Pop matinal de voyage.

Mon voyage nocturne se termine, ma tête reprend sa conscience, sa vigilance. J’émerge. Observation nouvelle, venant de je ne sais où mais nettement perceptible. Un pop léger se propage dans ma sensation d’être en éveil. Vibration inédite et matinale en bordure de mon champ de présence.

C’est une vibration intérieure, comme un bouchon de mousseux qui s’ouvre dans l’air de la fête, la convivialité de la table. Ce pop saugrenu sort de l’incognito, se manifeste par un écoulement nasal, une petite veine vient de s’ouvrir. Ma narine spécialisée, produit un écoulement. C’est une épistaxis de plus.

IMG_1512Forte, envahissante et non comme deux jours plus tôt, une manifestation de surface.

Vainement, je cherche dans mon ressenti, mes souvenirs, ce qui aurait pu causer ce pop-up rouge sang. Le rêve qui s’effiloche ne semble pas rempli d’énergie négative, de vigueur, je le perçois innocent de cette surtension qui a franchi la fragilité de la veine à cet endroit.

Qu’est ce qui m’aurait mis en surtension ce matin ?

Mystère.

Je n’aurais pas d’explication sensée, je suis victime de mon incarnation, de ma dépendance à tous les processus physiques qui me maintiennent dans l’espace et dans le temps.

Dans tous ces mécanismes homéostatiques qui travaillent à mon existence, il y a eu un grain de sable, acéré, aiguisé qui a percé la limite de son lit et franchi ma fosse nasale pour s’étaler, agressif sur mon mouchoir blanc.

Mon état serein du matin est secoué par la quantité que j’essuie avec le bout de tissu trouvé sous mon oreiller.

Moment de gêne à traverser en attendant que le flux se tarisse, sans doute plus laborieusement que les autres fois. Moments d’angoisse à peine effleuré à propos de la molécule supposée fluidifier mon sang de cardiaque.

Mon système défensif est en alerte, ne va-t-il pas mobiliser ses ressources et refermer la brèche. Questions de seconde, de minutes peut-être.

La nature de la fuite me pose question, par sa quantité.

Sur internet, en recherche d’un nouveau sens, j’introduis le mot epitaxis et découvre une technique de cristallisation, le mot encodé n’a pas la bonne orthographe. Nouvelle recherche avec saignement de nez. Dans le premier mot manquait un « s », pour faire la différence le « s « de sang, de saignement, de subit.

Un développement m’apparait nouveau, à présent, l’on parle de gènes, pour expliquer autrement, plus savamment les raisons de ce dérapage de santé.

Est-ce que ce type d’avatar est génétique. La question qui me traverse est neuve. Faut-il y voir un nouveau classement dans les symptômes, celui de la maladie de Rendu Osler, qui semble émerger chez ma nièce.

Qui de nos ancêtres nous a alors donné la patate chaude. Nouvelle piste de réflexion, nouveau champ d’angoisse.

Comme les autres fois, j’attends que le phénomène s’arrête. Pourquoi ne le ferait-il pas cette fois. N’empêche que j’en suis ébranlé, la journée s’annonce plus difficile, plus nauséeuse. Ma tête est lourde, il me faudra plus de patience pour remonter en selle.

 

 

 

 

 

Balade de printemps.

L’atmosphère est étrange, dans cet espace confiné que je découvre, les yeux largement ouverts pour m’imprégner des couleurs sombres et vives, des motifs en construction dont je ne perçois qu’une allure. C’est leur chantier. D’un pas vif, pour éviter toute réactions, toute emprise qui pourrait me valoir un retour de flamme, je traverse.

Une odeur de peinture flotte dans l’air. L’air à respirer n’a pas la pureté que je recherche. Il faut déjà pour cette raison fuir le tunnel qui passe sous la route, couloir devenu insalubre. La force du groupe de jeunes présents, m’interpelle, leur nombre me fait penser à un gang, à une maffia susceptible, nerveuse, opérant de jour, en dehors de toutes leurs habitudes nocturnes, prenant beaucoup de risque dans cette atmosphère lumineuse. Diables sortis de leurs boites, aux réactions imprévisibles qui s’affairent au bord de l’étincelle. Le peuple de la nuit qui s’est réfugié dans l’espace sombre du boyau, pour accomplir ses déprédations sournoises et inciviques. Il vaut mieux, être plus loin, à l’air libre que d’être pourquoi pas, victime d’une réaction épidermique et d’un jet agressif de peinture, comme le ferait avec son dard, la guêpe dérangée de sa trajectoire.

