Vacance d’hiver.

Cette amie d’écriture avait été la première à m’envoyer ses vœux pour Noël. Sa fidélité, sa compassion m’avait toujours touchée. Cette année, son écriture manuscrite sur l’enveloppe m’était apparue comme d’un autre temps. J’en avais été étonné. Ah ! Quel plaisir de retrouver la personne à travers un témoignage écrit de sa main, loin de la froideur et de la forme figée, raide donnée à présent, par les applications de courrier des PC. Il me fallait répondre avant Noël pour à mon tour lui dire combien sa démarche m’était importante.

La réserve de cartes de Noël avait disparu du tiroir de rangement, la réassortir était nécessaire. À pied, je m’étais rendu au supermarché voisin, mais l’offre était quasi nulle juste, ciblée uniquement sur les anniversaires, les fêtes de famille. Quelques-unes pour la bonne année, d’autres pour les vœux, ou pour les fêtes. Noël était oublié. J’étais rentré bredouille.

Le lendemain, à pied de nouveau, au centre commercial, l’offre y était tout aussi réduite. La carterie avait fermé deux ans plus tôt et aucun présentoir n’était à disposition à la librairie. Au supermarché, quelques cartes de nouvel an, universelles et vagues, neutres et insipides, m’avaient écarté. Rien au sujet de Noël, de la crèche et des paysages en neigé. Ma tradition me manquait. Je me contentais d’une carte avec quelques boulles de Noël.

Nous avions baissé les bras, abandonné nos demandes de cartes de tradition. D’où leur disparition.

La fébrilité de la société en cette fin d’année n’était tournée que vers les cadeaux à glisser sous le sapin. La publicité nous remplissait de proposition d’achats gourmets.

La phase d’une chanson de Johnny Hallyday, qui avait occupé l’antenne plusieurs jours avant, résonnait dans ma tête. « Allumer le feu. » Mais comment allumer le feu ? cette proposition servait de leitmotiv à mon souhait, à mes souhaits.

Un besoin de chaleur et de lumière m’habitait. Le mois de décembre, le plus grisâtre depuis longtemps, disait la météo, me pesait. J’avais besoin d’espérance, de lumière ce que proposait les Noëls anciens. Ils défilaient dans ma tête.

C’était la naissance de Jésus. Elle n’occupait plus l’esprit des gens, pourtant il y avait une naissance, remplie de possibles, de différences de toutes sortes, de nouveautés, d’attentions diverses. L’idée de répartir après l’hibernation, le déficit de lumière et de se relier à la longue série de Noël, passé en famille, avec les miens, dans la simplicité et la convivialité m’animait. L’échange de vœux au coin du feu, autour de la table, plus dans la conversation que dans l’assiette m’inspirait. « Allumer le feu. »

Rechercher en réserve, les bons moments et les partager pour tenir encore les mois d’hiver qui nous séparaient du printemps. La couleur verte de l’espérance qu’apportait le sapin, ne semblait présenter plus une forêt d’éternité que les cadeaux placés au pied du sapin.

Dans la rue au retour, car la nuit était déjà tombée, je voyais les façades de certaines maisons éclairées de guirlandes comme pour rattraper le peu de convivialité donnée dans l’année. Cherchaient-ils inconsciemment l’étoile qui les guiderait dans le fouillis de propositions éphémères de fin d’année, vendues avec des ristournes improbables.

Que de déplacement pour une carte de vœux traditionnels. Joie perdue, d’attendre le passage du facteur, de compter le nombre de cartes reçues du cercle d’amitié trouvées au fond de la boîte aux lettres.

Tout devient virtuel, ce ne sont plus que les « pings » qui résonnent sur le PC dans le coin du salon, signal d’une nouvelle entrée, d’un autre mode de vie plus technique, plus virtuel.

Je reviens avec plaisir à ces trois mercredis de l’Avent et au chant « Rorate Caeli Desuper, » « Cieux, répandez votre rosée.. ». A l’aube, après avoir parcourus des rues désertes, j’entre à l’église en suivant les seules bougies qui éclairent la nef pour rejoindre la crypte. Avec quelques-uns, nous fêtons l’Avent, préparant Noël, déjeunons avec la petite communauté paroissiale pendant que l’aube se lève sur une nouvelle journée.

Noël est un trésor qu’il faut chercher, une espérance qu’on peut habiter car elle nous propose plus qu’un gavage. C’est un creux à habiter, à remplir pour y puiser la force et la lumière qui va éclairer cette nouvelle année qui s’annonce ouverte à tous les possibles, toutes les rencontres, toutes les espérances. Pour cela, il faut des balises, des repères. C’est l’essence même de Noël et avec une pointe de Foi, la route sera meilleure.

Avec le poète Guillevic.

De l’hiver (Extrait)

Il y a toujours
Noël qui arrive.

Il y a toujours dans le plus noir des noirs,
De la lumière à supposer,

A voir déjà monter,
Même en dehors de soi,

Surtout lorsque la nuit où l’on patauge
Est la plus longue.

C’est un tunnel sans voûte
Qui débouche

Dès maintenant

Sur un enfant de lumière.

Une réflexion sur “Vacance d’hiver.

  1. Trés chouette texte plein d’espérance pour ce temps si important de la naissance de Jésus qui vient pour nous sauver, nous aimer et donner de l’amour au monde. Tu pourrais faire éditer ce texte pour faire prendre conscience qu’il y a autre chose que les cadeaux sous le sapin mais que l’étoile est là pour nous guider. Le texte est trés consolant en ce temps maussade. Merci

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