Voltorbe.

Les pensées se succèdent dans ma tête, alors que je devrais dormir, me reposer car je suis affaibli par une trachéite. Mais rien à faire, c’est la cavalcade. Je me laisse entrainer dans le récit qui se déroule car il y a comme un récit ou plus tôt un thème qui s’étale.

Les deux dernières semaines, j’ai été marqué par des événements le dernier, celui de Vendredi m’a saisi par sa force, sa détermination pour me faire voire ce qui était un temps de conscience nouveau. Le vicaire officiant avait perçu quelque chose de neuf. Ses élucubrations théoriques lors de l’homélie n’avaient convaincu personne. Après l’office, par ma réflexion en rapport à l’image de la croix suspendue au mur du chœur, je lui décortiquais, comme je les voyais les symboles sous-jacents mis en exergue par son éclairage indirect. Il avait fait un saut de perception. Sa théorie était là sous ses yeux dans une démonstration visuelle brillante, éclatante. Ce dont il essayait de parler, était là noir sur blanc sur le mur.

Il avait partagé sa découverte à quelques autres personnes présentes.

A son visage, à ses réactions, j’avais perçu qu’au fond physiquement et intellectuellement, il avait franchi un seuil, un échelon, un niveau d’énergie, d’un avant, il était passé à un après et cet après était plus élevé. Son attitude en était témoin.

Au fond, c’était comme en physique, avec les électrons qui tournent autour d’un noyau sur des orbites définies. Quand un électron change de couche, pour une raison ou une autre, il émet une lumière, il fait un saut quantique. Une tension mesurable sans doute en volt avait permis le passage sur une autre couche de celui-ci . Il y avait eu changement d’orbite.

L’image du Pokémon ayant cette propriété électrique s’était imposée, puis le nom de celui-ci Voltorbe s’était scindé en Volt et orbe.

J’avais un jour, à un endroit bien précis que j’ai toujours en mémoire capturé un tel objet, là sur la bande d’arrêt d’urgence. Pendant longtemps je ne l’avais plus repéré lors de mes marches. Il semblait avoir disparu. Puis curieusement ces jours-ci, il était réapparu: Voltorbe, mot imaginé, crée par le producteur du jeu, mot sans doute composé de « volt » et « orbite. » Dans mon imagination, c’était à présent l’unité de saut d’une perception à une autre niveau différent.

J’étais embarqué dans ces sauts de perception. Le déroulement de mes pensées passait ensuite à la balade que j’avais conduite pour la fête des voisins avec quelques-uns de ceux-ci.

J’avais essayé de leur faire percevoir la nature de notre environnement d’avant l’urbanisation quand les constructions d’habitation étaient moins nombreuses, quand l’aspect agricole du village ancien existait encore. Quand toute la végétation n’avait pas repris vigueur, quand les arbres et arbustes n’avaient pas encore poussés partout sur l’espace réservé et occupés anciennement par des prairies et des champs.

Dans notre environnement, c’était la campagne, les fermes, les animaux, les agriculteurs, les villageois. Leurs activités nombreuses rythmaient les saisons. Les foins, les moissons, les récoltes dont les pommes de terre. Les jardins occupaient l’arrière des maisons. Tout venait de la terre. Les habitants courbés sur le sol éliminant les mauvaises herbes, parfois les rejets d’arbres, autour des semis pour conduire ceux-ci à maturité et à la récolte pour la vie quotidienne et l’hivernage.

Un saut s’était produit aussi, vers un travail non agricole, plus administratif, plus en usine, en bureau. La terre n’était plus nourricière. Chez eux, autour d’eux, les cultures avaient par leur abandon de ces habitudes été transportées vers d’autres lieux, d’autres sources. Rien que dans les dix maisons en rangée du lotissement de la rue, il n’y a plus qu’un jardin potager, le reste est devenu pelouse, jardins d’agrément.

Au point que les enfants n’ont plus de lien à la production, ils ne connaissent plus les racines de leur nourriture de base, que les parents achètent sur les étals des marchés et des supermarchés. Même les pommes qui ne sont plus si nombreuses, ne sont plus cueillies, elles tombaient de tristesse pour moisir sur le terrain.

L’univers champêtre que je cherche dans mon environnement a disparu lentement. La  ferme en carré là, plus loin, est devenue une bibliothèque. L’autre au bas de la rue, un habitat groupé. Dans sa grange, il n’y a plus que des voitures et deux caravanes. L’odeur du foin, de la paille a disparu et a fait place à l’odeur de l’huile.

