Une autre coquille

Quelque part dans mon subconscient, une image forte s’est incrustée, celle de la coquille Saint-Jacques. Elle ne vient pas du côté cuisine, des fruits de mer mais du symbole que pas mal de personnes ont emporté sur le chemin de Saint-Jacques, pour un pèlerinage. Mon chemin à moi n’est que court, il m’a conduit à l’église voisine pour un inventaire du patrimoine. C’est là que j’ai été touché. Que faisait une coquille de St-Jacques sur le portillon d’entrée du prêtre, dans les 2 confessionnaux ?

Dans le passé sur les bâtiments, les monuments, certains plus remplis de symbolique que d’autres, veillaient à mettre dans leur travail, un message pour ceux qui ne savaient pas lire ni écrire. Un symbole qui les toucherait dans leur perception du monde, pas celui du réel mais de l’autre, de l’imaginaire, de la transcendance. 

C’est pour les nobles, les écussons, les armes, pour les notables ou les sociétés secrètes des sigles, pour les commerçants des enseignes.

En entrant dans le salon, chez Philippe, à gauche, je remarque pour la première fois, une cheminée de marbre à la décoration ancienne, d’un style qu’un spécialiste décrirait certainement. J’ai vu cette fois, vu ma perception récente, sur le portillon, le symbole d’une coquille Saint-Jacques. Qu’a voulu transmettre le maître d’œuvre de la construction ? Était-ce un pèlerin ou était-ce l’artiste sculpteur qui l’a taillé ?

Le mystère ne sera pas facile à dévoiler. Mais que pourrait nous dire ce symbole aujourd’hui où tout va si vite ou plus rien n’a de sens, où l’on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

Je m’imagine il y a 100 ans, l’électricité est en route, il n’y a pas de chauffage central. Le foyer, l’âtre est le centre de vie dans la maison. Le soir, à la bougie, l’on devise, l’on raconte, les événements, les histoires du jour, les projets, les objectifs de vie.

C’est le premier sens que je vois à cette coquille. C’est aussi globalement une synthèse des 4 éléments de base de la vie ;  la terre, le feu, l’air, l’eau.

– la terre par les morceaux de bois qui en sont issus, prêts à soutenir le temps que va durer le voyage.

– le feu, par l’étincelle qui va donner lumière et chaleur.

– l’air qui par sa présence et le tirage de la cheminée va permettre la combustion.

– l’eau présente dans la marmite que le feu va faire bouillir.

Quel voyage, quel pèlerinage, en bout d’une journée d’hiver, de printemps où l’on devise autour du feu. Cheminée à symbole qui parle, loin d’une sobriété plane et lisse, d’une maçonnerie froide et géométrique. Manteau de cheminée avec comme pour le linteau, la clé qui dévoile le mystère, la clé de la convivialité, la clé de la réunion, de ces échanges profonds, joyeux et porteurs de vie 

Cheminée à la coquille chez Philippe.

Retour d’expérience.

Pour les vœux de cette année aux amis et connaissances, j’ai voulu partager la découverte qui m’a été proposée lors d’un travail de bénévolat à la paroisse. Une perception d’un autre univers, à moi qui n’en demandais rien. C’était comme un éclair dans un ciel nuageux et cet éclair m’avait presque foudroyé. Image sans doute mais comment exprimer ce saut d’une activité à un émerveillement ?

J’imagine qu’un gagnant d’un gros lot au loto doit passer par un tremblement de ce genre,

D’une humeur morose à la joie d’être à même, de faire des choses sortant de son ordinaire voyages divers, achats et j’en passe.

Après cette vision, j’étais passé dans un monde d’une autre réalité, d’une vie ordinaire à une vie éblouissante mais ce n’est qu’une image, une voie détournée pour expliquer ce choc. J’étais sur une orbite, un petit nuage.

J’ai souhaité le partager, j’ai fait de l’image en question, la photo accompagnant mes vœux.

Mon souhait à chacun de passer un cap, d’entrer dans un autre monde, de vivre en conscience ce saut de perception, un « OH » de saisissement. Mais aussi un monde décrit par bien des textes symboliques des évangiles, de la Bible car c’est au creux d’un autel que l’image est construite. Le seigneur a fait des merveilles Saint est son nom.

De mes nombreux témoignages écrits et sur place je n’en retiens que deux qui sortent d’une indifférence, d’une non-compréhension. 

Au pays des aveugles, les borgnes sont rois.

Une voisine âgée et pratiquante s’est approchée de la décoration en question animée par le souhait de voir, de comprendre mais sa vue déficiente ne lui a pas permis d’accéder à l’image.

Un paroissien l’a vue, il m’a confié un peu plus tard « Mais on la voit aussi de loin. »

L’image lui appartenait dans sa dualité. Il pouvait passer librement d’une image à l’autre,

 il m’avait suivi dans une partie de mon cheminement, l’oiseau de nuit était bien là.

