Gymnastique douce.

« En annexe le programme de gymnastique douce pour lequel je me suis réinscrite fin août. N’hésite pas à y participer ! Tu aimeras, j’en suis sûr. ! De plus l’animatrice est sympa. »

Le message inhabituel de ma jeune soeur m’avait intrigué. Dès la lecture des informations et selon son conseil, je m’étais inscrit pour cette aventure physique qui me semblait de plus en plus nécessaire. En effet, les derniers mois ayant été trop sédentaires, j’avais constaté que mes articulations commençaient à perdre leur mobilité.

Cinq jours en suivant, je m’étais retrouvé sur le tapis deux heures d’affilée à réanimer l’ensemble de ma musculature. À petites doses, les techniques proposées réveillaient des pans entiers inactifs et rigidifiés de mon réseau musculaire. Oui vraiment il était temps qu’une fois de plus, je quitte ma tête pour m’occuper de mon corps.

Les exercices faits couchés agissaient sur toute la membrure et me laissait le matin en me levant, l’impression d’avoir fait un énorme travail physique. J’étais rempli de courbatures. Ma respiration devenait plus ample, une fatigue s’installait en même temps que l’impression d’exister, d’avoir un corps. De temps à autre, un flash me traversait notamment la sensation de me tourner bien plus à l’aise pour regarder à travers la lunette arrière de la voiture.

Corps et esprit étaient liés par l’imagination ! Je pouvais contribuer à l’exercice l’imaginer plus que le faire et le corps en tenait compte, répondait.

Au supermarché, l’idée d’appliquer un truc proposé par l’animatrice me traversa. J’imaginais que comme une africaine, je portais un plateau de fruits sur la tête. Surprise totale, étonnante, une vague de plaisir m’envahit. Le mouvement suggéré, esquissé mentalement venait de libérer quelque chose dans mes épaules. Ma manière voûtée de marcher venait de s’estomper. Les clavicules s’étaient ouvertes vers le haut.  Fier comme Artaban, je déambulais derrière le caddie comme pour un défilé de victoire. Le haut de mon corps s’était libéré en ouverture. Un blocage ancien venait de céder. La colonne cervicale s’était détendue prolongeait la dorsale. J’étais droit, je vivais plus, je vivais mieux.

Le poids du passé, d’un passé venait de tomber. L’impression ancienne d’être comme un chien battu trouvait peut-être son origine là dans le port de la tête. Je prenais plaisir à faire basculer les articulations de l’épaule vers l’arrière. Je gonflai mon torse et me trouvait joyeux, serein.

Pour me doper, j’avais à disposition, une petite recette bien efficace. Non pas manger cinq fruits, mais virtuellement les porter sur mon petit plateau de tête.

Basculer les épaules vers l’arrière pour porter mes fruits et bien-être immédiat. Etre droit, être là. Le truc me semblait surréaliste.

Cela pouvait sembler un exercice banal pour celui qui possédait la mobilité complète, un exercice qui n’avait ni queue ni tête. Car ce qu’on a, on ne le connaît plus. Comment savoir ce qu’est la liberté, si on l’a toujours connue. Quand on à la souplesse comment connaître l’effet d’un muscle qui lâche.

Pour moi dans toute ma rigidité ce n’était pas rien. C’était le bouchon qui venait de sauter « Champagne ! ». Vraiment, c’était ma fête.

Avec attention, plus d’une fois pendant les exercices, l’animatrice avait observé la courbure de mes cervicales et apporté un 2e support sous la tête, témoins à posteriori du chemin à parcourir. En 4 séances, je l’avais parcouru et venait de décrocher la timbale.

Les dernières années, j’avais cru par le chant assouplir ma voix, augmenter ma capacité respiratoire mais cela ne semblait pas être la voie radicale. Il fallait que plus haut le chemin se dégage. Il fallait qu’une porte s’ouvre. Le haut de ma colonne venait enfin de s’assouplir libérant les muscles permettant une mobilité haute que je ne connaissais pas.

Petite constatation du progrès accompli, ma main droite peut à présent atteindre dans mon dos, l’omoplate gauche. Point de repère de la liberté angulaire gagnée, indicateur du progrès encore à faire. Mais la percée est faite. Je sens et je sais qu’il me faut travailler à ces mobilités supérieures trop longtemps ignorées.

