Quand tu bois…

Occupé à l’aménagement des fauteuils en grand cercle autour de l’autel pour la messe d’anniversaire matinale, j’en déplaçais le dernier quand m’apparu au centre du choeur, au-dessus des marches, le bouquet de tournesols réalisé par la sacristine.

007_5A_2Fleurs de saison, certainement choisie pour la fête religieuse du Sacré-Cœur mais qui pourtant à mes yeux portait une charge symbolique intense. Celle-ci me ramenait immédiatement à notre histoire familiale, aux symboles qui nous portent. Fleur chargée d’émotions me renvoyant au hall d’entrée de sa maison où trônait fièrement l’aquarelle de deux tournesols qu’elle avait dessinés lors d’un stage bien des années avant. Fleurs-soleil faisant partie du mot d’adieu, que j’avais prononcé en son honneur à la messe des funérailles, trois ans plus tôt.

Cette vision d’une charge symbolique puissante avait ouvert un chemin à mes émotions enfouies, ouvrant un exutoire à des larmes qui immédiatement coulaient doucement sur mon visage. Sans défense, j’étais plongé dans l’abandon à la grande tristesse qui m’habite à son sujet et qui venait de jaillir de mon tréfonds. Fleurs que nous avions choisies pour son dernier hommage, fleurs qui l’avaient accompagnée dans la tombe.

Coïncidence, synchronicité, ces fleurs qui suivent et se retournent vers le soleil témoignant d’un au-delà indéfinissable, renvoyant à un moment fort puissant ressenti lors d’une session de méditation au Carmel de Rochefort. Expérience perçue par ma fille qui à la fête des Pères de cette année-là avait mystérieusement marqué celle-ci par deux petits serpents aux couleurs de l’arc-en-ciel. Symboles que l’on retrouve sur le caducée des médecins. Symbole de guérison, ils expriment la force vitale présente en chaque personne. Force qu’il m’avait été donnée de percevoir, force en chemin en moi à laisser s’épanouir pour m’associer entièrement à la vie.

Autour de nous, un cercle d’amitié pour nous soutenir dans ce moment souvenir, pour nous aider à passer ce cap difficile. Toutes nos émotions sont à fleur de peau. La mémoire nous livre des souvenirs à la fois heureux et tristes. Le célébrant au cours de son homélie cite un proverbe que ma pensée accroche.

« Quand tu bois de l’eau, pense à la source  »

N’est-ce pas plutôt la source qui, ce matin, pense à moi, à nous, en nous reliant de cette manière symbolique et forte par le soleil des tournesols, à notre aînée.

Mes yeux ne pouvaient se détacher de ce bouquet, de ce symbole de reliance forte en ce moment difficile. Cette paroisse dans laquelle les circonstances nous ramenaient, en ce jour, avait aussi été pendant de nombreuses années la nôtre. Ma fille avait fait ici sa communion solennelle, c’est ici aussi qu’elle aurait aimé se marier comme la plus jeune l’avait fait mais cela n’avait pas été possible, son compagnon refusant de la marier et ne donnant aucune place à cette aspiration profonde. Décision qui a toujours empoisonné leurs relations et lui a fait vivre des souffrances dont elle se serait bien passée.

Tous les souvenirs m’envahissent mais un seul prédomine, le lien vers elle n’est pas coupé, il est fleuri. La coïncidence vécue à travers de ce bouquet domine, me relie à elle qui est à présent invisible, ravive sans doute les émotions mais aussi la présence mystérieuse qui a guidé la main de la sacristine pour le choix de ce bouquet constitué de tournesols.

Elles sont huit, huit signifiants, au-delà de ceux de la semaine.

Huit,  » symbole de résurrection, de transfiguration, annonce de l’ère future éternelle faisant du chiffre un achèvement, une complétude  » comme le dit la référence du Dictionnaire des symboles.(*)

Sans ce choix, la messe aurait été une messe anniversaire ordinaire, un peu traditionnelle. En ce jour, cet endroit, elle recevait une qualité et une profondeur devant laquelle je m’inclinais. Cadeau de la vie dans notre chemin de parents désenfantés.

La journée était radieuse comme les précédentes, nous étions de retour à la maison, accompagnés par ma belle-sœur. Main verte, elle nous a entraîné par ses conseils dans l’organisation du jardin, rappelle les soins à suivre, les fleurs à soigner, les rosiers à tailler. Tous ces conseils pour mener au mieux la floraison et la mise en valeur de tout ce qui peut faire la joie de vivre, via les fleurs.

Vraiment, nous étions après ce moment difficile, repartis dans le quotidien, après avoir fait escale dans les souvenirs,  repartis dans la vie.

 

(*) Dictionnaire des symboles. J.Chevalier, Alain Gheerbrant-Robert Laffont-Bouquins page 512.

Une réflexion sur “Quand tu bois…

  1. Merci pour ce beau texte, Merci la Vie de toujours nous donner exactement ce dont nous avons besoin :):):) Je t’embrasse ainsi que ta fille et la Vie, nous qui faisons tous partie de ce grand tout, Philippine

    Philippine de Grunne *Des maux qui parlent* B 1450 Blanmont/Chastre http://www.desmauxquiparlent.com Tel 0486 73 35 39

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