Bas-relief

Double image

Lorsque ma vue diminue, que je deviens presbyte, il me reste a mettre des lunettes, a trouver le filtre adéquat pour que le message, écrit noir sur blanc, depuis longtemps sur un document connu, me revienne clair et net dans l’esprit.

C’est un sujet quotidien, connu de tous. Chacun y est confronté.

Ici pourtant, avec cette image de bas-relief, je suis confronté à autre chose.

C’est neuf pour moi. Je n’ai pas changé de lunettes, au moment où cela m’est parvenu un flash dans la tête. Il y avait mystérieuse, une autre image, sur le même objet. J’entrai dans l’inconnu. Ce n’était plus un bas-relief mais un message venu de l’année 1750 qui me parlait.

Un voyage dans le temps ?

L’artiste inconnu, sculpteur sur bois, avait avec le concours d’un peintre, transmis un symbole, non pas secret, mais accessible s’il y avait de la part de celui qui regarde, un arrêt du temps d’activité, vers un temps d’attente, de méditation.

Puis brusquement, un relâchement, un étonnement, une découverte décapante.

Un symbole, un enseignement.

Surpris, étonné, enthousiaste, j’ai voulu partager ce passage, ce basculement interne, d’une sensation à une autre. La plupart du temps sans succès. 

Mon voisinage, semblait a cent lieues du jeu proposé, me prenant pour un doux rêveur, réticent à tenter l’aventure, a quitter son train-train quotidien. 

Bien sûr, il n’y avait qu’un jeu à faire sans bénéfice, sans utilité.

Au fond un voyage, vers d’autres perspectives.

C’est devenu une obsession, partager ce moment avec d’autres.

Pas évident ?

Inutile ? Improductif ?

Enter dans un lâcher-prise, momentané sans doute ou insécurisant. Qui sait

Double vue de ma part. Ou univers qui m’apporte des moments fastes pour affronter les turbulences de la société qui dérive, se durcit, se noirci.

Je ne peux m’empêcher non plus d’être en admiration pour ces artistes qui ont doublé la personnalité du bas-relief en superposant un symbole qui ouvre des perspectives.

Mais là on quitte le visuel pour entrer peut-être dans le domaine qui serait le lien avec l’endroit et les symboles d’enseignement, perdu au cours du temps.

Qui vivra verra.

Le labyrinthe d’Amiens

Pour la fête des pères cette année, elle m’avait fait la proposition d’être mon chauffeur pour partir à la découverte du labyrinthe d’Amiens qu’elle venait de parcourir, lors d’un passage récent dans la ville étape, pour aller saluer son fils bien plus loin, en formation aux compagnons charpentiers en Normandie.

Au fond je ne savais plus si j’étais passé précédemment dans cette cathédrale ou dans celle de Chartres lors de mes voyages de vacances. Elle pouvait jouer le rôle d’enseignante dans un domaine où elle était devenue, au cours du temps bien experte, intéressée par le symbole ancien. Elle en savait bien plus que moi sur ce sujet.

Mes souvenirs datant de mon adolescence, de mon père qui avec plaisir nous parlait de ses acquis des mythes Grecs et latin. Si j’avais un vague souvenir du minotaure, logé au fond du labyrinthe et du fil d’ariane qui avait permis à Thésée de sortir de celui-ci, je ne les avais pas refréquentés ou transmis à mes enfants. C’était le moment d’être enseigné par elle, d’être en non savoir dans cette cathédrale. 

Ainsi au bord de l’espace dégagé, pour la figure de ce dessin noir et blanc sur le sol, je l’avais suivie plongée dans ses pensées et regardé parcourir l’aller et le retour à l’aise d’un pas régulier et concentré.

Au retour, elle me dit « C’est ton tour maintenant. » Je l’avais suivie, je l’avais vu, n’était- ce pas suffisant ? Il me fallait être plus conséquent, me mettre à l’œuvre, entrer dans cette grande tradition dont je ne connaissais pas grand-chose, et pas d’une manière intellectuelle, mais concrète, un pied devant l’autre assidûment. 

Tout ce trajet de chauffeur à mon service, devait servir à l’expérience, à la mise en route. Plus question de rester sur le bord, il me fallait m’engager, me mettre en route. Construire avec elle un lien mémorable, fort. Pas de théorie, de la pratique, une sorte de pèlerinage car c’était le sens facile à percevoir après quelques mots sur l’expérience. Mon attention devait être soutenue pour ne pas manquer la ligne noire de pavés, en prendre une voisine mais erronée, allez où elle était allée avec beaucoup de conviction.

Surprenant trois personnes me suivaient à quelques pas et au cours du parcours à chaque proximité de nos lignes, le sac à main de la dame me cognait. Elle ne l’avait pas changé d’épaule. Maintenant à chaque frôlement, l’objet me touchait. 