L’attention des voisins n’est plus dans le maintien propre et vivant, régulier des lignes de semis de légumes. Plus de lignes de pois, de carottes, d’alignement de poireaux, maintenu par le binage régulier des mauvaises herbes.

Faut-il alors s’étonner que beaucoup ne taillent plus leurs haies que maladroitement en les laissant gonfler sur les espaces publics des trottoirs. Faut-il s’étonner que l’on jette canettes et papiers dans les rues qui deviennent sales. Le reflexe du nettoyage imposé à chacun par la nature des plantations au potager ne fait plus sens. Cette racine aussi est perdue.

Dans le paysage, il reste encore des escavées, chemins creux profonds que les passages des chariots, au cours de nombreuses décennies ont façonnés.

N’est-ce pas le moment pour cette fête de la rue, de faire le détour, à pied par ces chemins ancestraux, qui sont tombés à l’abandon. De refaire à pied, quelques pas, au lieu de courir en voiture vers les tâches multiples de l’activité moderne.

Les artisans, les commerçants ont mis la clé sous le paillasson les uns après les autres, il n’y a plus que des supermarchés où l’on passe sans échanger à la caisse. On ne connait plus ses voisins, on ne parle plus à ses voisins car seuls des habitacles se déplacent dans des rues encombrées. On ne connait plus la vie du village, tout s’est dissous dans l’anonymat, dans un désert relationnel froid et muet.

Cette fête des voisins est une tentative de retour aux sources de la convivialité, de l’échange, de l’entre-aide peut-être. Une tentative de repartir sur un autre niveau d’humanité mais seuls quelques-uns y participent, les autres sont scotchés à leur écran-nourrice frileusement, en train de s’isoler de plus en plus.

Voltorbe. Devrait leur servir d’exemple, leur redonner un dynamisme dans le contact, dans la convivialité. Refaire des sauts d’échange, à l’image des brocantes qui se multiplient dans les quartiers. Retrouver le plaisir de la découverte et de l’échange convivial d’humains en train de vivre le quotidien.

 

 

 

 

Photo en miroir.

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Même

Lors d’un vagabondage sur la toile, en passant d’un site à l’autre, je m’étais arrêté sur un blog présentant, à son cercle d’amitié, une image floue montrant une rue bordée de hauts bâtiments, d’une tour, le tout éclairé par des luminaires. Décors menant à un parc, à l’orée de la nuit.

Une impression étrange flottait en moi. Cette image était le miroir de souvenirs épart de mes éveils, au cours des nuits hachées qui faisaient mon quotidien souvent. Périodes d’insomnies propres à me réveiller, l’esprit encore imprégnés d’images de chantiers, de paysages urbains en profondes transformation avec ruines et tranchées, déserts urbains.

Une évolution nette s’était mis en route, sans que j’y fasse apparemment quelque chose. Décors m’interrogeant sur leur finalité, sur leur périodicité. Impossible de les associer, de les mettre en relation avec ce quotidien qui s’égrène et qui me laisse rempli de questions sur leur sens.

Ah, si je pouvais rédiger des mémoires, me raconter l’histoire qui se déroule par devers moi dans cet univers qui ne m’appartient pas.

D’où viennent ces formes, ces scènes primitives loin des décors que je fréquente ou que j’ai fréquenté. Comme si j’étais branché sur un transpondeur qui me parle d’une histoire dont je ne suis qu’un des maillons. Et là maintenant sur ce blog cette image comme une métaphore de mes nuits.

Faut-il réagir, ne pas réagir, à l’invitation de la commenter.

Je n’appartiens pas à ce cercle d’habitués, à ces experts qui se positionnent, commentent, partagent.

Qu’ai-je à dire ?

Ne pas entrer dans la profondeur, dans le fil de leur histoire ou perturber une envie de proposer sans rien attendre, une réflexion. Sortir de ma réserve, d’oser, tenter un essai pour voir.