Dans l’étape suivante après la vision il y avait à présent les symboles. C’était plus qu’une fantaisie d’un graveur de bois, auteur du travail. L’endroit où l’image était située et l’ancienneté du travail nous faisait entrer dans une autre époque, celle où les gens ne savaient pas lire, ne savaient pas suivre les raisonnements savants, faire de la philosophie, de la théologie. A cette époque, c’était la transmission d’un mystère, voire dans l’obscurité des écrits qu’il y a une expérience transmise, celle de se laisser prendre au cœur vu le contexte. Un saut dans la foi qui n’est pas raisonnement mais « foi du Charbonnier ». 

Peu importe le raisonnement, les arguments, je suis saisi par quelque chose qui me veut du bien et qui me confirme ce qui est enseigné. 

Ne faut-il pas m’appuyer sur cette découverte, sur l’impression puissante qu’une main invisible et là, qu’elle me soutient. Ne serait-ce pas le cadeau providentiel, via mon ange gardien, qui sachant mon intérêt pour le mystère vient me confirmer que oui ce qui est enseigné vient de l’expérience, de la rencontre avec quelque chose qui nous dépasse et par lequel bien des générations avant nous ont fait confiance. 

Ce qui est écrit à ce sujet dans le dictionnaire des symboles est aussi marquant.

« Le hibou et la chouette symbolisent la sagesse profonde et la connaissance cachée, surtout pour leur capacité à voir dans la nuit. Ils incarnent également l’intuition et la capacité de voir au-delà des apparences »

En la Fête de St-Etienne,

Pour répondre aux vœux glissés dans ma boite aux lettres, Lundi dernier, 23 décembre, j’ai sonné chez ma voisine, pratiquante régulière à la paroisse pour lui remettre mes vœux de Joyeux Noël et lui montrer la photo d’un bas-relief d’un autel latéral qui m’avait surpris. Une soignante était présente. Je n’ai donc pas eu l’occasion de lui faire part de ma découverte du début décembre lors du montage de la crèche. 

Le lendemain matin comme un des stores n’était pas levé, je suis revenu, en me disant, je ne la dérange pas maintenant, je vais lui transmettre par courrier et lui remettre en main propre à la messe anticipée de Noël. 

Elle n’est pas venue ce soir-là.

Cet ainsi, qu’enfin, bien tardivement, ce 26 Décembre, j’ai pu lui remettre mes vœux et tenté de lui faire découvrir ma surprise.

Entreprise hasardeuse car chacun n’a pas fait du dessin et la proposition d’interprétation de l’image se révèle de plus en plus compliquée à faire découvrir comme je le constatais avec d’autres personnes.

Ma tentative fut vaine, elle ne voyait pas ce qui semblait y être, ce dont j’étais convaincu.

En rentrant à la maison, en ouvrant mon courrier électronique, qu’elle ne fut pas ma surprise, dans l’enchainement de mes pensées de recevoir moi qui voulait convaincre, un message on ne peut plus évident. 

Le message de M.Th. Hautier qui commente chaque jour les écritures.

Une réponse claire au sens du bas-relief  et de son image me revenait par ricochet.

Ce jeudi 26 Décembre c’était la fête de St-Etienne, premier martyr.

L’autel sur lequel était le travail du bois, et où j’avais vu en arrière-plan, le symbole, était au moment de sa construction , il y a plus de 150 ans, dédié ,non pas à St-Joseph comme actuellement mais à St-Etienne. 

Le commentaire était comme suit.

 Du psaume 30 :
En tes mains, je remets mon esprit;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité,
ton amour me fait danser de joie :
devant moi, tu as ouvert un passage.
__________
Dans le brouillard ou la grisaille,
la tristesse ou la fatigue,
Seigneur,
ouvre  un passage intérieur,
toi qui nous guides vers la vraie Joie.

Le volatile choisi par l’artiste, chouette ou hibou ; pouvait et était

certainement l’attribut, l’invitation à voir dans l’obscurité qu’une lumière

pouvait nous ouvrir à la vraie joie. Qu’il fallait passer d’un plan superficiel et plus rapide à un plan plus symbolique, plus profond et plus heureux.

Dans l’enchainement des circonstances, je recevais ainsi en retour un nouvel indice en la fête de St-Etienne , confirmant les explications trouvées sur internet pour le symbole des oiseaux de nuit.

 Il s’agissait bien d’un volatile qui nous invitait à un travail de méditation pour aller au-delà des apparences, de la nuit, pour découvrir le chemin, l’invitation à nous mettre en route et nous appuyer pendant notre parcours sur les paroles que nous a léguée la tradition chrétienne.