Toux

Toux qui aboie dans le silence de la nef et qui roule sous les ogives. Raclement de gorge, effort de clarification.
Toux sèche, cassante, sifflante. Toux du père qui va qui vient rythmant le temps, coupant la quiétude du soir.
Toux qui casse le murmure des convives et les réponses des voisins.
Toux née du côté gauche, gauchissant, tournant à cœur ouvert, raclant, ramonant l’émotion du passé. Secousses qui empêchent de dormir et qui s’apaisent dans la fatigue, au premier chant du coq.
Grosse caisse, qui tonne pour dire et qui ne dit rien. Toux qui crépite, comme un alphabet morse, pour dire les soubresauts du diaphragme, la révolution d’un être là, au fin fond de ce corps qui déraille.
Gerbe d’émotions refoulées qui s’étranglent sous la poussière des jours.
Echo de la toux de sa fille. Toux matrice, de père à fille.
Toux qui secoue les reins, le ventre cherchant à libérer des tripes, l’émotion violente, séquelle d’une bataille perdue.
Toux de marquise, illusoire, qui siffle par l’étouffement d’une gorge étranglée, pour réclamer une présence, une main, une voix, un corps chaleureux.
Toux qui appelle la protection de deux bras, l’étouffement de possession, la pression d’une présence réelle.
Toux qui appelle une bouche remplie de doux mots, tendres, réconfortants, débordant d’un amour espéré.
Toux qui appelle la douceur frissonnante d’une main qui caresse le front, la joue.
Toux qui appelle un corps rempli de bruits pour vibrer avec lui au son du métronome, réconfortant qu’est un cœur battant.
Bruits d’une respiration qui rapproche et écarte comme une vague berceuse sur une mère tranquille.
Note fêlée, qui va et vient comme un microsillon cassé, marquant à plaisir un amour inachevé.
Fausse note d’une vie qui malgré tout appelle, encore, toujours.
Gorge étranglée qui s’assèche et crevasse dans l’émotion du groupe. Gorge sans salive qui avale, gorgée d’air pour gorgée d’eau.
Oesophage rebelle qui confond voie d’air et voie d’eau
Emotion, qui adhère, qui gratte, contraction qui racle pour trouver, pour chasser un souvenir enfoui.
Emotion, qui s’approche lentement, de la tête de la bouche, des yeux.
Emotions qui assèchent et perturbent, qui troublent le timbre de la voix.
Fourmillement buccaux, faciaux qui portent témoignage d’un trouble émotif, grimace accrochée sur un visage triste.
Muscles qui fibrillent entre contrôle et abandon.
Toux qui coupe la nuit en tranches d’insomnie.
Toux qui hurle en des maux ce qui n’a pas été mots.
Toux du père, toux de la fille, toux.

Energie vitale ou Chi.

DSCF5449En station debout pendant la messe de 11h00, mon attention à l’office s’était relâchée et comme je l’avais déjà fait plusieurs fois, j’essayais de détendre les muscles des jambes de manière à ce que les articulations des genoux soient souples, détendues. Puis explorant mon corps, je recherchais les tensions dans mon ventre, le long des muscles fessiers pour les reconnaître et les relâcher.

Pendant que l’assemblée attentive poursuivait ses dévotions, je m’étais tout à fait séparé de l’ambiance pour m’intérioriser dans cet exercice totalement incongru.

Jeux, jeux d’inattention, mon corps se faisait de plus en plus perméable aux vibrations sonores qui remplissaient l’espace, il suivait un rythme, celui de la musique peut-être mon rythme propre qui sait.

Physiquement j’étais là, avec ma famille, devant ma chaise, en voyage, l’esprit ailleurs.

Puis soudainement, je me surpris en train de vibrer à l’intérieur. En un mouvement alterné de gauche à droite, une onde partant des pieds se mit en route vers le haut de mon corps en s’amplifiant parallèlement à la colonne vertébrale jusqu’à mi-hauteur du corps.

