Douleurs dans les pieds.

Depuis des semaines, des jours, j’ai peine à certains moments, le matin à poser un pied devant l’autre. J’ai mal aux pieds. Mes appuis me font mal. Douleur sourde qui s’exprime malgré moi. Difficulté d’avancer sur mon chemin, de prendre à bras-le-corps la journée qui commence.

Ah prendre mon pied pour l’adoucir, l’assouplir lui rendre sa plasticité. Mais comment ?

Quelques massages de pied à l’occasion pour changer la donne, pour atténuer ces douleurs. Quelque chose bloquait là, en dessous, exprime sa peine, son insatisfaction.

Douleur-tension, douleur-message.

Quatre ans plus tôt une douleur comme une aiguille me transperçait le pied gauche. Douleur fulgurante m’empêchant presque de prendre appui sur le trottoir. Douleur passagère juste avant de prendre le bus pour une visite de courtoisie à mon ancien lieu de travail. Douleur qui exprimait mon désarroi, ma souffrance d’avoir dit adieu à ce lieu qui m’a comblé les dernières années. Ambiance vivante et dynamique où j’étais devenu au fil du temps le doyen puis un des premiers pensionnés.

Maladie de Morton pour les érudits, douleurs semblables à une épingle traversant la plante du pied. Douleur qu’une semelle atténue, semelle surnuméraire.

Douleurs aiguilles qui s’atténuent au fil du temps. Marche tranquille qui suit et qui atteste d’un mieux. Retour de cette douleur sous une présence plus large atténuée et sourde qui atteint plus l’espace sous les orteils. Tensions qui construisent un coussin de peau épaisse comme pour protéger cette plante de pied qui fait des siennes.

Est-ce fondamentalement difficile de me mettre en route le matin?

Ma vie est en bascule, mes certitudes effacées, mon cœur brisé. Mes pieds aussi expriment cette douleur qui me traverse. Insensibilité qui s’évanouit pour libérer d’anciennes douleurs. Changement d’allure, de structures qui entraînent de fil en aiguille les tensions d’appui pédestre. Douleur mouvante qui va et vient qui semble s’atténuer mais qui est là sournoise.

Par la fenêtre à la session de méditation, je fixe le marronnier au centre du parking. Il est en fleurs à cette saison. Son tronc trapu s’enracine quelque part dans le sol sous d’innombrables racines.

À mon image extérieure s’anime une image intérieure, mes pieds sont sur le sol, ils s’enracinent, plutôt ne s’enracinent pas bien. J’ai des appuis déficients, mes orteils sont crispés et sont là comme décor sans participer au portage de mon corps, seule une partie du pied est utile.

Du côté intérieur, je sens la voûte plantaire, je la sens, je n’ai pas les pieds plats. Mais mes doigts de pieds, là devant n’y sont pour rien sinon comme un décor inutile et encombrant. Comme un hiatus dans le flux de la portance

Symbole de prudence, d’inaction peut-être ?

Ils sont là décors, attendant un réveil qui tarde.

Enracinement à revitalisé à l’avant pour améliorer le flux d’énergie qui s’offre par la terre.

 

Yo-yo

Emotion qui s’éveille à hauteur du ventre, animal souterrain qui se meut vers les cotes, occlusion voyageant cherchant une expression. Yo-yo.

Forte volonté qui repousse l’insecte se coulant sous la peau vers le cou.

Temps qui passe et qui chasse la peur des tissus.

Temps patiente, arrête l’émotion se réveille.

Taupe mystérieuse qui se creuse un passage plus loin, de plus en plus haut.

Sensation sous la peau, qui monte aujourd’hui bien moins loin que demain.

Emotion d’un mystère, trace du passé qui monte, qui monte. Yo-yo.

Emotion élastique qui s’élance et qui passe presque au travers de la gorge, émotion qui s’élève à hauteur de la bouche et qui vaincue s’effondre  pour rejoindre son antre. Yo-yo.

Vague vibrante qui monte jusqu’au épaules qui bloquent, vague qui se retourne, vague qui s’effondre. Tristesse qui se reprend pour mieux sauter demain. Yo-yo.

Coup de bélier, coup de butoir, vague montante, blocage.

Un non-dit se réveille et cherche la conscience, vague de fond qui veut se mettre à jour. Vague d’effroi qui se fige. Yo-yo.

