Grosses galettes

Sous l’appellation iconoclaste des vacances d’automne, j’ai retrouvé l’appellation traditionnelle des Vacances de Toussaint, première période de vacances, après la rentrée mais pas seulement. 

Une mémoire passée refait surface, c’est un retour de longue durée, après le pensionnat du collège, à la maison, dans l’ambiance familiale et son esprit festif. Ce sont les senteurs émanant de la cuisine, la chaleur de la famille autour de la table.

Est-ce pour fêter ce retour que j’ai cherché vainement le petit livre rouge, il y a quinze jours, non pas celui consacré à Mao, mais mon écrit, trésor de mémoire de mes plats préférés. 

Il avait disparu de son rangement vertical, dans l’armoire de la cuisine. Finalement, c’est le hasard qui 2 jours après me le rendait. Il s’était couché, invisible sur le fond de la planche de l’armoire.

Comme un fil rouge cherchant son chemin, une autre mémoire s’ajoute, cette fois pour un planning mal construit. A la visite de ma sœur après celle du cimetière, je trouvais sa porte close, elle était absente.

C’est le soir qu’elle m’avait dit au téléphone, « J’avais fait des galettes, tu ne les mangeras pas ».

Le mot -galettes- était sauvé de l’oubli. Ce mot bénit de notre enfance ou en prévision du rassemblement familial en la fête de Toussaint, nous étions tous autour de la table de fête à évoquer les souvenirs divers.

Pour marquer mon parcours de vie, j’avais relevé dans ce cahier rouge, les recettes de ces galettes dite « Grosses galettes » à l’opposé des gaufres plus légères et bien différentes.

Ce cahier rouge refait surface, avec ces moments heureux avec mes enfants, mes petits-enfants.

N’avais-je pas vécu, avec eux, des moments mémorables, en faisant selon le rituel, des boulettes de pâte, les cuisant, empilant les galettes chaudes et odorantes sur une claie. Construction lente de ces délices à déguster avec les enfants.

Ayant manqué cette année celle de ma sœur, qu’elle ne fut pas ma surprise de recevoir de mon petit-fils Loïc, la photo d’un lot qu’il avait réalisé faisant mémoire de son expérience à mes côtés. Dégustation par les yeux sans doute, mais moments de mémoire douce et chaleureuse de ce temps passé autour du fer à gaufres, avec eux.

Mystérieuse coïncidence, hier mon fils de passage aussi pour faire mémoire de ces liens familiaux et me réclamait la recette de celles-ci.

Ambiance d’automne, grisaille, humidité qui pousse chacun à se réfugier dans son cocon pour affronter ce temps particulier où les jours sont froids, courts, pluvieux.

Mémoire des moments joyeux, constructifs bâtissant la réserve de douceur non pas pour passer l’hiver mais quelques jours, en les dégustant ensemble ou en catimini en anticipant le repas, et pour moi, en descendant dans le garde-manger de la cave, jadis.

Mémoire de ces moments, de ces senteurs incomparables, mémoire d’une recette de mon enfance conduite par Laure, ma grand-mère maternelle, à la campagne autour de son poêle à charbon ou de nôtre, quelques années plus tard.

Mémoire que j’ai portée pour mes enfants, mes petits-enfants et que je reçois avec joie en retour, en ces vacances de Toussaint 2025

Petit livre rouge-Recettes

Le labyrinthe d’Amiens

Pour la fête des pères cette année, elle m’avait fait la proposition d’être mon chauffeur pour partir à la découverte du labyrinthe d’Amiens qu’elle venait de parcourir, lors d’un passage récent dans la ville étape, pour aller saluer son fils bien plus loin, en formation aux compagnons charpentiers en Normandie.

Au fond je ne savais plus si j’étais passé précédemment dans cette cathédrale ou dans celle de Chartres lors de mes voyages de vacances. Elle pouvait jouer le rôle d’enseignante dans un domaine où elle était devenue, au cours du temps bien experte, intéressée par le symbole ancien. Elle en savait bien plus que moi sur ce sujet.

Mes souvenirs datant de mon adolescence, de mon père qui avec plaisir nous parlait de ses acquis des mythes Grecs et latin. Si j’avais un vague souvenir du minotaure, logé au fond du labyrinthe et du fil d’ariane qui avait permis à Thésée de sortir de celui-ci, je ne les avais pas refréquentés ou transmis à mes enfants. C’était le moment d’être enseigné par elle, d’être en non savoir dans cette cathédrale. 

Ainsi au bord de l’espace dégagé, pour la figure de ce dessin noir et blanc sur le sol, je l’avais suivie plongée dans ses pensées et regardé parcourir l’aller et le retour à l’aise d’un pas régulier et concentré.