Mon observateur intérieur prenait conscience de cette vibration, avec étonnement et interrogation car rien de semblable n’avait avant jamais été perçu.

Un événement neuf me touchait, m’animait, commençait à vivre en moi.

Intellectuellement, je pressentais sa signification, son sens peut-être.

N’était-ce pas le serpent de la vie, celui que l’on trouve dans le symbole du caducée ? Le parallélisme entre l’image et la vibration qui faisait sa route me plaisait. Le serpent était entré en moi, il vivait caché et venait aviver les perceptions de mon corps. Logé dans sa tanière au bas du corps, selon la tradition indoue, ce serpent s’animait non seulement avec la musique de Mozart dans le ventre, mais il était maintenant alors que j’étais debout en train de se faire connaître dans un autre de ses aspects.

Etait-ce le serpent apparu dans mon rêve, il y a quelques mois et dont je coupais la tête.? Etait-ce le même symbole dans son expression, la matérialisation du mouvement ?

Un dynamisme certain avait pris racine dans mon corps, dans mes lombaires, et tendait de s’exprimer dans ma vie.

Depuis ce moment-là, une poussée de vie intérieure, une pression d’une force qui m’était inconnue tentait de s’élever en moi, de redresser le haut de mon corps, de me faire dresser la tète fièrement, plus fièrement que jamais. L’énergie libérée par l’ouverture du bassin alimentait, nourrissait ce serpent qui voulait monter comme sur l’image du caducée, vers le haut vers sa position extrême.

Etait-ce la mise en place dans mon théâtre intérieur, de l’énergie appelée Kundalini et de ses points de passage nommés les chakras ou celle du Tai-Chi nommée Chi ? En poursuivant la réflexion au sujet de cet événement, de la manière dont il s’était exprimé et par rapport à ce que j’en avais perçu il me semblait qu’ un obstacle existait encore le long du trajet que constituait ma colonne.

Le haut de mon corps, avait comme un courbure vers l’avant, une sorte de bosse qui par sa présence perturbait le trajet de cette énergie montante et la calait à hauteur d’un point douloureux à la moitié des vertèbres dorsales.

Après l’ouverture du bassin, j’étais questionné au sujet de l’ouverture du deuxième axe fondamental de ma coquille, les épaules. Un travail était nécessaire dans le haut du corps.

S’ouvrir ou souffrir.

Bulles5261Onomatopée presque, jeux de mots peut-être ! Syllabes proches qui sonnent « même » à une oreille inattentive. Univers différents, incompatibles et pourtant liés. Univers identifiés, univers identifiables. Alternance qui me parle et qui fut mienne. Equation à deux inconnues profondément liées que je découvre, pas plus tard que la semaine dernière.
Pour récupérer ma souplesse et soigner les attaches du bras droit (Sus-épineux) qui me font régulièrement souffrir, pour repartir du bon pied pour une nouvelle année, je bouge. Sur les conseils de ma plus jeune sœur, je me suis inscrit à dix séances de gymnastique douce. Mais alors douce, la plupart du temps,les participants sont couchés sur un tapis de sol et ils étirent les muscles selon la théorie des chaînes musculaires, de la MLC et de la méthode Mézières.
Mon bras droit douloureux, soigné l’année dernière vient au cours de ces heures d’exercice de retrouver une mobilité vers l’arrière qu’il avait perdue. Je suis à même de toucher mon omoplate gauche. Une liberté plus grande s’est mise en place. L’angle, de mes dorsales et de mes cervicales, a lui aussi pris de l’aisance. J’ai une allure plus fière, un port de tête plus droit et j’en suis joyeux. Je me suis ouvert un peu plus dans le torse.
Histoire banale que d’aucuns n’imaginent même pas mais « Ceux qui ne bougent pas, ne sentent pas leurs chaînes. » Mon histoire passée m’a figé dans le dos comme un porteur du poids du monde, du poids de deuil non fait, d’humiliations peut-être. Je me redresse et fais face. Je reprends des forces.
Pour préserver cette nouvelle forme, je me suis inscrit à un cours d’une heure semaine jusqu’à la fin de l’année et entraîné mon épouse. Elle devrait s’ouvrir, se libérer de ses maux perpétuels qu’entretien un médecin complaisant aveugle à la présence d’un deuil caché non fait qui se transmet dans la lignée des mères. Malgré toutes ses tentatives de mieux-être, soutenues par de nombreuses séances de kiné et d’ostéopathie, elle ne progresse pas, se cabre devant la peine intérieure qui force à une reconnaissance. Si elle laisse passer une souffrance indicible, elle sera submergée croit -elle d’où son raidissement, ses tremblements de tête qui dise « Non, non » de gauche à droite. La vague noire qui avait submergé l’aîné l’année dernière s’est réveillée. Des signaux négatifs lui sont parvenus et comme mère, elle en souffre et se met à son diapason. Par sa résistance, par le raidissement à ce qui est en elle, ne retarde-t-elle pas la guérison de sa fille.
Cette souffrance ne leur appartient pas. C’est une valise du passé remplie par un arrière-grand-mère, enfant de remplacement, qui a vu mourir sa fille, sa grand-mère.