Ma décision est prise, j’envoie un mail vers « Photo et imagination » (*)

N’est-elle pas cette photo, à l’image de notre quotidien, avec tous ses concepts, ses catégories, ses projections, ses affirmations.
Que de constructions dans lesquelles chercher le sens, la lumière ou ne voir qu’ombres, obscurité, théories.
Idées naissantes ou souvenirs qui s’égaillent en pagaille.
Monde artificiel qui attire par ses feux semblants, les papillons qui ne savent où donner de l’aile.
Pourtant si je cherche une ressemblance, quelque chose qui me parle, j’y retrouve une version photo de « L’empire des lumières » de mon peintre préféré Magritte. Il n’y a pas la pureté des lignes, la sobriété du thème mais peut-on trouver en ville, la sérénité d’un tableau.
C’est au seuil de la nuit, dans l’agitation que l’émergence des points lumineux focalise notre attention.
Comme le petit Poucet, dans cette forêt de bâtiments, ces cailloux lumineux nous conduisent à plus d’intériorité, à la quête, à faire une activité extérieure encore ou à une introspection pour mettre la main, sur les trésors que notre inactivité, le repos de notre mental, laisse émerger.
C’est laisser le champ à notre construction intérieure, à notre individuation.

 Une réponse inattendue et positive me parvient. A moi, d’introduire ce texte en bonne et due forme dans le code en usage sur de tels blogs via la fenêtre « Commentaires ».

Enhardi, je suis la proposition et devient partenaire de la proposition du jour.

Les réflexions ne vont pas tarder à se présenter, lentement me dit la bloggeuse quand le coma des vacances prendra fin.

Est-ce à cette démarche que je dois cette nuit presque blanche, à ce remue méninge qui me touche dans ma fragilité nasale. Mon épistaxis est de retour, puissant, sanguinolent.

Dans mon tréfonds, un remugle, d’une histoire impensée touchant ma source vitale ou stress simple et cohérent induit par la chaleur impossible de la nuit.

Nœud qui s’ajoute à l’enchainement des incidents, à la longue liste d’écoulements similaires, -mêmes- qui émaillent mes nuits calmes ou agitées.

Cohabitation d’évènements ne tombant pas dans un sens ou coïncidence troublante?

 

 

 

 

 

 

Obsolescence programmée.

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Le pointeur sur le texte dans l’application de traitement de texte tournait follement. Sa rotation ne voulait pas s’arrêter malgré les différents essais que j’avais fait pour arrêter ce tourbillon coloré fou. J’avais perdu le contrôle de ma machine. La situation était inhabituelle et la commande «  Forcer à quitter » était inutile . Seul l’arrêt de l’alimentation pouvait forcer, je l’espérais la machine à refaire le parcours de lancement de l’ouverture. L’écran était devenu blanc, vide malgré une deuxième tentative.

J’étais forcé d’accepter le crash de ma machine. Mon pc n’existait plus, c’était un ensemble décoratif, muet, inutile.

Après être passé à la boutique pour le dépannage, je revenais avec mon pc remis à neuf, comme il disait, avec le programme d’origine d’il y a quatre ans, mais vide de tout, des applications déchargées, de mes travaux, malheureusement effacés. Les perspectives n’étaient guère réjouissantes mais c’était la seule option qui m’avait été offerte. J’étais victime non d’un obsolescence programmée des composants comme on l’entend souvent à la radio actuellement, mais d’une obsolescence évolutive, progressive entrainée par des vagues de mise à jour à tous les niveaux qui se mélangent, qui se complexifient. Evolution dont je n’ai guère besoin.

Ne suis-je pas obligé de me maintenir à flot, de m’adapter régulièrement, à des options de plus en plus complexes, sans utilité immédiate, sinon pour maintenir une compétitivité, et une aura entre les marques du marché.

De retour à la maison, je reconnectais la machine pour constater que je me trouvais devant un objet vidé de toute sa substance, de ses mots de passe préenregistrés pour chacun des liens, de ses applications collectées au cours des années de fonctionnement. J’étais brusquement renvoyé dans le passé immédiat, avec d’anciennes possibilités, bancales mais utiles et suffisantes dans mon quotidien.

La mise à jour précédente du système, acceptée car elle m’ouvrait sur le «  cloud  »  avait apporté ses premières angoisses, celles de tout perdre car mon traitement de texte obtenu par une voie détournée n’était plus accepté à l’ouverture que difficilement. Celle-ci permettait à la machine d’écarter les applications des programmateurs non-certifiés par le monopole et de refuser le fonctionnement de l’application. J’étais régulièrement confronté à un blocage et à l’usage obligé de la commande  «  Forcer à quitter ». Mais cahin-caha, je poursuivais mon chemin.

La dernière mise à jour acceptée pour rattraper une sécurité annoncée comme défaillante, avait été la goutte qui avait grippé définitivement l’ensemble et l’avait conduit au crash. Au retour de la machine, devant le vide absolu de mes apports, je m’étais imaginé que ma machine avait un genre, et cette idée tournait dans ma tête.

