Vieux chagrins.

La cure homéopathique était en route depuis plus de 15 jours et elle atteignait ainsi son point culminant théorique avant de se terminer à mi-novembre.

L’objectif de celle-ci était indéfini, multipiste. Était-ce un traitement de fond un traitement spécifique. Rien n’était sûr sinon les conversations avec le docteur au sujet de la tristesse et de la manière dont je la percevais en moi.

Ce sentiment n’était pas disparu. Sous-jacent, il animait mes humeurs et actuellement mes yeux étaient envahis d’une sorte d’humidité et de froideur.

Était-ce en relation simplement avec la saison d’automne ou avec mes cycles d’humeur ? Pourquoi y avait-il à nouveau de l’humidité dans mon regard ?

Cette vieille tristesse, démon des profondeurs sortait à nouveau la tête pour s’exprimer enfin et dire ce qui n’avait pas été pleuré, crié, vidé.

L’ambiance de la réunion de travail s’était marquée par mon intervention verbale difficile, avec une voix éraillée sous le coup de l’émotion et d’une sourde inquiétude vis-à-vis de ces personnes, réunies autour de la grande table ovale. Mon intervention n’était ni libre, ni souple mais engluée dans un sentiment diffus qui rendait mes yeux rougis et brillants. C’était un jour difficile.

L’émotion passée, une détente de ma voix se manifesta accompagnée de la perception de tension dans mon corps et de la présence de mon épaule gauche dans mon champ de vision latérale. Comme si elle voulait m’interpeller par sa place incongrue. Que faisait-elle si en avant par rapport à l’axe de mes clavicules. Elle me semblait, comme un éperon avançant dans l’océan ou comme une dent de la tenaille que formaient mes deux épaules pour renfermer mon thorax.

Les tensions de mon corps apparaissaient les unes après les autres par surprise, avant de se détendre prudemment une fois, deux fois en route vers la relaxation plus grande ouvrant enfin la porte aux émotions enfouies.

Curieusement les émois de ma fille aînée tendaient dans cette direction. Après le bain de jacuzzi et une de séance de sophrologie, elle aussi rencontrait un sentiment de tristesse qui débordait de son corps détendu.

Comme si l’ensemble de la famille était touché par ce cheminement et par cette épreuve à affronter non dans la fuite ou dans la mise sous séquestre mais dans la rencontre nécessaire d’un sentiment longtemps ignoré entre nous.

Le week-end qui suivit cette perception apporta lui aussi son écho à cette quête sous la forme d’un incident esthétique curieux.

Depuis plusieurs semaines, mon intention était de passer une heure en compagnie de ma plus jeune soeur, pour échanger avec elle au sujet de ses réactions sur le livre « La fille de son père » .

Et ce Dimanche, cela fût possible.Tout était prêt un entretien en tête-à-tête. Les enfants étaient loin, mon beau-frère lavait sa voiture. Nous étions deux pour échanger sur notre cheminement.

À un moment donné de l’échange, elle pris dans sa bibliothèque un livre illustré sur Magritte, qu’elle ouvrit sur « Les eaux profondes ». L’image l’interpellait en lui donnant une impression bizarre, difficile sans qu’elle puisse définir en mots, précis ce qu’elle éprouvait. À mon tour, je fus saisi par une image induite forte, l’ image de Maman. Le rapport était immédiat, la vision forte.

Son être était paralysé enfermée dans un carcan, une gangue, une robe de tristesse. Cette impression  m’avait coupé à ce moment bras et jambes.

À quel moment, à quelle époque. Pourquoi ? Les faits et les motifs étaient obscurs, cachés mais les conséquences étaient visibles et rappelées par la copie de la peinture. L’écho était clair, limpide la sensation de tristesse émanait de ce tableau, émanait de ma mère.  « Les eaux profondes.» me renvoyait l’image de ma mère, remplie de tristesse. Nous avions hérités cet aspect d’elle.

Novembre 92-F 36.

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