De mon côté, il y a un scénario de ce genre. Ma grand-mère paternelle a vu mourir son homme et ses fils sans larmes. Intérieurement pour encastrer ses deuils, elle avait fermé le haut de son dos et était devenue la petite Laure. Quel caractère ne fallait-il pas avoir pour retenir ses larmes, bien naturelles et compréhensibles.
Et moi qui choisis pour ma fille, un prénom semblable à cette grand-mère comme pour rejouer ce drame à résoudre. Comme exutoire à cette souffrance innomée, à ce deuil non exprimé inconsciemment, mon épouse avait pris un bénévolat pour accompagner des familles, qui le demandaient, dans leur deuil. Depuis un mois elle est démissionnaire, elle s’est dédite. L’énergie canalisée dans cette activité, les larmes versées avec les autres, pour les autres ne sont plus accessibles et les siennes font de plus en plus pression sur elle. Elle devient irritable s’emballe pour un rien fait feu de tout bois pour atténuer la tension qu’elle sent monter en elle et chez sa fille.

Corps qui se libère.

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Corps inconnu, support de la vie, de ma vie. Je te découvre au travers de mes expériences des dernières années. Sensations subtiles, nouvelles qui percent le brouillard, l’ignorance de la vie quotidienne. Chemin de libération parcouru lentement au gré des rencontres qui ouvrent les unes après les autres des parcelles de connaissances. Chemin inconnu qui part de la tête et qui descend de plus en plus bas, de plus en plus loin en un va et vient libérateur, en une perception de plus en plus précieuse des tensions qui l’habitent et qui semblent exprimer retrait, révolte et soumission.
Observateur neutre, réfugié dans un coin de la conscience qui enregistre sans jugement le nouveau, l’insolite, le curieux pour le confronter, l’analyser, le transformer. Guidance mystérieuse qui oeuvre pour le bien de celui qui lui fait confiance et qui offre depuis trois ans des faits nouveaux, révélateur d’un cheminement souvent confirmé dans des textes et des livres.
Danse du ventre ou le ventre n’occupe pas sa place et qui révèle les tensions tirant celui-ci vers le haut.
Estomac comprimé par l’angoisse et la peur qui bloque la digestion et gonfle la poitrine. Bassin bloqué en position fermée qui empêche depuis longtemps l’ouverture à la vie. Bassin qui bascule vers l’avant et qui s’ouvre dans la joie de la délivrance. Position de foetus qui s’ouvre de plus en plus pour accueillir le monde et qui décharge enfin les lombaires du poids du monde. Épaules relevées qui essayent sans fin de quitter la perception du sol, de protéger des agressions passées du monde et qui ferme aussi en position foetale mon corps d’adultes.
Corps fermé comme une pince, corps qui reste dans sa coquille et qui ne vit pas la vie joyeuse et souple de l’ être fluide et lumineux.
Tension pesante qui ferme tous les muscles du corps dans un effort ancien de protection, de repli.
Tensions qui ankylosent un corps sans vigueur, épuisé par un travail permanent de peur qui bloque dans l’oeuf les courants de la vie. Lutte du bas, du haut pour s’ouvrir, se dresser pour faire face à la vie dans un mouvement d’accueil dans un mouvement de joie.
Lutte du bien et du mal qui prolonge un combat dont la raison ancienne se perd dans le brouillard du temps passé.