Au retour, elle me dit « C’est ton tour maintenant. » Je l’avais suivie, je l’avais vu, n’était- ce pas suffisant ? Il me fallait être plus conséquent, me mettre à l’œuvre, entrer dans cette grande tradition dont je ne connaissais pas grand-chose, et pas d’une manière intellectuelle, mais concrète, un pied devant l’autre assidûment. 

Tout ce trajet de chauffeur à mon service, devait servir à l’expérience, à la mise en route. Plus question de rester sur le bord, il me fallait m’engager, me mettre en route. Construire avec elle un lien mémorable, fort. Pas de théorie, de la pratique, une sorte de pèlerinage car c’était le sens facile à percevoir après quelques mots sur l’expérience. Mon attention devait être soutenue pour ne pas manquer la ligne noire de pavés, en prendre une voisine mais erronée, allez où elle était allée avec beaucoup de conviction.

Surprenant trois personnes me suivaient à quelques pas et au cours du parcours à chaque proximité de nos lignes, le sac à main de la dame me cognait. Elle ne l’avait pas changé d’épaule. Maintenant à chaque frôlement, l’objet me touchait. 

Le parcours aller se terminait sur un carré. J’étais au centre. Avant d’effectuer le retour, une petite pause, je me préparais pour laisser à ceux qui me suivaient de la place sur le centre et sortait de ma concentration quand, une tierce personne, en direct sans faire le parcours, s’approcha pour me questionner sans doute m’interroger sur le sens de ma démarche, j’imagine. Je l’accueillais.

Mais ne pas suivre ses conseils de concentration, me laisser rattraper et interpeller dépassa son entendement, elle s’approcha pour me remettre en selle et demanda à la personne intruse de reprendre sa place, de respecter mon cheminement.  Me coupant me semble-il, d’une interaction intéressante et probablement unique et pourquoi pas d’une fée. C’était pour elle, mon introspection, elle devait être respectée. Elle poursuivi l’interaction, en éloignant la personne manu militari sur le bord du motif noir et blanc, avec 2 ou 3 visiteurs, pour une conversation dont elle m’avait privé.

Mon parcours de retour fut réussi. Mon intention n’avait pas faibli, nous étions à présent deux à l’avoir fait et pouvions partager. 

Temple de Pascal

Pour être dans la logique de notre action, avec l’équipe de bénévoles active depuis si longtemps au home, il n’était pas imaginable de ne pas ensemble, sous le regard de notre foi commune, de lui dire Adieu.

Comme témoins, nous n’étions pas dans les rouages des décisions, qui appartenaient, en cas de décès, soit à l’un, notaire ou à l’autre, chargé de pouvoirs, des affaires courantes et terminales qui la concernait.

J’avais toujours eu l’impression que notre action hebdomadaire, renforçant la vitalité de notre groupe de fidèles résidents, étaient reconnues pour sa valeur et sa qualité. Illusion bien sûr.

C’est en dehors de toutes mes convictions que j’ai accepté de participer à son dernier hommage à Clarisse, au funérarium, conduit par un inconnu, le Père Pascal.

Quel ne fut pas mon étonnement d’être confrontés dans mon domaine d’action bénévole a une secte mystérieuse qui s’implantait de plus en plus et dont je n’avais jamais entendu parlé dans l’espace religieux et catholique. Il était habillé d’un cape-chasuble comme les prêtres avaient, il y a 70 ans mais maniait un pc portable pour sa musique.

Même le journal Dimanche n’en avait pas parlé, pas plus qu’au vicariat. Et aux visiteurs de malade, comme au vicariat, regarde-t-on ailleurs qu’au ciel.

Il écume des funérariums (C’était son 3ème show de la journée)

J’avais perdu de vue, que comme dans mon adolescence, le monde n’était pas aussi simple qu’au village mais restait un monde d’influence, de prédateurs, d’intérêts divers. Politiquement au village, il y avait deux clans, celui des catholiques et des socialistes, et chacun pour ses affaires d’éducation et de commerce. Mais pour la religion, en plus des catholiques, des témoins de Jéhovah, il y avait une secte religieuse celle des « antoinistes », infréquentable.

Dans ces années de vie, ici à la ville, l’idée de sectes avait disparu, sans doute y avait-il les religions orthodoxes,  protestantes, des musulmans mais leur présence était entendue et acceptée. Celle des témoins de Jehova à l’occasion à la porte.

Étonnement, désarçonnant cette église gallicane de Belgique ? Bien présente sur Youtube. Et comme oiseaux, nous étions mis au sol par un coucou.

Sachant cela avant, par respect aussi pour notre aumônier, nous aurions été au cimetière pour la prière.

NB-Pour mon frère, sur la rive de Meuse, il y deux ans, les pompes funèbres mandatées ont six funérarium. Nous étions dans un zoning industriel, éloignés du centre, de l’église. Je comprends maintenant que ses filles soient tombées dans le panneau.(c’était probablement un de ses adeptes qui a fait la prière et l’hommage.)