DSCF5969La zone dangereuse est traversée, le bord du lac ensoleillé nous attend pour la ballade de l’après-midi. Les promeneurs sont nombreux, tranquilles, joyeux même sous ce soleil inattendu que l’on a recherché tout l’hiver. La nature n’a pas encore pris son grand départ, elle bruisse, s’impatiente, seul un saule a déjà pris la couleur vert-clair, jaunâtre. Enfin, c’est ainsi que je la voie. Signe d’une végétation qui enfin s’éveille. Sa couleur me ramène aux teintes entre aperçues dans le boyau de l’incivisme, de l’agressivité presque.

Débordement d’humeur qui s’exprime au dépend de la société, d’un propriétaire dont le bien est abimé, d’un promeneur qui cherche la nature et qui reçoit l’image de diables, de formes colorées et agressives. Société qui n’encadre plus la plupart de ses membres et qui se contente d’adresser des règles verbalement ou par écrit dans des médias illusoires mais bien ordonnés. « Le règlement l’interdit, donc nous avons fait ce qu’il fallait faire. Ce sont eux qui ont dépassés les bornes, les vilains. » Et de dégradation en dégradation, la société paie pour les incivilités de quelques-uns.

Est-ce de l’art ? Peut-être, mais de l’art de brute, carré, primaire. Quoique l’année dernière, j’étais revenu pour photographier un de ces éléments de décors qui avait à mes yeux de la valeur. Là, c’était une œuvre d’art, une forme à visage humain, exprimait une émotion, une sensation. Ici, ce jour, c’est autre chose, le style développé se retrouve sur les barrières anti-bruit du chemin de fer, sur des centaines de mètres, couleurs vives et dessins sommaires, tapissent ces parois, agressivement.

Art de contestation, de révolution, d’agression même. Ce travail de groupe, cet envahissement ne satisfait que ceux qui se laissent porter par ce projet. Et si ce groupe n’était pas simplement qu’en exercice pour s’échauffer, se faire la main, pour manipuler ces bombes de couleurs en quantité industrielle presque. Au prix où elles sont, comment imaginer un altruisme, un don. Ils se font plaisir sans doute, s’éclatent dans l’interdit, le choc des sensibilités heurtées et bafouées des passants. D’où viennent ces moyens, ces fonds ? Impossible d’imaginer la gratuité du geste, sinon par une mise à disposition indélicate, par un trafic occulte pour se fournir. Après le tunnel, les bancs publics, le sol, les poteaux seront couverts de paraphes pour s’approprier plus d’espace encore. Les animaux aussi s’approprient une zone de circulation, de chasse par leurs tags liquides.

Art brut, qui ne sert que ceux qui les étalent et que rien n’arrête. Sans doute n’y a-t-il pas de mise en danger de personnes. Mais est-ce un argument valable ? Que cet art reste confiné, à quelques endroits, pourquoi pas mais là, partout non. Il y a bien d’autres voies pour s’exprimer respectueusement.DSCF5131 Le tour du lac se termine, le premier passage sous la route n’est pas le bon. Tiens l’œuvre que j’avais photographié a été recouverte par une autre, d’un style flou. Dommage, là, il y avait un sens à découvrir, une aventure intérieure à mettre en route.