Etre en devenir, en individuation.

A la collégiale de Halle.

Pour occuper mon délai d’attente dans cette ville inconnue, j’avais poussé la porte de la collégiale dédiée à Notre-Dame. Une envie de prier, de méditer s’était installée en moi et je voulais profiter du calme, de la sérénité d’un tel endroit.
A peine assis sur une chaise couverte de skaï brun sale, je fus assailli par la lumière provenant des larges baies fermées par des vitraux ternes et brunâtres qui ne donnaient qu’une ambiance triste, pesante. L’espace était rempli des bruits d’une conversation sans fin de femmes, là derrière le chœur. Tout troublait mon souhait de calme. Puis ce fut le bruit d’une foreuse et celui du trafic qui comblait les temps de calme laissés par ces dames.

J’essayais de faire le vide autour de moi, de prier, de trouver la paix. Je changeais de place pour trouver le calme et m’asseyais à gauche derrière une colonne face au chœur. Le va et vient des fidèles qui venaient nombreux faire leur dévotion, acheter, allumer leurs bougies me gênait.
Hommes, femmes, couples se succédaient à un rythme que je n’aurais jamais imaginés. Je m’étais vu dans un océan de calme, de paix et je baignais dans le mouvement et le bruit.
Je priais peu, mal, fermant les yeux, bougeant les mains, les pieds. Mon portefeuille placé dans la poche révolver me génait aussi, je me levais pour le retirer et me rassis.
Surprise, je perçevais dans mon bassin, là immédiatement, en moi un deuxième mode d’assise. Mon bassin s’était dans l’instant ouvert à une autre position.
D’une part, la position de repli, bassin tourné vers l’intérieur, d’autre part celle d’ouverture, bassin basculant vers l’avant, vers l’extérieur? J’avais un siège à deux positions, c’était mécanique. Bassin ouvert, bassin fermé. Un champ autre de perception s’était ouvert. Sur ma chaise, je passais de l’un à l’autre exprimant ces deux états nouveaux pour moi. J’étais descendu dans mes sensations corporelles jusqu’au derrière.
Moi qui vivait surtout la position retrait comme dans la perception de l’estomac à bretelles. Sans nul doute, c’était un exercice de respiration ou d’essai de bioénergie selon la méthode de Lowen qui m’avait conduit ce matin, dans cette église, à ce feeling corporel ? Cette sensation perçue a hauteur du bassin ne venait pas gratuitement, comme cela, c’était un point de cheminement, des quelques séances de réflexologie et de re-birth, de bioénergie.

En repartant en voiture, j’expérimentais cette sensation nouvelle de basculer mon bassin vers l’avant, d’ouvrir cette partie de moi que j’avais sans doute refermé, il y a longtemps ou même que je n’avais peut être jamais ouvert. Je m’ouvrais à la vie, une énergie semblait s’attaquer à mon environnement pour y participer plus.
A la description de ces sensations, je ne peux m’empêcher de faire la connexion avec la tension que je perçois en moi lors d’un entretien de présentation. C’était une tentation de gros dos pour laisser passer l’orage, la déception pour me protéger comme quand je remonte mon estomac. Si le haut et le bas se fermait comme cela, ce serait une tenaille, une coquille, une boucle. Je m’enfermais dans ma coquille, haut et bas du corps, en fœtus.

J’étais une bulle, j’étais quelqu’un de renfermé sur lui-même, un caractère fermé par le corps ou vice versa. J’avais somatisé mon psychologique, j’en prenais conscience dans ce travail intérieur. Si je savais m’ouvrir psychologiquement, je pouvais le faire corporellement. N’était-ce pas ici qu’il fallait faire le parallélisme avec ma tendance en nageant à fermer mon bassin et à mal flotter, les jambes pendantes dans l’eau.

Schématiquement les tensions se manifestaient les unes après les autres et justifiaient mon passé corporel, mes attitudes passées, je pouvais à présent comprendre, sentir qu’à la limite de la reconnaissance de ces tensions, il y a l’adage connu et intellectualisé d’un esprit sain dans un corps sain. 