Tristesse des bas-fonds qui noue la gorge affolée. Sensation d’enfance, qui cherche son chemin, profonde et réveillée, elle vient, elle monte. Yo-yo.

Tremblement du passé, tremblement actuel comme un monstre affolé, qui rode.

Mon corps veut redire ce qui l’a tant blessé. Yo-yo.

2/3/2000

Petit matin.

Douleur lancinante qui empale ma nuit, douleur qui éveille pour la nième fois. D’où l’heure du petit matin, du creux de la nuit. Douleur qui empale. Douleur à l’aine. Haine qui transperce ma virilité. Douleur qui prostre, prostate.

Une fois de plus à cette heure indue de la nuit, je suis plié en deux. Par quelques mouvements, j’essaye d’apaiser cette sourde présence, fantôme de ma virilité.

Qu’est ce qui est touché, qu’est ce qui me touche. Phantasme d’une nuit. Avant la rémission pour quelques jours pour quelques mois. Douleur qui perce à jour mes secrets de la nuit, douleur pure et dure perçant un voile d’obscurité, douleur de la nuit.

Petit matin vaseux où le bruit de la pluie seule perce ma solitude d’homme au foyer, d’homme réfugié dans sa tanière, se léchant des blessures reçues à son préavis début février.

Associations qui se jouent dans un champ de mémoire, petits tourbillons qui se meuvent au bord de la conscience, forme souple et virile qui cherchent leurs expressions et que je cueille étonné, en ce jeudi matin.

Textes de mon vécu de ces derniers mois qui me renvoient aux émotions profondes qui me retournent, comme un sillon la terre.

Association étonnante des plis du temps dans ma vie professionnelle qui me trouve deux fois sans travail, à quelques jours près dans l’écoulement des saisons, début février. Coïncidence, Hasard.

« Que vas-tu chercher là ». Ecoute, observe, c’est ce qui se passe, Accepte.

Temps de travail compté en années et qui deux fois prennent la même durée, 12 ans trois mois pour se terminer deux fois dans le même scénario, le préavis.

« Que vas-tu chercher là ». Ecoute, observe, c’est ce qui se passe, Accepte et cherche le sens si faire se peut.

Comme un programme invisible engrammé dans mes cellules, ma vie de travail s’arrête brusquement passé la douzième année dans un cadre de travail et m’oblige à une expulsion brutale, à vivre un deuil impossible de liens tissés au cours de ce temps, a m’arracher à la sécurité bienveillante d’un milieu protecteur, pour me retrouver nu dans l’incertitude. Deuils à faire, deuil toujours à refaire, deuil impossible peut-être à faire encore.

Fin janvier, en lisant un conte de Colette Nys-Mazure, sur le train, une semaine avant l’évènement, une onde profonde de tristesse, montait de mon ventre, vers mes larmes, un flot profond, comme une vague s’était réveillé par l’atmosphère émouvante crée par l’écrivain.

Une émotion intérieure profonde s’était mise en route comme une anticipation de l’évènement douloureux qui allait m’atteindre le lundi suivant.

Un deuil intérieur impossible se mettait en scène pour culminer dans des larmes d’enfants qui m’agitent et qui sortent dans mes moments de solitude, comme si un enfant inclus en moi pleurait toujours. Larmes en écho, de ma fille, à qui j’offrais de manière impossible, malgré moi cette douleur en son anniversaire comme pour lui dire que la douleur qui l’habite n’est pas la mienne, ni la sienne mais qu’elle est douleur transmise dans les plis du temps, de mon temps, de son temps.

Douleur d’un passé obscur  qui nous a toujours habité et dont nous n’avons le sens de l’évènement du passé qui nous habitent, qui nous hantent comme un fantôme, douleur à la recherche des mots perdus un jour dans des émotions profondes et refoulées et qui cherche maintenant dans son temps dans mon temps leur expression. Laure, Laurence pourquoi ce lien entre une fille et son arrière grand-mère par les pères. lien inconscient crée, il y a plus de trente ans par l’association des prénoms.

Douleur profonde de l’arrière petite fille, infirmière pour soigner les blessures que les générations n’ont pas pu par leur mutisme et leur refoulement mettre à plat, exprimer en larmes. Psychogénéalogie qui revient en force à propos de ces phases temporelles, têtes de vagues puissantes qui mettent en ce début de février à mal, père et filles.

-24-2-2000