Encore deux cent mètres pour l’autre tunnel. Nous l’empruntons à nouveau. L’atmosphère est toujours la même, le groupe de tagueurs aussi nombreux. Mon ami s’exclame « Cela sent mauvais ! » Sans doute, ce n’est pas l’herbe mouillée, le terreau, l’odeur d’une plante mellifère. C’est une odeur non appropriée à notre balade. Un instant de panique me traverse. Ne va-t-il pas heurter de front ces tagueurs en exercice illégal. Ne les juge-t-il pas ouvertement, sans en avoir le pouvoir. Il n’en faut pas plus pour créer l’étincelle, le conflit. Ce sont des gens aux abois, qui jouent avec la loi, réelle ou imaginaire. Ils ne sont pas fondus dans la nuit, comme souvent. Ils sont à visage découvert, risquant une intervention policière. Théorie du moins car c’est le week-end et à part le stationnement illicite, que contrôle-t-on encore comme gibier financier dans cette commune ? Y-a-t-il à leur égard « le jeu du chat et de la souris » ? En théorie oui, mais finalement non, ils sont furtifs, souples, rapides. Insaisissable même. Vite quitter cet endroit où nous ne sommes rien face à la menace, et surtout motus et bouche cousue, notre mobilité, notre sécurité est à ce prix.

IMG_1482Au dehors du passage, la bande plastique noire, pour stabiliser des palettes, tendue entre deux arbres est devenue un grand panneau. Celui-ci est peint à présent entièrement. Couverts de sigles, de lettres, de contrastes colorés. Sorte de publicité pour une escapade de tagueurs faisant à la société un dernier bras d’honneur éphémère et narquois.

 

 

 

 

 

 

 

Obsolescence programmée.

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Le pointeur sur le texte dans l’application de traitement de texte tournait follement. Sa rotation ne voulait pas s’arrêter malgré les différents essais que j’avais fait pour arrêter ce tourbillon coloré fou. J’avais perdu le contrôle de ma machine. La situation était inhabituelle et la commande «  Forcer à quitter » était inutile . Seul l’arrêt de l’alimentation pouvait forcer, je l’espérais la machine à refaire le parcours de lancement de l’ouverture. L’écran était devenu blanc, vide malgré une deuxième tentative.

J’étais forcé d’accepter le crash de ma machine. Mon pc n’existait plus, c’était un ensemble décoratif, muet, inutile.

Après être passé à la boutique pour le dépannage, je revenais avec mon pc remis à neuf, comme il disait, avec le programme d’origine d’il y a quatre ans, mais vide de tout, des applications déchargées, de mes travaux, malheureusement effacés. Les perspectives n’étaient guère réjouissantes mais c’était la seule option qui m’avait été offerte. J’étais victime non d’un obsolescence programmée des composants comme on l’entend souvent à la radio actuellement, mais d’une obsolescence évolutive, progressive entrainée par des vagues de mise à jour à tous les niveaux qui se mélangent, qui se complexifient. Evolution dont je n’ai guère besoin.

Ne suis-je pas obligé de me maintenir à flot, de m’adapter régulièrement, à des options de plus en plus complexes, sans utilité immédiate, sinon pour maintenir une compétitivité, et une aura entre les marques du marché.

De retour à la maison, je reconnectais la machine pour constater que je me trouvais devant un objet vidé de toute sa substance, de ses mots de passe préenregistrés pour chacun des liens, de ses applications collectées au cours des années de fonctionnement. J’étais brusquement renvoyé dans le passé immédiat, avec d’anciennes possibilités, bancales mais utiles et suffisantes dans mon quotidien.

La mise à jour précédente du système, acceptée car elle m’ouvrait sur le «  cloud  »  avait apporté ses premières angoisses, celles de tout perdre car mon traitement de texte obtenu par une voie détournée n’était plus accepté à l’ouverture que difficilement. Celle-ci permettait à la machine d’écarter les applications des programmateurs non-certifiés par le monopole et de refuser le fonctionnement de l’application. J’étais régulièrement confronté à un blocage et à l’usage obligé de la commande  «  Forcer à quitter ». Mais cahin-caha, je poursuivais mon chemin.

La dernière mise à jour acceptée pour rattraper une sécurité annoncée comme défaillante, avait été la goutte qui avait grippé définitivement l’ensemble et l’avait conduit au crash. Au retour de la machine, devant le vide absolu de mes apports, je m’étais imaginé que ma machine avait un genre, et cette idée tournait dans ma tête.

Etait-ce un « Il » ou une « Elle ».

A voir tous les caprices qui m’étaient imposés, toutes les procédures à reconstruire selon leur logique, j’hésitais. Etait-ce aussi par un jeu de mot, une ile ou une aile.