Entends Mozart.

Fatigué par l’activité ménagère dense de la matinée, je m’étais assis sur le lit puis couché sur le dos, les pieds toujours à terre pour me détendre quelques minutes en écoutant le morceau de musique classique que l’enregistreur à cassette diffusait.

Le morceau de musique jadis composé par Mozart me plaisait. Systématiquement chaque jour, j’essayais d’en écouter d’autres, de me retrouver un peu plus dans ce monde musical que j’avais souvent fuit et rejeté pour m’attacher à la musique de jazz et à la musique moderne.

Cette musique me parlait et son dynamisme me faisait du bien me remontait le moral en cette période pénible où j’assurais le travail à la maison faute, de travail extérieur.

L’orchestre accompagnait le soliste, joueur de flûte ou de clarinette sans que je puisse vraiment l’identifier car ma connaissance de la qualité des sons se réduisait à peu de choses. Seule la pureté du son de l’instrument à vent se démarquant des autres instruments, m’intéressait.

Totalement relâché, sans contrainte physique, j’étais entièrement disponible et totalement centré à présent sur le son magnifique et pur qui s’échappait dans l’espace. Je pénétrais de plus en plus dans le champ sonore et musical de la composition jusqu’à m’identifier, ne faire qu’un avec les ondes qui atteignaient mes oreilles, mon corps tout entier. La musique et mon corps étaient sur une longueur d’onde semblable, similaire, parallèle peut-être puis une sensation m’envahit le ventre.

Étais-je envahi par le son, impossible d’en décrire clairement l’historique ?

Un saut de perception venait d’être fait en moi. Le son de l’instrument s’était matérialisé comme un serpent sortant des hauts parleurs, pour entrer en moi en vibrant, tourbillon surprenant d’animation symbiotique avec le soliste. Comme une toupie l’énergie musicale, soutenue par la clarinette ou peut-être même le hautbois, se mouvait de plus en plus vite dans mon espace corporel, pour sur sa lancée soutenue par les violons attendre le retour du soliste pour s’envoler de plus en plus fort.

Le musicien était comme un charmeur de serpent, avec ses notes, son talent, son énergie, il faisait monter et se déplacer en moi un affect musical ventral.

Sous l’observation de mon esprit étonné qui assistait à la performance musicale non plus à l’extérieur mais à l’intérieur, la musique était en moi, me faisait vibrer. Le son pur et gracieux, l’espace du souffle du musicien menait une danse tourbillonnante en moi.

Mon corps dans cette posture curieuse n’était plus qu’une coupe avec en son centre comme un feu follet. Flamme avivée par un soufflet, le son issu du transistor tournait en moi s’élevait, montait, descendait, dans un mouvement joyeux et rempli de mystère. Le monde sonore extérieur s’était prolongé par un monde de sensation intérieur sans que je puisse dissocier et l’un et l’autre. Puis le soliste épuisé par sa performance céda le pas et l’orchestre repris la partition. L’affect disparu définitivement et dans la rémanence de cet événement, je reviens à la réalité, surpris et déçu. Un bout de nirvana venait de m’être donné, gracieusement en cette matinée de solitude et d’abandon à la grâce.

Encore, encore criait en moi, toutes mes perceptions corporelles, encore c’est tellement bon. Ce feu d’artifice avait été tiré me laissant le souvenir d’un événement unique en tout cas primaire dans mes souvenirs musicaux. Déjà, je me redressais, me levais pour remettre à son début la bande sonore, pour la remettre en route et attendre au passage suivant le retour éventuel de l’affect. L’expérience serait-elle reproductible, dans l’instant, dans le futur.

Serait-elle comme un plat favori que l’on peut à sa guise, quand l’envie se fait, reproduire pour sa satisfaction et son plaisir ?

Les circonstances historiques, étaient-elles, nécessaires et suffisantes, ou était-ce l’histoire d’un billet de loterie gagnant, donné une seule fois ? Était-ce le lot d’un être paumé et aux aguets de pouvoir dans sa sensibilité et susceptibilité face au monde de vouloir chercher refuge dans une musique drogue et baume de sa solitude et de son isolement ?

