette situation. L’isolement était propice à l’une pour une nuit tranquille, à l’autre pour une nuit d’agitation et de mal-être.

La phrase rapportée à table par une amie quelques jours après, au sujet de cette séparation m’avait fait sourire.   Reprise ici en titre, elle m’avait sembler tout à fait neuve en tout cas elle n’avait pas été entendue dans mon souvenir.

Description populaire, ancienne, d’une tension relationnelle, d’un excès de boisson, sans doute. Mais ici il était question d’un virus. Mais n’était-ce pas la même chose, l’un étant lié à l’autre. Et sur un terrain affaibli et mal aéré, les miasmes se multiplient.

Cette impression matinale était comme le calme plat après la sortie d’un orage, le plan d’eau calme après les rapides d’un torrent. 

Remarquable. Bienfaisant. Moment physique d’apaisement qui permettait de prendre la mesure de cette toux qui n’en finissait pas. Dommage que je ne puisse l’entendre extérieurement. Elle m’aurait fait percevoir s’il s’agissait de la toux qui m’a poussé à écrire jadis.

La fin d’une boucle de temps, la fin d’un cycle qui ramène au départ mais à un étage plus élevé, mesure du travail accompli . J’étais trop impliqué que pour y voir clair, seul me restait le bon sens pour laisser aller les choses, pour être dans l’état qui me semble une potion « Wu-Wei » comme disent des Chinois. Laisser-faire, laisser se faire, être présent, être conscient.