Le volatile de Décembre

Nous sommes quelques-uns à monter la crèche ce mardi matin, l’un des premiers jours de décembre. Comme à l’habitude, elle est placée du côté de l’autel Saint-Joseph, à droite de l’église. Cet autel de la nef est d’un style ancien, probablement de la même époque que le maitre autel daté lui de 1733. Des colonnades sont de part et d’autre de la statue. La décoration est désuète, datant de plus de 250 ans et plus du tout au goût du jour. Elle a résisté à pas mal de transformations, dans cette église Millénaire.

Les colonnes torsadées, par deux, s’appuient sur un rectangle avec plusieurs zones d’ornements en relief. Les zones gauche et droite vers l’extérieur, présentent une sorte d’écusson garni d’un décor en relief que je ne peux pas définir, simplement faute de connaissances en sculpture. Est-ce que ce sont des feuilles d’acanthe ou d’autres volutes, du feuillage ornemental, des arabesques, c’est une affaire de spécialiste en art.

Avec le jeu de la lumière du moment, les ombres, les détails soulignés par de la peinture dorée m’apparaît brusquement une figure vivante ; un volatile.

Étonnement ! Est-ce un hasard, une intention cachée, un humour décalé qui me saute aux yeux ??

Mais c’est un oiseau de nuit.

En bas des pattes sont colorées d’« Or ». En haut, un bec stylisé et quand je cligne des yeux en les ouvrant à peine, une tête apparaît. De grands yeux marqués par deux points, taches sombres. 

C’est une chouette, un oiseau de nuit. Il veille depuis longtemps.

En cette période de l’Avent, nos yeux sont tournés vers la naissance du Christ, son incarnation.

N’est-ce pas qu’une invitation m’est lancée ? 

Ne faudrait-il pas participer à « Rorate », à la messe de l’aurore et apprendre à regarder au-delà du premier aperçu, du premier regard, dans le ressenti, ce qui nous est annoncé par les textes sacrés.

Ouvrir l’oeil à ce qui n’apparaît que comme une nuit remplie, de doutes, d’obscurité.

Est-ce pour cela que dans la figure de l’oiseau de nuit qui est apparu, le peintre a ajouté quelques rayons lumineux dorés.

S’ancrer dans le quotidien sans doute mais aussi ouvrir le regard sur l’indicible, à portée mais seulement quand il y a accueil à l’inattendu, qui alors arrive comme un viatique.

Plus tard en communauté, à 6h30, alors veilleur, bougie à la main pour guetter l’aube, pour m’élancer dans cette nouvelle année, ce nouveau cycle.

En partageant l’image et à l’un ou l’autre participant, quelle joie en voyant apparaître sur le visage, l’éclair de la perception du mystère qui s’est dévoilé.

Chouette moment de convivialité que je souhaite à chaque spectateur qui prendra le temps de s’arrêter pour que lui aussi fasse ce saut de perception, pour qu’il se nourrisse à ce moment et bougie de clarté, se transmette de proche en proche.

Oh oui, je ne le voyais pas, Ah, je le vois.

N’est-ce pas aussi cela le saut dans l’espérance, le saut de la foi.

Fête des pères

Dans son plan de travail d’indépendant, mon fils avait prévu un saut à la maison familiale pour me fêter. Non mon anniversaire mais la fête des pères .Son intention m’avait réjoui car vu son planning, ce déplacement était vraiment un cadeau. Il s’arrêtait de courir pour la préparation du travail de son équipe, de son administration et des heures nombreuses que son activité d’indépendant lui coutait. Plus d’une fois, je lui avait dit comme à l‘ancienne au village, ce n’était pas les fleurs, le cadeau qui importait, c’était la visite, le passage pour échanger prendre des nouvelles. 

Ce principe je l’avais reçu de ma grand-mère qui nous disait lors des moments où certains faisaient des cadeaux ; « Je n’en ai pas besoin, garder vos sous pour plus tard ».  Elle n’avait pas eu beaucoup d’aise dans sa vie de veuve au village, l’essentiel était pour elle le passage, la visite dans la maison qu’elle partageait avec sa sœur, du côté droit. J’avais hérité de sa sobriété et de l’attention que je portais à l’échange en famille.

Le projet de mon fils était de faire un saut, de passer un moment concret pour témoigner et je l’attendais, pas à l’heure dite car nous n’avions pas la même notion du temps. Pas précis sans doute mais cette fois, il exagérait. Y avait-il un motif, un incident. Sans me le dire, le fait de ce retard m’inquiétait. Un petit sms pour voir, une urgence l’avait-elle fait changer d’avis.