Le parcours aller se terminait sur un carré. J’étais au centre. Avant d’effectuer le retour, une petite pause, je me préparais pour laisser à ceux qui me suivaient de la place sur le centre et sortait de ma concentration quand, une tierce personne, en direct sans faire le parcours, s’approcha pour me questionner sans doute m’interroger sur le sens de ma démarche, j’imagine. Je l’accueillais.

Mais ne pas suivre ses conseils de concentration, me laisser rattraper et interpeller dépassa son entendement, elle s’approcha pour me remettre en selle et demanda à la personne intruse de reprendre sa place, de respecter mon cheminement.  Me coupant me semble-il, d’une interaction intéressante et probablement unique et pourquoi pas d’une fée. C’était pour elle, mon introspection, elle devait être respectée. Elle poursuivi l’interaction, en éloignant la personne manu militari sur le bord du motif noir et blanc, avec 2 ou 3 visiteurs, pour une conversation dont elle m’avait privé.

Mon parcours de retour fut réussi. Mon intention n’avait pas faibli, nous étions à présent deux à l’avoir fait et pouvions partager. 

Parcours d’artistes


Elle est en route à nouveau pour une participation comme peintre à un parcours d’artistes. 
A l’image de son voisin du parcours précédent, elle souhaite ajouter un commentaire du genre haïku à ses peintures. Elle m’en parle et je relève le défi ; mettre en 3 vers, en syllabes codées, un poème en relation avec ce qui est sur son tableau.
Mon regard sur ces toiles n’est plus superficiel rapide comme celui des visiteurs en balade, un après-midi pour passer leur ennui. 
J’observe attentivement la composition sous mes yeux, je me laisse impressionné par le thème défini en partie dans le titre qu’elle leur donne. 
Me voilà en recherche des mots qui pourraient être adéquats, qui pourraient eux aussi exprimer quelques sentiments, quelques expressions en écho à ce qui pourrait être, ce qui est à lire, à percevoir, à comprendre dans l’image.
La peintre est dans l’image patiemment composée, je suis dans ma tête, mon mental à chercher les mots qui pourraient convenir. Hypothèse bien sûr. 
Est-ce ma sensation en écho qui apparaît, le résumé de celle qu’elle a posé sur la toile ? Mystère.
Ce va-et-vient me plaît me remet en contact avec les émotions qui m’agitent face à ce que je regarde. 
Comme un maçon à son mur, je pose les mots dans les cases, compte les syllabes pour être dans le genre du poème que j’imagine, subtil. Impression figée, par le texte lisible ou illisible selon celui ou celle qui le parcours, le lit.
Cette composition d’un nouveau genre, m’occupe, me met en voyage dans les nuages, dans le rêve, dans les phantasmes peut-être. Rien n’est réel, tout est subtil. 
Valable à un moment, impossible à un autre.
La préparation de l’ensemble a ses codes, je les découvre. Mes textes sont trop grands. Font-ils de l’ombre. Je les réduits en taille. La plupart sont à plat, sur une chaise, en seconde lecture. Logique, l’essentiel est la peinture. Nous sommes dehors, le temps est splendide.
Le temps du parcours par les visiteurs est là, je suis en place en attendant le va-et-vient.
Étrange impression de surfer sur des moments irréels, quelques mots au passage avec les visiteurs pour expliquer la démarche, pour les ouvrir à leur décodage, à leur perception d’une réalité qui fuit, se transforme.
Une ou l’autre rencontre, conjonction d’échange vrai. Rare.
Ce monsieur qui récite un haikus qui l’a touché ou celui qui me parle de ce qu’est pour lui le temps, cette dame qui entend et découvre un nouveau rythme par le poème que je récite à vive voix, ou celle qui confirme ma vision. Elle voit aussi des larmes, Un enfant dit : « Mais il n’y a que des femmes sur les tableaux ! »
Moment technique avec le photographe voisin, qui décrit la richesse et la vitalité de la nature en pose pour ses photos.  Moments éphémères, légers, espoir d’un échange qui disparaît dans l’indifférence, les temps d’attente des visiteurs.
Le premier jour, la météo n’est pas encore celle de l’automne. Pour moi, c’est l’été indien, les derniers beaux jours. Dans la mare, les carpes « Koïs » réclament de la nourriture, détournent l’attention des visiteurs. La fontaine scande l’espace de bruits humides et quelques fois, le crapaud croasse. 
Moment suspendu dans le temps, perception d’une lumière qui s’affaiblit et qui est celle de l’automne, des feuilles qui changent de couleur. 
Les derniers passants, les dernières suggestions et le moment de rangement qui ferme l’après-midi au soleil. C’est la clôture du parcours de ce premier week-end.