Etait-ce un « Il » ou une « Elle ».

A voir tous les caprices qui m’étaient imposés, toutes les procédures à reconstruire selon leur logique, j’hésitais. Etait-ce aussi par un jeu de mot, une ile ou une aile.

Au fond, je me croyais sur une ile, vivant mon petit confort, selon mes besoins, mes habitudes, loin de l’agitation technologique qui lance les unes après les autres des technologies qui seront obsolètes dans les cinq ans vu le galop du progrès.

Avec le livre, la lecture, pendant des décennies l’on a pu s’informer, communiquer, suivre car les caractères ne changent guère, les mots évoluent lentement, les connaissances sont assez stables et pas trop vite décalées.

En technique, depuis l’usage des mémoires pour le sauvetage de l’information, le stockage, l’on est passé rapidement du floppy disk, à la disquette, au disque CD-Rom, à la clé Usb, à la mémoire en réseau, en attendant sans doute autre chose comme avancée technologique. Cimetières successifs pour mes archives, qui trainent sur des étagères car les lecteurs devenus obsolètes disparaissent.

J’étais fier d’avoir un disque dur au bout du monde, service que j’avais choisi payant pour assurer sa pérénité mais qui succomba cinq ans après pour une modification de politique et de services par la société, m’obligeant à mettre des semaines de travail à zéro car l’application de mise en page était abandonnée dans les six mois et à récupérer les données, dans un format obsolète, incompatible avec le marché.

Mais moi qui cherche à écrire un texte essentiellement, à le sauver, l’imprimer, je n’ai pas besoin de toute cette technologie. De tous ces apprentissages qui se balayent épisodiquement. Je vais revenir au bon vieux papier, à classer sous la main, dans l’armoire que je pourrais consulter à l’envie, facilement selon mon bon vouloir. Déjà maintenant mes archives en format 2004, ne sont plus qu’en mode lecture, je ne peux plus corriger ou améliorer une forme, une phrase, une faute. La version 2016 avec toute ses fioritures bloque, peine devant la simplicité du passé. Je ne suis plus sur une ile, je suis en réseau, j’ai des ailes, je surfe, je vogue, je vole de gauche à droite et je crashe.

Mon application de traitement de texte ne sait plus entrer dans le système, et cela m’oblige à acheter une version up-to-date certifiée que le réseau abandonnera dans les cinq ans ou rendra périmée, avec à la clé, une remise en place dans des endroits différents de commandes cent fois exécutées.  Même le pdf qui n’avait qu’un usage de rotation dans mon cheminement, est abandonné et cela m’oblige à prendre un abonnement mensuel pour la seule opération que je compte utiliser car je ne suis pas dans la forme du texte mais je m’éclate dans le fond et je peste contre tous les tutoriels à consulter pour retrouver la commande évanescente qui a été transférée dans des concepts autres mais équivalents à choux vert et vert choux.

Le logiciel de dictée qui faisait ma fiertè et mon plaisir à lui aussi été effacé. Le cd original que je croyais rempli de la version remplaçante ne comporte qu’une image, qui évitait la multiplication à gauche et à droite mais dans mon cas, j’ai une version écrasée, c’est autre chose. Et pas moyen d’en racheter une autre car la firme ne commercialise plus la version idoine. Me voilà aussi orphelin. Son concurrent peine à l’égaler, et je râle.

Mon imprimante raccordée mystérieusement dans le passé, ne répond plus et j’en ai perdu le code d’accès pour la relier au pc maintenant.

Je ne suis pas sur une « ile », je suis sur un pc, «  il  » logique implacable conçue pour obtenir une contribution financière maximum nourrissant les acteurs, le progrès.

Mais qui y gagne ? J’en bave ! Ne devais-je pas voir la machine comme une « aile », une « elle » capricieuse, illogique qui dit oui, qui dit non selon la configuration ou l’humeur.

J’aimerais m’envoler sur le net, partage mes textes, mes réflexions, être léger, papillon. Je passe mon temps à courir derrière ce qu’ils appellent le progrès et leur technologie.       Qu’y faire. Qui sait encore où l’on va ? Où est la simplicité de la plume qui court sur le papier. Faut-il revenir au cahier de mes débuts ? La correction, l’accès, l’ouverture sont une simplicité dont je rêve.

« Il » ou « elle » ?

Je préfère finalement un pc sans genre. Le laisser pourquoi pas dormir dans un coin qui ne fait à présent que mon supplice.