L’affect était là comme un souvenir clé comme une certitude d’un état pouvant être vécu. Comme un phare dans la grisaille du jour au milieu d’une tempête sociale. Le quotidien pénible et angoissant laissait peu de temps à l’abandon et à la rêverie.

Des échéances humaines envahissaient et perturbaient mon quotidien. Seuls les mots écrits, sur une feuille de papier, gardaient la trace de l’événement d’un jour et du vague souvenir de tentatives nouvelles de repartir sur l’orbite joyeuse de la musique que Mozart avait jadis composée.

La danse du ventre

L’atelier des rêves arrivait à sa fin et Anne l’animatrice, nous proposait pour nous détendre de la journée passée assis, quelques exercices de relaxation dont un s’appelait la danse du ventre. Il était question d’une tribu d’indiens, mais mon attention à ce moment, n’était plus assez fraîche, des éléments d’explications m’avaient échappés.

« Imaginez votre ventre comme une boule suspendue, par le haut à deux fils imaginaires, fixés à chaque épaule, reliées en bas par deux autres fils à la rotule de chacune de vos jambes. La boule est le centre et centre de votre corps. Elle tourne attachée à ses quatre points de fixation. Elle tourne en rotation courte, large, minimum, maximum. Elle monte et descend. Boule et corps ne font qu’un.

Avec toute ma bonne volonté, encouragé par les efforts des autres, j’essayais de mon coté de faire tourner mon ventre-boule, le plus adéquatement possible en suivant les directives de notre animatrice. Par son commentaire, elle lançait des idées dans les registres suivants.

« Votre corps relié à la terre par l’intermédiaire des pieds, posés à plat, franchement en contact avec elle. Le corps plongé dans l’air, les bras bougeant pour s’y fondre, s’y rattacher, s’y plonger. Les bras rattachent au ciel en un mouvement souple. »

« Votre boule, votre corps suit ce mouvement de haut en bas, du bas en haut, de la terre au ciel, du ciel vers la terre, de la terre-mère au ciel-père, libre entre les deux.  »

Le corps vit, de l’un à l’autre. L’énergie circule en symbiose avec l’un, avec l’autre, les intégrant.

De sa voix douce, par ses images, ses encouragements, elle nous entraînait, m’entraînait dans un mouvement et un contexte nouveau pour moi. Mon corps gauche, lourd, raide, lent s’enrayait dans cette démarche. Ce bassin ne tournait pas rond, tournait mal, par saccade, irrégulièrement. C’était simple, limpide comme exercice et pourtant je buttais.

Quelque chose coinçait. La souplesse, l’énergie ne circulait pas bien, ne circulait plus, se bloquait entre mon ciel et ma terre. Je percevais à présent nettement le blocage de mon corps en exercice. Je m’étais lancé sans idée préconçue, et à présent un message me perçait la tête, créait une nouvelle donne, cherchait une reconnaissance.

J’étais en dehors de l’épure, mon centre, ma boule ne circulait pas sur son orbite, ne tournait pas rond, ni en rond, je n’occupais pas mon centre. Une perception très nette de déséquilibre s’inscrivait nettement. Mes attaches supérieures tiraient cette boule en moi, me déséquilibrait, me détachait de la terre, ma boule était collée en haut côté ciel, mon bassin n’était pas occupé. Les fils d’attache du haut de la boule, la tirait comme le feraient une paire de bretelles, vers le haut.

La journée prenait fin sur cette curieuse et nouvelle sensation.

Plusieurs jours durant, cette impression me collait à la peau, j’étais en recherche pour lui donné sens pour l’intégrer, pour en saisir les conséquences physiques sur mon corps. Les idées se succédaient dans ma tête pour se fixer de plus en plus précisément sous une image de tension, de pression. Ma boule comprimait mes poumons, limitait ma respiration, mon volume d’air, me faisait perdre ma portance à la nage.

Bien sur, n’était-ce pas pour cela que je ne pouvais nager, ni faire la planche vu mes poumons sans profondeur ?