Au téléphone, une demi-heure plus tard, il m’appela pour m’inviter a un rendez-vous à 20 km. Mon enthousiasme était nul, aucun déplacement ne me convenait. Tu sais me dit-il, je dois rentrer chez moi immédiatement, je viens de recevoir une amende, par les gendarmes,  la tenue de  motard, de ma compagne n’est pas la bonne, je dois faire demi-tour.

Il avait choisi de ne pas entrer dans le refus d’obtempérer, d’accepter le verdict de la gendarmerie et de rentrer chez lui directement. Au fond, il valait mieux ne pas affronter la maréchaussée, de respecter l’interdit pour éviter les conséquences fâcheuse, sonnante et trébuchante, d’une récidive. Le code de la route imposait des protections, dans ce cas des chevilles, par des bottes ou chaussures adaptées et elle m’en avait pas cette fois-ci.

Me voilà, j’imagine, dans le Guinness book  of record, pour cette intervention étonnante mais légale de la gendarmerie, et ce le jour de la fête des pères. J’aurais donc eu aussi une visite virtuelle. Étrange fatalité mais a choisir entre un accident, et cet incident, j’avais vite fait mon choix.

Merci fils de cette intention, c’est mémorable en plus.

Oxxalis

Depuis plusieurs semaines sur la table desserte, près de la porte fenêtre, vers le jardin un pot comportant une plante verte attends, je ne sais quoi . C’est un changement d’emplacement fait par mon épouse. La plante apparait à présent dans mon champ de vision. Au fond en la regardant de plus près, c’est une sorte de trèfle à quatre feuilles avec des pétioles au centre, d’un rouge lie de vin. L’étiquette précisant le nom n’est plus plantée, aussi pour en savoir plus, je cherche sur une application, le nom de la plante. C’est un oxalis, avec des pétioles pourpres, sur un tiers, coté centre. Elle ressemble au trêfle, il a quatre feuilles.

La plante est entrée dans mon champ de vision pour mon plus grand étonnement sans doute car ce matin surprise, elle a repris vie à la lumière du jour, vivante, elle se tourne vers la lumière attirée par je-ne-sais-quoi alors qu’hier soir, je la pensais déclinante. Ses feuilles pendaient comme si dépérissant, elle manquait d’eau.

Ce matin, elle était pourrait-on dire au garde-à-vous, pour saluer la lumière du jour l’accueillir la prendre comme viatique pour les heures à venir. Au fond, elle se comportait aussi comme la tulipe de l’année dernière que j’avais vue de grand matin, tête penchée prête à rendre l’âme et qui vers le 12h00 s’était redressé sous l’influence de la lumière et de la chaleur.

Sans doute, voilà dans l’univers des plantes à observer, l’influence de la lumière, la modification d’une attitude, face à un environnement. Et dire qu’au cours de ma vie qui s’est allongée petit à petit, je n’avais jamais observé consciemment ce phénomène. L’effet de la lumière me touche, ne suis-je pas fait d’une matière physique qui elle aussi puise dans l’environnement ses ressources vitales, sa puissance aussi. Il suffit de me rappeler combien la lumière vive du soleil me donne de l’énergie, me rend plus joyeux, plus serein. 

En est-il de même pour les fleurs et les arbres et réagissent-ils à la parole, à la musique ? Poussent-ils mieux quand nous sommes au petit soin autour d’eux ? De quelle symbiose s’agit-il ? 

Voilà une réflexion qui me poursuivra. Comment à l’égard de la nature, prendre le contact avec la vie qui s’exprime à travers elle ?

 Est-ce par cette vie végétale que je poursuis plus sereinement ma vie terrestre ? Comment ne pas me laisser toucher par cette découverte qui m’incite à faire vivre dans mon entourage de nombreuses plantes, consciemment.  Le lilas est en fleurs, une de celle-ci est dans un pot d’eau sur la table de la cuisine. Depuis hier et en rentrant ce matin dans la pièce, j’ai perçu son parfum subtil, parfum dont je m’étais privé des années durant, coupé de cette nature florissante vivante et propre à me gâter de ses fruits.

Dans ma jeunesse les trèfles à 4 feuilles que nous cherchions dans les prés, étaient un porte-bonheur. Mais qui en trouvait ?  M’a-t-il fallu tant de temps pour le vérifier, l’approuver et en vivre ?

Le contact conscient avec le rythme de la nature, la lumière, dès le saut du lit, ne serait-ce pas un des meilleurs médicaments, le meilleur soutien de vie, avec la pulsion de vie

Que celle-ci exprime tout autour de nous sous toutes ses formes.