Au fond, je me croyais sur une ile, vivant mon petit confort, selon mes besoins, mes habitudes, loin de l’agitation technologique qui lance les unes après les autres des technologies qui seront obsolètes dans les cinq ans vu le galop du progrès.

Avec le livre, la lecture, pendant des décennies l’on a pu s’informer, communiquer, suivre car les caractères ne changent guère, les mots évoluent lentement, les connaissances sont assez stables et pas trop vite décalées.

En technique, depuis l’usage des mémoires pour le sauvetage de l’information, le stockage, l’on est passé rapidement du floppy disk, à la disquette, au disque CD-Rom, à la clé Usb, à la mémoire en réseau, en attendant sans doute autre chose comme avancée technologique. Cimetières successifs pour mes archives, qui trainent sur des étagères car les lecteurs devenus obsolètes disparaissent.

J’étais fier d’avoir un disque dur au bout du monde, service que j’avais choisi payant pour assurer sa pérénité mais qui succomba cinq ans après pour une modification de politique et de services par la société, m’obligeant à mettre des semaines de travail à zéro car l’application de mise en page était abandonnée dans les six mois et à récupérer les données, dans un format obsolète, incompatible avec le marché.

Mais moi qui cherche à écrire un texte essentiellement, à le sauver, l’imprimer, je n’ai pas besoin de toute cette technologie. De tous ces apprentissages qui se balayent épisodiquement. Je vais revenir au bon vieux papier, à classer sous la main, dans l’armoire que je pourrais consulter à l’envie, facilement selon mon bon vouloir. Déjà maintenant mes archives en format 2004, ne sont plus qu’en mode lecture, je ne peux plus corriger ou améliorer une forme, une phrase, une faute. La version 2016 avec toute ses fioritures bloque, peine devant la simplicité du passé. Je ne suis plus sur une ile, je suis en réseau, j’ai des ailes, je surfe, je vogue, je vole de gauche à droite et je crashe.

Mon application de traitement de texte ne sait plus entrer dans le système, et cela m’oblige à acheter une version up-to-date certifiée que le réseau abandonnera dans les cinq ans ou rendra périmée, avec à la clé, une remise en place dans des endroits différents de commandes cent fois exécutées.  Même le pdf qui n’avait qu’un usage de rotation dans mon cheminement, est abandonné et cela m’oblige à prendre un abonnement mensuel pour la seule opération que je compte utiliser car je ne suis pas dans la forme du texte mais je m’éclate dans le fond et je peste contre tous les tutoriels à consulter pour retrouver la commande évanescente qui a été transférée dans des concepts autres mais équivalents à choux vert et vert choux.

Le logiciel de dictée qui faisait ma fiertè et mon plaisir à lui aussi été effacé. Le cd original que je croyais rempli de la version remplaçante ne comporte qu’une image, qui évitait la multiplication à gauche et à droite mais dans mon cas, j’ai une version écrasée, c’est autre chose. Et pas moyen d’en racheter une autre car la firme ne commercialise plus la version idoine. Me voilà aussi orphelin. Son concurrent peine à l’égaler, et je râle.

Mon imprimante raccordée mystérieusement dans le passé, ne répond plus et j’en ai perdu le code d’accès pour la relier au pc maintenant.

Je ne suis pas sur une « ile », je suis sur un pc, «  il  » logique implacable conçue pour obtenir une contribution financière maximum nourrissant les acteurs, le progrès.

Mais qui y gagne ? J’en bave ! Ne devais-je pas voir la machine comme une « aile », une « elle » capricieuse, illogique qui dit oui, qui dit non selon la configuration ou l’humeur.

J’aimerais m’envoler sur le net, partage mes textes, mes réflexions, être léger, papillon. Je passe mon temps à courir derrière ce qu’ils appellent le progrès et leur technologie.       Qu’y faire. Qui sait encore où l’on va ? Où est la simplicité de la plume qui court sur le papier. Faut-il revenir au cahier de mes débuts ? La correction, l’accès, l’ouverture sont une simplicité dont je rêve.

« Il » ou « elle » ?

Je préfère finalement un pc sans genre. Le laisser pourquoi pas dormir dans un coin qui ne fait à présent que mon supplice.