Ma digestion était mauvaise, lente, vu la pression interne qui venait de prendre corps. Mon énergie vitale ne s’enracinait pas, était bloquée quelque part dans le bas du corps. De lumbago en lumbago, mon corps me disait la tension, la réserve, la peur de descendre dans mon tréfonds, dans mon corps à la rencontre de ce qui était la terre en moi.

Douleur présente, douleur gênante, pulsant régulièrement son avertissement.

Souffrance, indice d’un corps qui souffre, où l’énergie, la souplesse ne circule pas. Souffrance d’un corps coupé en bas, coupé de la terre-mère.

Frère et sœur souffrant du mal de dos, témoin d’un même héritage, mal héréditaire, mal comportemental, repris jour après jour du comportement parental. Peur de la terre, de la mère, des émotions de la mère.

Attitude face à la mère. Attitude face au père. Dualité, déséquilibre.

Pylore, pilori.

Dans cette aigreur et ce brûlant récurrent, le mal vécu de mon boulot, devait y être pour quelque chose. Cela me devenait de plus en plus clair. Les périodes sombres tendues dans mes relations de travail étaient suivies de troubles d’estomac, principalement d’acidité, d’aérophagie. Souvent, je n’en disais mot et gardais cette nausée pour moi, sans trop prendre conscience que j’étais aussi irritable et irrité que devait l’être ma membrane gastrique. Machinalement, je frottais sur mon estomac avec le souci inconscient d’évacuer au loin cette gène que je percevais. Un curieux ballottement se produisait, semblable au comportement d’une bouillotte mal remplie ou d’un réservoir à essence. Il y avait du mouvement dans ce ballon ballottant.

« Tu n’es pas bien? me dit-elle, intriguée par mon comportement.

« J’ai mal digéré. J’ai le brûlant.  »  « N’oublie pas ton médicament ! »

Bien sûr, bien sûr. J’en avais en réserve pour me soulager de cette brûlure. C’était ma seule ressource d’ailleurs.

La soirée se poursuivait dans l’ambiance tranquille d’une soirée familiale d’hiver. Le téléphone transmit son appel, persistant et rythmé sous mon indifférence complète. Ce n’était pas pour moi à cette heure. C’était l’heure des amies de ma femme et des amis des enfants. La conversation animée qui suivit me désigna sans la moindre doute, la féminité de l’appelante et ses soucis. C’était une amie de ma femme qui entraînait la conversation dans un de mes domaines favoris du moment : les rêves. C’était son rêve de la nuit passée. Mon épouse m’appela pour en partager l’écoute et pour participer à ce jeu futile et profond de l’interprétation des rêves. La conversation s’animait, se poursuivait à présent dans un échange profond, sensible, vivant. Curieusement mon corps fut animé par un bruit d’air, par un gargouillis à hauteur de la poitrine. C’était une décompression. Au propre comme au figuré, dans le corps comme dans l’esprit, je vivais une relaxation. Mon corps fonctionnait à nouveau tant l’échange verbal avec l’auditrice était chaleureux. Le phénomène de l’acidité trouvait son explication, je savais à la fois intellectuellement et physiquement.

Ma tension nerveuse disparue, le blocage de l’air qui entraînait le ballonnement et l’acidité se résorbait, plus loin que mon estomac, la barrière du pylore s’ouvrait me libérant. Quelle vérité que cette phrase de notre langage commun : » Il m’a coupé l’appétit. » L’estomac bloqué à sa sortie, n’accepte plus rien, refuse son service, rend son acidité. Mon vécu se marquait physiquement, c’était psychosomatique, cette acidité.

Un souvenir ancien, de plus de 10 ans, me revint à l’esprit. Je ne pouvais plus respirer qu’avec difficulté, par petites doses seulement, lentement, bruyamment. Sous la panique, j’attendais le médecin, appelé d’urgence et respirais vaille que vaille. Un quart d’heure plus tard, dés que la sonnette retentit, le phénomène disparu immédiatement, j’étais guéri, libéré. J’étais frais dispos pour le recevoir, moi le grand malade, le moribond.

C’était maintenant la même chose, le même phénomène, l’air accumulé et bloqué dans mon estomac se détendait, ici libéré par la parole, par le rire, avant par la figure secourable du médecin.